Gri*n Land
; landais ne me paraissent pas être aussi à
! plaindre que les ouvriers de nos grandes
I villes; ils peuvent être malheureux, mais à coup sûr, ils ne sont point misérables ; encore, je dis malheureux, et ce mot ne rend pas ma pensée: en effet, s'ils n'ont pas le bien-être des pays tempérés, ces gens-là, faits à ce rude climat, y trouvent évidemment des jouissances qu'il ne nous est pas
1 donné de concevoir!
— Il faut le penser, monsieur Clawbonny, puisque le ciel est juste : mais bien des \oyages m'ont amené sur ces côtes, et mon cœur s'est toujours serré à la vue de ces tristes solitudes; on aurait dû. parexemple,
' égayer les caps, les promontoires, les baies par des noms plus engageants, car le cip des Adieux et le cap Désolation ne sont pas faits |)our attirer les navigateurs!
— J'ai fait également celte remarque, répondit le docteur; mais ces noms ont un
intérêt géographique qu'il ne faut pas mé- « i connaître ; ils décrivent les aventures de
ceux qui les ont donnés; auprès des noms
des Davis, des Baflin, des Hudson. des
Itoss, desParry, des Franklin, des Bel lot,
si je rencontre le cap Désolation, je trou\e
bientôt la baie de la Mercy; le cap Provi- I dence fait pendant au port Anxiety, la baie ; Repuise * me ramène au cap Éden, et, quit- | tant la pointe Turnagain \ je vais me re- ,
poser dans la baie du Refuge ; j'ai là, sous
les yeux, cette incessante succession de périls, d'échecs, d'obstacles, de succès, de
désespoirs, de réussites, mêlés aux grands
noms de mon pays, et, comme une série de
médailles antiques, cette nomenclature me
retrace toute l'histoire de ces mers.
— Justement raisonné, monsieur Clawbonny, et puissions-nous, dans notre voyage, rencontrer plus de baies du Succès que de
caps du Désespoir! «
— Je le souhaite, Johnson; mais, dites-