SUR LE BAR01N DE BESENVÀL. XXIX
il entra dans la salle à manger, en disant à ses convives : k C'est l'ombre du Commandeur qui vous fait sa visite. » Cette apparition , ces mots que rendaient encore plus sinistres une pâleur affreuse , un vêtement blanc et traînant , une voix pénible , des traits décomposés , répandirent un effroi qu'on eut peine à dissimuler. Il s'en aperçut , sourit et rentra dans le salon. Une heure après, il n'était plus.
Les Mémoires du baron de Besenval ne sont pas proprement des Mémoires. Il n'a donné suite à ce qui le concernait, que depuis les derniers jours de l'année 1 788, jusqu'à l'événement de son procès. Le reste se compose de souvenirs épars et sans liaison , jetés sur le papier dans le peu de momens que lui laissaient les détails du régiment des Gardes et ceux de sa compagnie , son inspection générale, son commandement, sa correspondance , ses assiduités à la cour ; mais ces fragmens sont précieux par un caractère de vérité qu'il est difficile de méconnaître ; déjà même ils font autorité. Des historiens estimés , et notamment M. Lacretelle , citent trèssouvent le baron de Besenval à l'appui des faits qu'ils rapportent. Ses Mémoires réunissent en effet , d'après la pensée d'un moderne , toutes les conditions d'un bon témoignage historique : Gravis igitur testis Me qui uidit sua tempo ra; melior} qui uidit et pars aliqua fuit-, optimus , qui res scripsit quas gesserat , aut adjugerai, ( Salm. in Flor. )
Le vicomte de Ségur, à qui ces Mémoires ont été dérobés en 1794? et °tui s'est trouvé contraint d'en autoriser la publication, eût fait sagement de supprimer des historiettes qui les déshonorent. Un autre motif semblait l'exiger. On est maître de livrer ses confessions