‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 84 sur 142 · TOME i · texte numérisé non relu

TOME i

places publiques des saltimbanques marcher, la téte en bas, sur les mains. Il y a même des petits garçons qui trouvent cela beau, et se martyrisent les poignets pour en faire autant. Les bras et les jambes peuvent donc changer de rôle au besoin. C'est que nos quatre membres sont faits en réalité sur le même modèle, avec de légères différences déterminées par la différence de leur fonction, et c'est encore un exemple de la manière dont s'y prend la nature pour varier ses produits, en conservant le moule dans lequel ils sont formés.

Nous avons dans notre voisinage deux animaux qui nous montrent avec quelle facilité elle peut faire, de nos bras, des jambes, et vice versâ l , l'ours qui étouffe

I. Vous ne savez pas le latin; mai» jo ma sers uns trop do scrupules de co latin-là avec vous, parce qu'il eM presque devenu du français. Il Tout dire ici : « et de nos jambes, des bras, à four </« rôle. » C'est un latin rommodo, tout latin qu'il o*t : Il dit les eboscs bien plus Tito.

K DU CATION. — RECREATION

quelquefois les chasseurs en les serrant contre sa poitrine avec des espèces de bras, sur lesquels il marche, et le singe qui a des mains au bas des jambes.

Regardez bien ce petit dessin :

C'est une patte d'ours. Ne croirait-on l>as voir, à peu de chose près, la plante du pied de l'homme? Il semblerait que la nature, et vous comprenez qui je veux dire par ce mot-15, ait imaginé, pour faire les quatre membres de l'homme, de mettre des mains aux bras de l'ours, ou des pieds aux jambes du singe, et modifié en conséquence les deux paires de membres ainsi perfectionnées.

S'il en est ainsi, nous devons nous attendre à trouver le bras et la jambe con- BtTUitS à peu près de la môme façon, et c'est bien aussi ce qui va nous arriver. Il ne faut pas nous en plaindre; cela rendra notre étude plus facile et plus intéressante à la fois.

.Nous verrons d'abord le bras, et il est bien juste de commencer par lui : la nature a fait comme nous.

Avez-vous jamais observé que les tout petits enfants, alors que leurs jambes sont entièrement incapables de les porter, ont déjà les bras très-forts en comparaison, et que ces mains, si mignonnes, ne laissent pas d'être déjà dangereuses, même pour un homme, quand par hasard elles le prennent par la barbe, comme cela m'est arrivé plus d'une fois? Il y a une raison à tout, et la raison de cette différence de force entre les bras et les jambes au commencement (II- la vie, c'est que les os des premiers sont prêts pour travailler bien avant cenx des antres. Le pied est encore à moitié cartila-

gineux que déjà les os de la main sont presque entièrement formés, et des doigts à l'épaule, toute la pirlie osseuse du membre d'en haut est également en avance sur la partie correspondante du membre d'en bas.

Ceci est une leçon que la nature nous donne à tous, chère petite. Avant d'être libre de ses mouvements, il faut savoir; et c'est pour cela que la main qui sert à l'éducation du petit enfant, la main qu'il porte à tout ce qu'il voit pour contrôler les indications encore indécises d'un œil mal exercé, c'est pour cela que la main, un véritable professeur, s'est trouvée prête avant le pied. Celui-là est un serviteur passif qui sera donné plus tard à l'enfant, pour l'emmener au milieu des obstacles et des dangers, quand il aura appris à s'en rendre compte. Si donc on vous laisse à l'école quand vos grandes sœurs vont déjà, comme on dit, dans le monde, ne criez pas à l'injustice. Quand la main aura terminé son œuvre préparatoire, le pied aura 800 tour.

Le bras s'appuie dans ses mouvements sur une large base fixée au tronc, qui s'appelle Y épaule-, et qui se compose de deux os, Y omoplate et la clavicule.

L'omoplate est facile à trouver. Mettez la main au nœud de l'épaule, à l'endroit où les soldats placent leur épauletle, et faites aller le bras de haut en bas. Vous sentirez un os qui danse en quelque sorte à chaque mouvement du bras : c'est l'omoplate. Mais n'allez pas trop près de la poitrine, car, au lieu de l'omoplate, c'est la clavicule que vous sentiriez, et il vous sera facile de vous en assurer en la suivant avec le doigt jusqu'au sternum sur le haut duquel elle vient s'appuyer.

Au-dessous du point que je viens de vous indiquer, l'omoplate est creusée d'un trou rond dans lequel entre l'os du bras, et elle descend de là en forme de plaque triangulaire, dont vous pouvez loucher l'extrémité

LES SEKV1TEURS DE L'ESTOMAC

en passant une main sous l'aisselle. Cette plaque s'étend par derrière jusqu'au voisinage des vertèbres; mais elle n'a garde de s'en approcher assez près pour s'y articuler. Rite n'aurait plus assez île jeu pour accompagner le bras, comme elle fait, dans tous ses mouvements, et ce besoin de mobilité est si grand pour elle qu'elle n'a pas même de capsule fibreuse qui l'attache à la colonne vertébrale. Elle n'y est attachée que par des muscles, et c'est le seul exemple que je puisse vous citer dans tout le corps, d'un os jouant librement, sans être retenu contre ses voisins par cotte toile si i résistante dont se composent les capsules fibreuses.

Il fallait pourtant donner une certaine solidité à celte base si mobile, et l'asseoir l sur quelque chose de plus ferme que des muscles. C'est le service que lui rend la clavicule. Celle-là s'articule d'un oAté sur le sternum, de l'autre sur une grosse apophyse de l'omoplate qui fait juste la pointe du nœud de l'épaule. C'est en quelque chose une traverse, jetée en arc-boutant, qui maintient l'omoplate en place, et l'empêche d'être refoulée sur la poitrine quand un choc de côté vient la heurter. L'articulation du reste est des plus simples. Figurez-vous une baguette portant seulement par ses deux bouts, et basculant sur le sternum quand l'omoplate monte ou descend.

Là, par exemple, il fallait un lien fibreux des plus énergiques, et la capsule, qui fixe l'extrémité de la clavicule au sternum, la serre de si près que la clavicule ne peut sortir de son articulation sans briser sa capsule.

Entre l'omoplate et la baguette qui la soutient il y a un espace rempli seulement par des muscles, et quand les petites filles sont un peu maigres, il se forme là des creux que vous aurez dû remarquer plus d'une fois. Je ne sais quel est le mauvais plaisant qui les a baptisés, ces creux;

toujours est-il qu'on les appelle des salières, un terme qui n'est pas précisément scientifique, mais qui ne manque pas d'originalité, s'il manque un tantinet de politesse.

La principale fonction de la clavicule est de tenir le bras écarté du corps, et de lui servir de point d'appui quand il vient se croiser sur la poitrine. Aussi n 'existe- t-elle entière que chez les animaux à qui ce mouvement est familier, comme le singe et l'ours, par exemple, ces deux voisins dont nous venons de parler. Regardez un écureuil grignoter une noix. A la façon dont il la tourne et la retourne entre ses deux pâlies de devant qui se rapprochent sous son petit museau, vous pouvez vous assurer que la clavicule de celui-là est en bon étal. I-e chat, et surtout le chien, qui se servent bien moins avantageusement de leurs pattes de devant, n'ont plus, en guise de clavicule, qu'un petit os, suspendu dans les chairs, et retenu seulement par des ligaments à l'omoplate et au sternum qu'il ne vient pas toucher. Le cheval, dont les quatre jambes manœuvrent uniformément en droite ligne, n'a plus rien du tout; et l'àne de La Font iine, qui voulait caresser son mal ire, aurait eu besoin, pour faire le beau, d'une clavicule qu'il n'avait pas, pour ne pas parler du reste. En revanche, chez les oiseaux qui ont besoin de battre si puissamment de l'aiie pour se soutenir dans les airs, le rôle des clavicules devient si important qu'elles se soudent ensemble, pour être plus solides, et ne font plus qu'un seul os, en forme de V, dont les deux branches fournissent aux omoplates un point d'appui à la fois solide et résistant.

Demandez à le voir sur la première perdrix qu'on découpera devant vous. Il fait comme une petite fourche, appuyée au sternum, et de là vient son nom : la fourchette.

J'aurais du peut-être réserver cela pour plus tard ; c'est un détail qui appartient à

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l'étude des animaux. Mais l'occasion était trop belle de vous donner d'avance une idée de la façon dont les organes de relation se transforment, d'un animal à l'autre, en raison du degré d'importance de leur fonction, et finissent par disparaître, un à un, en laissant intactes les grandes lignes du plan sur lequel ils sont groupés. La clavicule est le premier des os importants du corps humain que l'on voit manquer à l'appel, quand on les passe en revue dans les animaux qui viennent après nous, et le mouvement auquel elle préside est en quelque sorte un mouvement tout humain, comme on peut s'en assurer en regardant un ours de foire, ou un singe de bateleur, faire leurs évolutions.

Au surplus, il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'aux animaux pour observer ces modifications de la clavicule, déterminées par des différences de fonctions. Sans sortir de l'espèce humaine, je puis vous en montrer un exemple très-curieux. Me croirez-vous, si je vous dis que votre maman a la clavicule plus longue, toute proportion gardée, que votre papa? C'est pourtant comme cela, et chez vous aussi la clavicule relient l'omoplate à distance plus respectueuse du sternum que chez votre frère parce qu'elle s'allonge davantage. Essayez de jeter une pierre en même temps que lui. Ce n'est pas un jeu de petite fille; mais dans l'intérêt de la science on peut bien se le permettre une fois. Vous verrez quel air gauche vous donnera cet allongement de la clavicule qui ne permet pas au bras des demoiselles de se ramasser en pareil cas droit sur le corps, comme celui des garçons. Les dames qui voudraient s'amuser à lancer des pierres ne les enverraient pas bien loin à cause de cela, et c'est la même raison, je vous le dis tout bas, qui les rend inhabiles à donner un bon coup de poing, quand même elles auraient un bras vigoureux, comme il s'en rencontre parfois. C'est

du reste un genre d'infériorité dont elles ne doivent passe plaindre, car il en résulte pour elles un avantage bien plus précieux sans comparaison que la faculté du coup de poing.

Qu'on donne à 1 homme le plus robuste un enfant à porter dans ses bras, il en aura bientôt assez ; et une pauvre petite femme le portera des heures entières sans trop se plaindre, grâce à l'excès de longueur de la clavicule qui, chez elle, donne au bras un point d'appui plus commode pour se croiser sur la poitrine. Et voilà comme un pouce de plus ou de moins dans un os de l'épaisseur du doigt détermine le rôle qui revient à chacun, à la femme celui de porter l'enfant, à l'homme celui de les défendre tous les deux!

Passons maintenant à l'histoire du bras.

Il n'est pas nécessaire d'avoir étudié beaucoup pour savoir qu'il se divise en trois morceaux bien faciles à reconnaître, l'un qui va de l'épaule au coude, l'autre qui va du coude au poignet, et le troisième qui va du poignet au bout des doigts. C'est ce qu'on appelle le bras proprement dit, l'avant-bras et la main.

Le bras n'a qu'un seul os, Y humérus, dont il vous serait assez difficile de retrouver la forme avec les doigts à travers la couche épaisse de muscles qui le recouvre. Examiné sur le squelette, il présente trois arêtes longitudinales qui lui donnent l'aspect triangulaire, surtout au milieu, car il s'arrondit vers l'épaule, et s'aplatit vers le coude, où il forme celte large surface si commode pour s'accouder, quand on se laisse aller pour dormir, la tête posée dans la main.

Les deux extrémités de l'humérus méritent seules de nous occuper.

Celle d'en haut forme sur le côté intérieur une sorte de demi-boule, assez régulière, qu'on nomme la téte de l'humérus, et qui va se loger dans le trou rond de l'omoplate dont je vous parlais tout à

l'heure. Si vous avez jamais vu un métier à broder, vous pouvez vous faire une idée assez exacte de cette articulation du bras sur l'épaule. C'est au moyen d'un mécanisme tout semblable que le cercle sur lequel la pièce à broder est tendue, le tambour, comme on l'appelle, s'incline à volonté dans toutes les directions. Le pied qui le porte est vissé sur une boule qui peut jouer en tous sens dans une demisphère creuse. Seulement, comme le bras doit toujours être prêt à partir, l'écrou qui vient serrer l'articulation du mélier à broder dès qu'elle est en position ferait ici bien mauvais effet, et naturellement nous n'avons rien de semblable. Loin de là, la cavité où entre la tête de l'humérus n'est pas même assez profonde pour la recevoir tout entière, ce qui rend l'articulation plus libre dans son jeu, aux dépens, il est vrai, de sa solidité : c'est une loi que nous connaissons déjà.

Pour ajouter encore à cette liberté précieuse qui donne tant de facilité aux mouvements du bras, la capsule fibreuse de l'articulation ne l'enveloppe que d'une toile lâche sur laquelle la tête de l'humérus voyage à l'aise dans sa cavité. Cette capsule est si longue que dans les cas où le bras et l'épaule sont tirés en sens inverse,

elle permet aux surfaces des deux os en contact de s'écarter de près d'un pouce, ce qui ne saurait avoir lieu sans rupture pour aucune autre de nos articulations. Dans ces cas-là, la tête de l'humérus se trouve entièrement sortie de sa cavité, et si les muscles qui l'environnent ne la maintenaient dans la bonne direction, en se raidissant autour d'elle, le plus léger choc suffirait à la jeter de côté. C'est, au surplus, ce qui arrive dans les chutes où le poids du corps porte sur le bras placé à faux, et l'épaule est alors démise \ c'est-à-dire que l'articulation ne peut plus jouer, la petite boule se trouvant chassée hors du trou rond dont les parois polies et glissantes la laissaient si bien aller et venir. Si lâche que soit la toile de la capsule, vous concevez combien un tel déplacement doit la tirailler, et il faut se dépêcher d'aller chercher un médecin pour remettre les choses en place, car l'inflammation se met bien vile dans les ligaments tiraillés, et c'est ensuite une vilaine opération, dont Dieu vous garde, ma chère petite!

Jean Mac*.

Im suit* procJmnoment.

t. Du mol litiin : (fautif M*, mis dehors.

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LA PRINCESSE ILSEE

(Suite.)

Il s'était écoulé déjà bien des siècles de- temps elle fleurit et domina Slir l'Ilsenburg, puisque la petite Usée avait mis le pied pour et la petite Usée la servit, ainsi que ses sula première fois sur la roue d'un moulin, jets, comme elle avait servi jadis les charlorsque une noble famille de comtes prit honniers et les forgerons. Mais lorsque le possession de la vallée. Fendant bien long- château commença à tomber en ruines, et

que les comtes do Stolberg en choisirent un autre plus solide pour y fixer leur résidence, ils eurent soin que la princesse Usée et sa vallée chérie n'eussent pas à souffrir de ce changement. Ils envoyèrent sans cesse s'établir dans le bassin de l'Usée de nouveaux travailleurs qui s'occupaient en commun avec elle à extraire le fer solide, celle noble moelle des montagnes, à l'acérer et à lui donner toutes les formes qu'il doit panda pour servir aux besoins des hommes.

Alors on put voir la petite Usée travailler sans relâche du matin au soir, sans jamais s'ennuyer ni se fatiguer de sa pénible besogne. Mais celui qui la rencontrait dans la vallée au moment où, radieuse et dans toute sa pua-té, elle sortait de la forêt, celuilà devait de suite reconnaître en elle la princesse de l'eau la plus pure, la fille de la lumière, et lui rendre hommage du plus profond de son cœur. Cependant la petite Usée n'était pas encore devenue une sainte pour cela, et quand le bon Dieu faisait éclater sur elle un orage qui fouillait ses eaux jusque dans leurs dernières profondeurs, et niellait au jour tous les péchés cachés, toutes les |>elites fautes secrètes dont n'est exemple aucune habitante de la terre, quelque haute que soit sa naissance, la |>c- I tite Usée était profondément affligée de voir combien ses petites vagues étaient souillées. Mais elle profitait de cet orage comme chacun devrait profiter des orages de la vie, c'est-à-dire pour se connaître elle-même et se purifier; et lorsqu'elle avait séparé et clarifié tout ce qu'il y avait d'impur en elle, elle coulait plus belle, plus vigoureuse que jamais, et réfléchissait avec une force et une clarté nouvelles la lumière du ciel.

Li petite Usée eut encore un bien grand chagrin lorsque, dans ces derniers temps, par suite des progrès toujours croissants delà culture, une large chaussée remonta la vallée, fouilla If sol vert de la forêt avec

des bêches et des pioches, abattil de nouveau une masse d'arbres magnifiques, et se fraya au moyen d'armes tranchantes un chemin qu'elle ne pouvait conquérir que par violence. «Je ne supporterai pas cela, c'est par trop déplaisant! » s'écria la petite Usée; est-ce que cette insipide personne va, d'un bout de l'année à l'autre, se traîner ainsi tout à son aise à coté de moi, et, marchant à pas de tortue, se donner des airs de me régenter? Je l'entends déjà me crier d'un ton rogne et pédanlesque : Doucement, Usée, doucement, ne va pas trop

i près des fleurs, ne saule pas ainsi. Usée, regarde-moi donc, je marche d'une façon bien plus décente ! « Ah! le brave sentier de la forêt est tout de même un aulre compagnon lorsque, tournant le coin du rocher, il me fait signe de dessous l'ombre verte des chênes de venir le rejoindre! » Et dans

; sa pétulante colère la petite princesse se jetait en écumanl contre les blocs de rocher qui protégeaient la chaussée; elle voulait les ébranler et renverser son ennemie. <: Usée, Usée, lui cria le sapin du haut de son rocher, que signifient tous ces enfantillages? Vas-tu donc pas encore compris que nous devons tous supporter ce qui est utile et profitable à l'homme? Si nous autres arbres nous ne nous plaignons pas de la chaussée, tu devrais encore bien moins t'en plaindre. Cela ne nous amuse pourtant pas de voir celle dame avec sa robe à queue couleur de poussière remonter la vallée. Tu devrais être houleuse, Usée, regarde comme les sorcières, de l'autre côté de la montagne, se moquent de toi! »

11 faut dire que le diable avait cessé de rôder sur le Brockenberg depuis qne l'homme avait établi sa démena; les petites sorcières et les diabloitins dispersés couraient alors à travers le pays sous divers déguisements, prenant les formes les plus I aimables et les plus séduisantes pour trom-

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per les pauvres âmes et les entraîner dans leur sombre empire. Mais une troupe de jeunes sorcières, qui gardaient toujours rancune à la petite Usée de les avoir toutes effacées sur le Brockenberg par sa distinction et ses charmes, descendait tous les étés dans la vallée pour épier Usée et tout au moins lui aliéner ses amis, si elle ne pouvait lui jouer d'autres mauvais tours.

Habillées en fleurs de digitale dont elles avaient revêtu la magnifique robe rouge, les sorcières se tenaient coquettement groupées au soleil sur les libres pentes de la montagne ; elles faisaient des signes d'intelligence aux fougères et appelaient les clochettes bleues pour leur expliquer que clochettes et digitales étaient de proches parentes. Mais les clochettes bleues, voyant les gouttes de poison mortel que rccélait le fond de leurs brillants calices, secouaient doucement leurs petites têtes, descendaient vers Usée, et priaient les fougères de se mettre devant elles et de déployer leurs éventails afin qu'elles ne fussent plus obligées de voir cette méchante engeance. La princesse Usée levait les yeux vers ces maudites d'un air timide et murmurait tout bas ses prières en passant son chemin. Elle louait et caressait les fidèles clochettes et les bonnes fougères, et lorsqu'il lui semblait que les pierres humides qu'elle rencontrait en route lançaient des regards trop brillants sur les fleurs des sorcières, elle leur jelait brusquement sur la tète son voile d'argent et les aveuglait d'éclatants rayons de lumière qu'elle attrapait pour s'amuser et les leur lancer au visage.

Quant à la chaussée, la princesse Usée*, si elle ne pouvait pas l'empêcher de passer par la vallée, voulait du moins avoir avec elle aussi peu de rapports que possible. Elle cherchait à se dérober à ses regards en serpentant par des chemins clétournés dans les endroits les plus ombreux de la forêt; et quand alors elle se précipitait impétueuse sur les rochers, croyant échapper tout à fait à sa poudreuse compagne, elle courait au contraire droit à sa rencontre ; la chaussée jelait un pont sur elle, et la princesse Usée devait couler courbée sous ce joug, renfermant sa mauvaise humeur pour revenir au plus vite sous le ciel et l'air libres; mais la mauvaise humeur de la petite Usée ne dure pas longtemps ; plus bas dans la vallée elle coule déjà plus calme à côté de la chaussée et baise humblement le pied de l'Ilsenstein, sur le sommet duquel est plantée une croix.

Car la petite Usée n'est pas morte, elle vit encore aujourd'hui et continue à remplir chaque jour sa modeste lâche dans les moulins et les usines de la vallée. Le dimanche, quand les moulins sont arrêtés et que les actifs habitants de la vallée de l'Usée montent en habits de fête au Schlossberg pour y prier dans la vieille chapelle, alors la voix argentine de la petite Usée mêle son doux murmure au son des cloches et des orgues qui s'échappe des murs du vieux château et se répand dans la vallée.

l'.-J. Staul.

La fin au prochain numéro.

LES ANGLAIS AU POLK NORD

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