LIVRE SECOND 2l
Après deux mois d'absence enfin je vous revois,
Et le plaisir que j'en reçois Efface de mes maux la mémoire importune. Mais dittes-moy, Philis, de vostre heureux retoui
Rendray-je grâce à la Fortune?
N'en diray-je rien à l'Amour?
A cause que Philis a l'ame délicate, Et qu'ayant engagé mille amarts sous ses lois, De pas un jusqu'icy la belle n'a fait choix, On la traitte partout de légère et d'ingrate. Quelque autre de ce bruit auroit pu s'allarmer ;
Mais j'ay résolu de l'aimer, Et rien n'en sçauroit plus arrester l'entreprise. Ce n'est pas qu'en son cœur j'espère quelque part Mais ne vaut-il pas mieux s'exposer au hazard
Que de trouver la place prise?
Belise, je ne sçais si mon rival vous ayme, Ny s'il est bien auprès de vous ; Mais je sçais que je suis jaloux, Et que mon amour est extrême.
Si vous le préférez, tant pis ; Mais, sans amuser le tapis,
Sauvez-moy le chagrin d'une poursuite vaine Tout malheureux, tout négligé, Encore vaux-je bien la peine Que vous me donniez mon congé.
Cloris est sotte autant que belle; J'en suis toutefois amoureux, Et, si j'estois bien avec elle, Je n'en serois pas plus heureux.
Jusqu'icy toutes mes poursuites, Ses rebufades et ses fuites.