CHAPITRE IV. l
l'autel de la patrie. L'on avait choisi un dimanche pour que l'affluence fût plus grande. Il fallut employer la force armée pour dissiper les attroupemens que cette réunion de factieux avait formés. Il y eut une trentaine d'hommes tués au Champ-de- Mars par la garde nationale. Les jacobins ne pardonnèrent jamais cette journée à l'état-major de cette garde , à Bailly qui proclama la loi martiale, et aux membres du comité de constitution. Ils les firent presque tous périr sur l'échafaud , deux ans après cette catastrophe , comme auteurs de l'assassinat des patriotes. La vérité m'oblige de dire que la garde nationale fît , en cette occasion , tout ce qui dépendait d'elle pour éviter l'effusion du sang ; mais elle fut assaillie à coups de pierres (1) , et si elle tira , ce fut plutôt étant sur la défensive que sur l'offensive. La première décharge dissipa en un clin-d'œil tous ces attroupemens. Je me trouvais alors du côté de la rivière , opposé à l'Ecole-Militaire ; j'y fus témoin de la dispersion de cette vile populace. Abreuvée de dégoûts et d'humiliations de la part du peuple , honteuse du mal qu'elle avait fait , poursuivie par ses remords , l'Assemblée nationale décréta enfin qu'elle se séparerait le 3o septembre. Elle avait décrété un comité de révision qu'elle avait chargé de revoir les articles de la consti-
(1) M. de La Fayette y fut manqué d'un coup de pistolet, que lui tira le nommé Fournier, Américain , qui fut depuis un des auteurs du massacre des prisonniers d'Orléans. La garde l'avait saisi , M, de La Fayette le fit relâcher. W.
tutiori ; ce comité ne révisa presque rien : on était si honteux de l'ouvrage ridicule qu'on avait fait , qu'on ne mit nul intérêt à le conserver. On convoqua une nouvelle assemblée législative, dans laquelle il ne fut permis à aucun des membres de l'Assemblée nationale de siéger. Ces secondes élections eurent lieu sous les plus défavorables auspices. La majorité des choix faits et connus annonçait déjà, dans la prochaine assemblée, un esprit détestable ; et c'était à ce nouveau sénat , ainsi composé , qu'on livrait le roi et la cour, sans défense et sans précaution ! ... La constitution fut présentée au roi ; le roi accepta purement et simplement , sans faire aucune remarque sur ses nombreux défauts. La première sortie que le roi fît depuis son retour de Varennes , fut pour se rendre à l'Assemblée, afin d'y porter de vive voix son acceptation , et apposer sa signature à l'acte dit constitutionnel. 11 fut placé sur une estrade assez pompeuse , mais sur la même ligne que le président de l'Assemblée , M. Thouret, dont on remarqua la posture peu décente , dans une circonstance où il était si important de rendre à la majesté royale tous les égards et le respect qu'on avait cessé d'avoir pour elle. Louis XVI demanda un décret d'amnistie pour toutes les personnes qui avaient aidé sa fuite à Varennes , et il l'obtint au milieu des acclamations générales. Un Te Deum solennel , des illuminations brillantes , des fêtes pompeuses célébrèrent cet événement ; le roi et la reine s y