‹ Madrigaux de La Sablière, suivis d'un appendice et précédés d'une préfaceChapitre 65 sur 78 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

Contre l'ardeur qui me possède Tous vos desseins sont superflus, Et je n'y sçay plus qu'un remède, Iris, c'est de ne vous voir plus; Mais, hélas! ce malheur extrême Ne se peut souff"rir sans mourir, Et, s'il faut mourir pour guérir, Excusez-moy si je vous ajme.

De l'amant que je vois sans cesse autour de vous Je ne sçaurois estre jaloux; Et, si votre beauté l'arreste.

Déclarez-vous sans consulter :

Je ne veux point d'une conqueste Qu'il auroit pu me disputer.

En amour, le plus grand des maux, Ce n'est pas, comme on dit, le nombre des rivaux; Un cœur se sent toujours flaté de la victoire; 11 est, belle Clarice, un plus cruel tourment :

C'est d'aymer sans déguisement,

Et ne pouvoir se faire croire.

Hé quoy! vous craignes l'Amour, Vous, dont les yeux pleins de charmes.

Luy fournissent chaque jour Ses plus redoutables armes?

Non, non, n'aprehendés rien :

L'Amour vous traitera bien; Aimés, aimés-moy, Clarice; Tout ce que vous souffrirés Ne sera plus un supplice Sitost que vous aimerés.

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