I . fcdificcs de Londres
bonny; lorsque le vent devenait contraire, et cela m'est arrivé plus d'une fois, à moi qui vous parle, on s'ancrait patiemment à l'un de ces blocs; on dérivait plus ou moins avec lui; mais enfin ou attendait l'heure favorable pour se remettre en route; il est vrai de dire qu'à cette manière de voyager on mettait des mois là où, avec un peu de bonheur, nous ne mettrons que quelques jours.
— Il me semble, dit le docteur, que la température tend encore à s'abaisser.
— Ce serait fâcheux, répondit Johnson,
car il faut du dégel pour que ces masses se divisent et aillent se perdre dans l'Atlantique; elles sont d'ailleurs plus nombreuses dans le détroit de Davis, parce que les terres se rapprochent sensiblement entre le cap Walsingham «-t Holsteinborg ; mais au delà du soixante -septième degré, nous trouverons pendant la saison de mai et de juin des mers plus navigables.
— Oui ; mais il faut passer d'abord.
— Il faut passer, monsieur Clawbonny ; en juin et juillet, nous eussions trouvé le passage libre, comme il arrive aux baleiniers; mais les ordres étaient précis; on
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(levait se trouver ici en avril. Aussi je me trompe fort, ou notre capitaine est un gaillard solidement trempé, qui a une idée; il n'est parti de si bonne heure que pour aller loin. Enfin, qui vivra verra. »
Le docteur avait eu raison de constater un abaissement dans la température ; le thermomètre, à midi, n'indiquait plus (pie six degrés ( — \k° centig.), et il régnait une brise du nord-ouest qui, tout en éclaircissant le ciel, aidait le courant à précipiter
les glaces flottantes sur le chemin du Forward. Toutes n'obéissaient pas d'ailleurs à la même impulsion ; il n'était pas rare d'en rencontrer, et des plus hautes, qui, prises à leur base par un courant sous-marin, dérivaient dans un sens opposé.
On comprend alors les difficultés de cette navigation; les ingénieurs n'avaient pas un' instant de repos; la manœuvre de la vapeur se faisait sur le pont même, au moyen de leviers qui rouvraient, l'arrê-
taient, la renversaient instantanément, suivant l'ordre de l'officier de quart. Tantôt il fallait se hâter de prendre par une ouverture de champs de glace, tantôt lutter de vitesse avec un ice-berg qui menaçait de fermer la seule issue praticable ; ou bien quelque bloc, se renversant à l'improviste, obligeait le brick à reculer subitement pour ne pas être écrasé. Cet amas de glaces entraînées, amoncelées, amalgamées par le courant du nord, se pressait dans la passe, et si la gelée venait à les saisir, elles pouvaient opposer au Foncard une infranchissable barrière.
Les oiseaux se trouvaient on quantités innombrables dans ces parages; les pétrels et les contre-maîtres voltigeaient çà et là, avec des cris assourdissants ; on comptait aussi un grand nombre de mouettes à tête grosse, à cou court, à bec comprimé, qui déployaient leurs longues ailes, et bra-
vaient en se jouant les neiges fouettées par l'ouragan. Cet entrain de la genl ailée ranimait le paysage.
De nombreuses pièces de bois allaient à la dérive, se heurtant avec bruit ; quelques cachalots à têtes énormes et renflées s'approchèrent du navire ; mais il ne fut pas question de leur donner la chasse, bien que l'envie n'en manquât pas à Simpson le harponneur. Vers le soir, on vil également plusieurs phoques , qui , le nez au-dessus de l'eau, nageaient entre les grands blocs.
Le 22, la température s'abaissait encore; le Fortran! forçait de vapeur pour gagner les passes favorables; le vent s'était décidément fixé dans le nord-ouest ; les voiles furent serrées.
Pendant cette journée du dimanche , les matelots eurent peu à manœuvrer. Après la lecture de l'office divin, qui fut faite par Shandon, l'équipage se livra à la chasse
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des guillcminots, dont il prit un grand nombre. Ces oiseaux, convenablement préparés suivant la méthode clavvbonnvenne, fournirent un agréable surcroît de provisions à la table des ofliciersde l'équipage.
A trois heures du soir, le t'oncard avait atteint le kin de Sael est-quart-nord-est, et la montagne de Sukkorlop sud-est-quartd'est-demi-est ; la mer était fort houleuse ; de temps en temps, un vaste brouillard tombait inopinément du ciel gris. Cependant, à midi, une observation exacte put être faite. Le navire se trouvait par 60° 20' de latitude et ôh° 22' de longitude. Il fallait gagner encore deux degrés pour rencontrer une navigation meilleure sur une mer plus libre.
Pendant les trois jours suivants, les 2h, 25 et 20 avril, ce fut une lutte continuelle avec les glaces-, la manœuvre de la machine devint très- fatigante; à chaque minute, la vapeur était subitement interrompue ou renversée, et s'échappait en sifflant par les soupapes.
Dans la brume épaisse, l'approche defl ice-beigs se reconnaissait seulement à de
sourdes détonations produites par les avalanches; le navire virait alors immédiatement ; on risquait de se heurter à des masses de glace d'eau douce, remarquables par la transparence de leur cristal, et qui ont la dureté du roc. Richard Shandon ne manqua pas de compléter sa provision d'eau en embarquant chaque jour plusieurs tonnes de cette glace.
Le docteur ne pouvait s'habituer aux illusions d'optique que la réfraction produisait dans ces parages; en effet tel ice-berg lui apparaissait comme une petite masse blanche fort rapprochée, qui se trouvait à dix ou douze milles du brick ; il tâchait d'accoutumer ses regards à ce singulier phénomène, afin de pouvoir rapidement corriger plus tard l'erreur de ses yeux.
Enfin, soit par le halage du navire le long des champs de glace, soit par l'écarlement des blocs les plus menaçants à l'aide de longues perches, l'équipage fut bientôt rompu de fatigues, et cependant, le vendredi 27 avril, le Forward était encore retenu sur la limite infranchissable du cercle polaire.
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en A PI Tllfc VIII.
PIIOI'OS DK L'ÉQl IPAOB.
Cependant le Forunrd parvint , on se glissant adroitement dans les passes, à gagner quelques minutes au nord; mais, au lieu dV-viti r l'enuemi . il faudrait bientOl l'attaquer-, les ice-ficlda de plusieurs milles d'étendue se rapprochaient, et comme ces masses en mouvement représentent souvent
une pression de plus de dix millions de tonnes, on devaif se garer avec soin de leurs étreintes. De* scies à glace furent donc installées à l'intérieur du navire, de manière; à pouvoir être mises immédiatement en usage.
I ne partie de l'équipage ai eeptait philosophiquement ces durs travaux, mais l'autre se plaignait, si elle ne refusait pas encore d'obéir. Tout en procédant à l'installation drs instruments, (iarry, Roi (on, l'en. Gripper, échangeaient leurs différentes manières de voir.
o Par le diable ! disait gaiement Bol Ion, je ne sais pourquoi il me vient à la pensée que dans Waltor-Street il y a une jolie taverne où l'on ne s'accote pas trop mal entre un verre de gin et une bouteille de porter.
Tu vois cela d'ici, Gripper?
— A te din 1 vrai, riposta le matelot interpellé, qui faisait généralement profession de mauvaise humeur, je t'assure que je ne vois pas cela d'ici.
— C'est une manière de parler. Gripper; il est évident que dans ces villes de neige, qui font l'admiration de monsieur Clavvbonny, il n'y a pas le plus mince cabaret où un brave matelot puisse s'humecter d'une ou deux demi-pintes de brandy.
— Pour cela, tu peux en être certain, Rolton; et tu ferais bien d'ajouter qu'il n'y a même pas ici de quoi se rafraîchir proprement. L'ne drôle d'idée, de priver de tout spiritueux les gens qui voyagent dans les mers du Nord !
— Bon ! répondit Garry, as-tu donc oublié, Gripper, ce que t'a dit le docteur? Il faut être sobre de toute boisson excitante, si l'on veut braver le scorbut, se bien porter et aller loin.
— Mais je ne demande pas à aller loin, Garry, et je trouve que c'est déjà beau d'être venu jusqu'ici, et de s'obstiner à passer là où le diable ne veut pas qu'on passe.
— Kh bien, on ne passera pas! répliqua l'en. Otiand j 1 ' pense que j'ai déjà oublié le goût du gin !
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— Mais, fit Bol ton , rappelle-toi ce que t'a dit le docteur.
— Oh ! répliqua Pen avec sa grosse voix brutale, pour le dire, on le dit. Reste à savoir si, sous prétexte do santé, on ne s'amuse pas à faire l'économie du liquide.
— Ce diable de Pen a peut-être raison, répondit Gripper.
— Allons donc! riposta Bolton, il a le nez trop rouge pour cela; et s'il perd un peu de sa couleur à naviguer sous un pareil régime, Peu n'aura pas trop à se plaindre.
— Qu'est-ce que mon nez t'a fait? répondit brusquement le matelot attaqué à son endroit sensible. Mon nez n'a pas besoin de tes conseils ; il ne te les demande pas : mêle- toi donc de ce qui regarde le tien !
— Allons! ne te fâche pas, Pen, je no te croyais pas le nez si susceptible. Hé! je ne déleste pas plus qu'un autre bon verre de wisky, surtout par une température pi- , reille, mais si, au bout du compte, cela fait plus de mal que de bien, je m'en passe volontiers.
— Tu t'en passes, dit le chauffeur Waren qui prit part à la conversation : eh bien, tout le monde ne s'en passe peutêtre pas à bord !
— Que veux-tu dire, Waren ? reprit Garry en le regardant fixement.
— Je veux dire que, pour une raison ou pour une autre, il y a des liqueurs à bord, et j'imagine qu'on ne s'en prive pas beaucoup à l'arrière.
— Et qu'en sais-tu ? » demanda Garry.
Waren ne sut trop que répondre ; il parlait pour parler, comme on dit.
« Tu vois bien, Garry, reprit Bolton, que Waren n'en sait rien.
— Eh bien, dit Pen, nous demanderons une ration de gin au commandant ; nous l'avons bien gagnée, et nous verrons ce
qu'il répondra,
— Je vous engage à n'en rien faire, répondit Garry.
— Et pourquoi ? s'écrièrent Ton et Gripper.
— Parce que le commandant vous refusera. Vous saviez quel était le régime du bord quand vous vous êtes embarqués; il fallait y réfléchir à ce moment-là.
— D'ailleurs, répondit Bolton qui prenait volontiers le parti de Garry, dont le caractère lui plaisait , Richard Sliandon n'est pas le maître à bord; il obéit tout comme nous autres.
— Et à qui donc ? demanda l'en.
— Au capitaine.
— Ah ! toujours ce capitaine de malheur! s'écria Pen. Et ne voyez-vous pis qu'il n'y a pas plus de capitaine que de taverne sur ces bancs de glace ? C'est une façon de nous refuser poliment ce que nous avons le droit d'exiger.
— Mais si, il y a un capitaine, reprit Bolton; et je parierais deux mois de ma paye que nous le verrons avant peu.
— C'est bon, fit l'en; en voilà un à qui je voudrais bien dire deux mots en face !
— Qui parle du capitaine? » dit en ce moment un nouvel interlocuteur.
C'était le matelot Cliflon, passablement superstitieux et envieux ci la fois.
« Est-ce que l'on sait quelque chose de nouveau sur le capitaine? demanda-t-il.
— Non, lui fut-il répondu d'une seule voix.
— Eh bien, je m'attends à le trouver installé un beau matin d.ms sa cabine, sans que personne sache ni comment, ni par où il sera arrivé.
— Allons donc! répondit Bolton; tu te figures, Clifton, que ce gaillard-là est un farfadet, un lutin comme il en court dans les hautes terres d'Ecosse!
— Ris tant que tu voudras, Bolton ; cela ne changera pas mon opinion. Tous les jours, en passant devant la cabine, je jette
INDICATION. — R fXR flATIO N.
un regard par le trou de la serrure, et l'un de ces matins je viendrai vous raconter à qui ce capitaine ressemble, et comment il est fait.
— Eh! par le diable, fit Peu, il sera bâti comme tout le monde, ton capitaine;! Et si c'est un gaillard qui veut nous mener où cela ne nous plaît pris, on lui dira son fait.
— Bon! fit Bolton, voilà Pen qui ne le connaît même pas, et qui veut déjà lui chercher dispute !
— Qui ne le connaît pas? répliqua <I1 ifion de l'air d'un homme qui en sait Ion?:
c'est à savoir, s'il ne le connaît pas!
— Que diable veux-tu dire? demanda Gripper.
— Je m'entends.
— Mais nous ne t'entendons pas !
— Eh bien, est-ce que Peu n'a pas en déjà des désagréments avec lui ?
— Avec le capitaine?
— Oui, le dog-captain, car c'est exactement la même chose, »
Les matelots se regardèrent sans trop oser répondre.
«. Homme ou chien, fit Peu entre ses dents, je vous affirme que cet animal-là aura son compte un de ces jours.
— Voyons, f.lifton, demanda sérieusement Bolton, prétends-tu, comme l'a dit Johnson en se moquant, que ce chien là est le vrai capitaine ?
— Certes, répondit Clifion aveccomiction; et si vous étiez des observateurs comme moi, vous auriez remarqué les allures étranges de cet animal.
— Ixîsquelles? voyons, parle!
— Est-ce que vous n'avez pas vu la façon dont il se promené sur la dunette avec un air d'autorité, regardant la voilure du navire, comme s'il était de quart?
— C'est vrai, fit (îripper: et même un soir je l'ai positivement snpris les pattes appuyées sur !a roue du gouvernail.
— Pas possible ! fit Bolton.
— Et maintenant, reprit Clifion, est-ce que la nuit il ne quitte pas le bord pour aller se promener sur les champs de glace, sans se soucier ni des ours ni du froid?
— C'est toujours vrai, fit Bolton.
— Est-ce que vous voyez cet animal-là, comme un honnête chien, rechercher la compagnie des hommes, rôder du côté de la cuisine, et couver des y eux maître Sirong quand il apporte quelque bon morceau au commandant? Est-ce que vous ne l'entendez pas, la nuit, quand il s'en va à deux ou trois milles du navire, hurler de façon à vous donner froid dans le dos, ce qui n'est pourtant pas facile à ressentir par une pareille température? Enfin, est-ce que vous avez jamais vu ce chien-là se nourrir? Il ne prend rien de personne; sa pâtée est toujours intacte, et, à moins qu'une main ne le nourrisse secrètement à bord, j'ai le droit de dire que cet animal vit sans manger. Or. si celui-là n'est pas fantastique, je ne suis qu'une b'te.
— Ma foi, répondit Bell le charpentier, qui avait entendu toute l'argumentation de Clifton, ma foi. cela pourrait bien être! »
Cependant les autres matelots se taisaient.
» Eh bien, moi, reprit Clifton, je vous dis que, si vous faites les incrédules, il y a à bord des gens plus savants que vous, qui ne paraissent pas si rassurés.
— Veux-tu parler du commandant? demanda Bolton.
— Oui, du commandant et du docteur.
— El tu prétends qu'ils «ont de ton avis?
— Je les ai entendus discuter la chose, et j'affirme qu'ils n'y comprenaient rien; ils faisaient mille suppositions qui ne les avançaient guère.
— Et ils parlaient du chien comme tu le fais, Clifton ? demanda le charpentier.
— S'ils ne parlaient pas du chien, répondit Clifton mis au pied du mur, ils par-
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laicnl du capitaine, ce qui est la même chose, et ils avouaient que tout cela n'est pas naturel.
— Eh bien, mes amis, reprit Bell, voulez-vous avoir mon opinion?
— Parlez ! parlez ! lit-on de toutes parts.
— C'est qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura pas d'autre capitaine que Richard Shandon.
— Et la lettre? fit Clifton.
— La lettre existe réellement, répondit Bell;, il est parfaitement exact qu'un inconnu a armé le Fonrard pour un voyage dans les glaces ; mais le navire une fois parti, personne ne viendra plus à bord.
— Enfin, demanda Rolton, où ira-t-il, le navire?
— Je n'en sais rien ; à un moment donné, Richard Shandon recevra le complément de ses instructions.
— Mais par qui?
— Par qui?
— Oui, comment? dit Rolton qui devenait pressant.
— Allons, Bell, une réponse! reprirent les aulns matelots.
— Par qui? comment? Eli! je n'en sais rien, répliqua le charpentier, embarrassé à son tour.
— Eh ! par le Captain-dog. s'écria Clifton.
Il a déjà écrit une première fois, il peut bien écrire une seconde. Oh ! si je savais seulement la moitié de ce que sait cet animal-là, je ne serais pas embarrassé d'être premier lord de l'Amirauté.
— Ainsi, reprit Bol ton pour conclure, lu t'en liens à Ion opinion que ce chien-là est le capitaine?
— Oui, comme je l'ai dit.
— Eh bien, dit Pen d'une voix sourde, si cet animal-là ne veut pas crever dans la peau d'un chien, il n'a qu'à se dépêcher de devenir un homme, car, foi de Pen, je lui ferai son affaire.
— Et pourquoi cela? demanda (iarry.
— Parce que cela me plaît, répondit
brutalement Pen; et je n'ai de compte à rendre à personne.
— Assez causé, les enfants, cria maître Johnson en intervenant au moment où la conversation semblait devoir mal tourner; à l'ouvrage, et que ces scies soient installées plus vite que cela! Il faut franchir la banquise!
— Bon ! un vendredi ! répondit Clifton en haussant les épaules. Vous verrez qu'on ne passe pas si facilement le cercle polaire ! »
Quoi qu'il en soit, les efforts de l'équipage furent à peu près impuissants pendant celle journée. Le Forward, lancé à toute vapeur contre les ice-fields, ne parvint pas à les séparer; on fut obligé de s'ancrer pendant la nuit.
Le samedi, la température s'abaissa encore sous l'influence d'un vent de l'est; le temps se mit au clair, et le regard put s'étendre au loin sur ces plaines blanches que la réflexion des ravons solaires rendait éblouissantes. A sept heures du matin, le thermomètre accusait huit degrés au-dessus de zéro (— 21° centig.).
Le docteur était ^enté de rester tranquillement dans sa cabine à relire des voyages arctiques ; mais il se demanda, suivant son habitude, ce qu'il lui serait le plus désagréable de faire en ce moment. Il se répondit que monter sur le pont par celle température, et aider les hommes dans la manœuvre, n'avait rien de très-réjouissant.
Donc, fidèle à sa règle de conduite, il quitta sa cabine si bien chauffée et vint contribuer au halage du navire. Il avait bonne
figure avec les luneiies vertes an moyen desquelles il préservaii ses yeux contre la
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morsure des rayons réfléchis, et dans ses observations futures il eut toujours soin de se servir de snow-spectacles 1 pour éviter les ophthalmies très-fréquentes sous cette latitude élevée.
Vers le soir, le Foncard avait gagné plusieurs milles dans le nord, grâce à l'activité des hommes et à l'habileté de Shandon, adroit à profiter de toutes les circonstances favorables; à minuit, il dépassait le
soixante- sixième parallèle, et la sonde ayant rapporté vingt-trois brasses de profondeur, Shandon reconnut qu'il se trouvait sur le bas-fond où toucha le Yictory.
vaisseau de Sa Majesté. La terre s'approchait à trente milles dans l'est.
Mais alors la masse des glaces, immobile jusqu'alors, se divisa et se mit en mouvement ; les ice-bergs semblaient surgir de tous les points de l'horizon; le brick se
trouvait engagé dans une série d'écueils mouvants dont la force d'écrasement est irrésistible; la manœuvre devint assez difficile pour que Garry, le meilleur timonier, prit la barre; les montagnes tendaient à se refermer derrière le brick : il fut donc nécessaire de traverser celte flotte de glaces, et la prudence autant que !<• devoir commandait de se porter en avant. Les difficultés s'accroissaient de l'impossibilité où se trouvait Shandon de constater la direction du navire au milieu de ces points changeants, qui se déplaçaient et n'offraient aucune perspective stable.
Les hommes de l'équipage furent divisés en deux bordées de tribord et de bâbord; chacun d'eux, armé d'une longue