STANCES HEROÏQUES
Je vous plains, stances héroïques, Qui servez aux panégyriques.
Chacun d'abord vous veut avoir,
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Vous êtes partout bienvenues; Mais aussitost qu'on vous a veues, On ne sçauroit plus vous revoir.
Contre les pompeuses sornettes * De nos plus illustres poètes Mon esprit s'est toujours cabré; Leurs grands vers me sont incommodes, Et je me moque de leurs odes, Couvertes de papier marbré.
Les bagatelles éclattantes
Qui sont dans ces feuilles volantes
Eblouissent l'esprit d'un sot;
En les lisant il les admire,
Mais tout le monde a beau les lire,
On ne s'en souvient pas d'un mot.
Ces autheurs, dont l'ame superbe Croit estre au-dessus de Malherbe, Font des vers apparament beaux.
Ce ne sont que des rapsodies De ses expressions hardies Et de misérables lambeaux.
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Leurs louanges trop étendues Et qui se perdent dans les nues Ne se donnent point à propos.
Que ne suit-on la noble trace Du libre et généreux Horace, Qui sçavoit louer ses héros?
Les vers de ces autheurs avares Pour des termes durs et barbares Sont rebutez des gens de cour; Leur Permesse et leur Hippocrène, Et ces mots dont une ode est pleine, Ne devroient plus paroistre au jour.
On réussit en comédie,
Et tous les jours la tragédie
Reçoit un favorable accueil :
Pour les poëmes héroïques
Et tous ces ouvrages liriques,
C'est nostre honte et nostre écueil.
L'ode est une chose importune; C'est en voir cent que d'en voir une, Il faut l'avouer avec moy,
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Puisque l'autheur le plus habile Ne sçait que sur un mesme stile Louer les actions d'un Roy.
Il est plus craint que le tonnerre, C'est toujours un foudre de guerre, Il est plus Mars que le dieu Mars; Ses ennemis n'osent l'attendre; C'est un Achille, un Alexandre, Et luy seul vaut tous les Césars.
Ce Roy, dés sa tendre jeunesse, Passe Salomon en sagesse; Nestor luy cède avec raison; Enfin tous ces autheurs de marque Ne sçauroient louer un monarque Qu'avec quelque comparaison.
On voit que nostre Prince auguste, Dont le discernement est juste, Méprise ces poëmes froids; Ces muses basses et vénales, Par leurs louanges générales, Deshonorent ses grands exploits.
APPENDICE
Les vers céderont à l'histoire
L'honneur d'éterniser sa gloire,
Ses faits et ses hautes vertus.
Il fut jadis un Tite-Live;
Mais pour le plus grand Roy qui vive
Pourquoy faut-il qu'il n'en soit plus?