LIVRE PREMIER
Le cœur une fois a conclu, Quoy que la raison puisse faire, Le bonheur d'un amant est déjà résolu.
L'aymable objet de mes désirs Veut, pour observer le carême, S'abstenir de tous les plaisirs.
Jusqu'à ne point voir ce qu'elle ayme.
Adieu donc, précieux momens, Doux baisers, regards si charmans, Dont nous allons faire abstinence; Adieu, les amours et les ris, Laissez-nous faire pénitence; Mais, après Pasque, en diligence Rendez-vous chez la belle Iris.
Mille belles qualitez,
Encore plus de beautez,
Pour vous me rendroient sensible
Mais un défaut trop visible
M'endurcira désormais :
De tous c^est le plus horrible ,
De tous c'est le plus nuisible;
On ne s'en défait jamais :
Ha! Philis, est-il possible?
Vous donnez dans les plumets 1
Mes belles, rien ne vous empesche De passer un peu mieux le temps :
Le Jubilé que l'on vous presche Revient tous les vingt-cinq ans.
Pendant une ajfmable jeunesse,
LIVREPREMIER l5
On n'est bon qu'à se divertir; Et, quand le bel âge nous laisse, On n'est bon qu'à se convertir.
Puisque, sans plainte et sans murmure, Iris, vous voulez que j'endure Toutes vos inegalitez, Vos chagrins, vos legeretez, N'ayez pas peur que je conteste; A toutes vos humeurs je veux m'accoûtumer : Accoûtumez-vous à m'aymer, Je vous en devraj bien de reste.