S J? C£LO T
Brûle-parfums chinois. (Collection de M. C. Gon, de la Rochelle.)
— Dessin de Lancelot.
l’ampleur d’exécution de l’animal. Sur une grande housse qui retombe sur les flancs de l’éléphant, est figuré le dragon impérial, barbu et griffu, s’agitant au milieu des
flammes. Ce petit bas-relief est fouillé et contourné avec un esprit d’exécution rare.
(') Le Robinson de la Tène, par L. Favre. 1875, Sandoz.
UN COIN DE LA BASSE AUVERGNE
QUELQUES LOCALITÉS ET QUELQUES LÉGENDES DU PUY-DE-DÔME. Fin. — Voy. p. 161, 188.
Cascade du Plat-à-Barbe (Puy-de-Dôme). — Dessin de A. de Bar, d’après une photographie de A. Davanne.
■ Dans ce pays des brebis et des chèvres, où le bon Dieu curieux amateur de sites pittoresques qui s’aventure vers -'ge nomme le boim Bara, le bon Bélier, — il faut que le la cascade vertigineuse du Plat-à-Barbe se garde bien de Tome XLllI. — Juillet 1875. on
s’attirer, par un mot ou par un geste qui se puisse mal interpréter, cette imprécation familière aux irritables habitants de la contrée : Que le grand Jaro t’entraînd per las tricoussellas et las foimai'ellas ! Ce qjiii veut, dire en pur dorien, — patois de la vallée de la Dore ; — « Que le grand Diable te précipite à travers les roches et les broussailles ! » Si ce vœu peu chrétien tombe sur un voyageur qui n’a ni le pied sûr ni la tête solide, qu’il se hâte de revenir sur ses pas ; car il est à craindre que son esprit troublé par les paroles menaçantes du montagnard arvernien ne le fasse trébucher près de l’abîme à la moindre pierre d’achoppement, et que la chute d’eau ne détermine sa propre chute.
Il est dit qu’une jeune et audacieuse étrangère, qui se faisait un point d’honneur d’aller sans guide partout où on lui signalait un danger à braver,, mais qui était souvent gênée dans ses périlleux desseins par l’obstacle que lui opposait une surveillance affectueuse, résolut de la tromper qiour faire en toute liberté une excursion à la cascade du Plat-à-Barbe.
Elle choisit un jour où la colonie des baigneurs du Mont-Dore devait aller, comme en pèlerinage, visiter la Vierge miraculeuse d’Orcival. Elle trouva un prétexte pour se dispenser du voyage, et dès que ses surveillants furent partis elle-même se mit en route.
Son livre conducteur à la main, elle arriva au lieu nommé la Grande-Scierie , où quelques moulins sont mis en mouvement par- le ruisseau de la Vernière ; ensuite elle atteignit par un sentier très-rapide le bois de sapins du Gibaudet. Alors elle se trouva devant une sorte d’escalier formé par les racines des arbres. Il lui fallut se hasarder à descendre tantôt marchant, tantôt sautant, et en côtoyant un ravin qui encaisse le ruisseau devenu torrent. Quand ses pieds eurent touché la dernière marche de cet escalier naturel, elle se -vit dans l’impossibilité d’aller plus loin : au delà c’était l’abîme. Pour que le regard puisse en mesurer la profondeur, il faut se pencher à mi-corps dans le vide, sans autre point d’appui qu’un tronc d’arbre qui s’incline sur le torrent.
Cette terrifiante épreuve, à laquelle beaucoup se refusent, môme quand ils ont pour la tenter l’assistance de leurs robustes guides, la téméraire jeune femme osa l’affronter. Enlaçant d’un bras l’arbre incliné , elle projeta son corps dans l’espace , et , plananUau-dessus du précipice, elle demeura émerveillée du tableau qui se déroulait sous ses yeux relie vit un flot d’écume s’élancer dans un petit bassin dont la forme rappelle exactement un plat à barbe , puis retomber dans une grande vasque de granit d’où l’eau s’échappe et se fraye un passage à travers l’entrelacs de sapins déracinés et des fragments de rochers qui comblent le lit du torrent. La curieuse imprudente resta si longtemps dans cette dangereuse attitude, qu’à la fin son cerveau qu’emplissait le bruit de la cascade cessa de penser; ses regards, fascinés par le scintillement de l’eau et la rapidité de la chute, tournoyèrent comme emportés dans un immense tourbillon. En proie au vertige et n’ayant plus conscience de son point d’appui, elle allait céder à l’abîme qui l’attirait, quand l’un des pensionnaires de l’hôtel des Bains, qui, se doutant de l’intention de la jeune femme, avait renoncé au pèlerinage en commun pour la suivre et la protéger au besoin, s’élança vers elle, la saisit à bras-le-corps, et la déposa évanouie sur le gazon.
L’auteur de Quinze jours au Mont-Dore , à qui nous empruntons cette anecdote , ajoute que l’année suivante, au retour de la saison des bains, on remarquait parmi les baigneurs un jeune couple récemment uni : c’était l’intrépide voyageuse et son sauveur.
TOUJOURS SEUL, SEULE PARTOUT
HISTOIRE d’un couronnement.
Fin. — Voy. P, 210, 222.
Bien qu’elle fût très-matinale, l’heure à laquelle Étienne Matthiany et le capitaine sortirent de la maison du jeune ménage, déjà cependant la foule endimanchée, se divisant en deux courants principaux, affluait, d’une part, dans les rues qui montent au château royal, et de l’autre, se dirigeait du côté de la cathédrale. A toutes les fenêtres flottaient des bannières aux couleurs de l’Autriche , aux armes de la Hongrie.
Partout le mouvement de la grande journée était commencé ; à chaque pas , les promeneurs étaient forcés de s’arrêter et de se ranger pour faire passage à de brillantes cavalcades de dames et de seigneurs qui se rendaient chez la reine. A ces cavalcades succédaient des régiments entiers marchant musique en tête, enseignes déployées. Les piétons, retardés par ces rencontres et brusquement refoulés des deux côtés du pavé, jetaient alors des regards jaloux vers les curieux privilégiés qui se pressaient depuis les premières lueurs du jour dans les tribunes dressées sur la voie publique.
A la demande du capitaine Hermann, ce fut dans la direction du château que son guide le conduisit; mais chacun d’eux , marchant côte à côte et du même pas , avait une préoccupation absolument contraire.
Le sous-officier se faisait un point d’honneur d’arriver jusqu’au soir sans avoir perdu de vue un seul moment l’é-^ tranger qu’il était fier de piloter dans Presbourg; l’autre, à part lui , ne pensait qu’à saisir une occasion favorable pour échapper à son officieux cicérone , afin de pouvoir circuler librement partout où l’attirerait un intérêt plus puissant, pour lui, que celui de la curiosité. L’occasion désirée ne se fit pas attendre. Étienne Matthiany avisa à quelques pas devant lui Grégorius, l’insulteur de la veille, qui venait à la rencontre de son sauveur, pimpant et joyeux; il portait comme ornement à son bonnet hongrois un flot de rubans aux couleurs de Marie-Thérèse.
— A la bonne heure! lui dit le vieux militaire, je vois qu’il ne faudra pas se fâcher avec toi pour te faire crier : — Vive la reine !
— Mieux que cela, répliqua Grégorius , je le fais crier aux autres. Je lui dois bien cela : son ordonnance d’bier au soir a ouvert, ce matin, la porte de la prison d’où mon frère ne devait sortir que dans six mois.
Après quelques paroles de félicitation à Grégorius sur l’heureux événement qui avait modifié son opinion politique, Matthiany, s’étant retourné vers son hôte pour continuer avec lui leur ascension vers le château , eut la fâcheuse surprise de ne plus le voir à son côté. En guide consciencieux qu’il était, il s’imposa le devoir de le retrouver. Disons tout de suite que, fidèle à sa résolution comme à une consigne, il dépensa toute la journée en recherches inutiles.
Or, tandis que le brave homme se reprochait amèrement son moment d’entretien avec Grégorius, le capitaine, enchanté du hasard qui lui permettait d’errer à sa fantaisie, au risque môme de s’égarer, se glissait dans la foule, et s’attachait de préférence à suivre ceux qui, ayant assisté la veille à l’entrée de Marie-Thérèse, en pouvaient raconter quelque particularité; partout on parlait d’elle, donc il avait partout à écouter et à recueillir. Une bonne fortune lui était réservée. Il restait encore une place à occuper sur l’une des estrades construites aux environs du palais ; le prix exorbitant auquel le loueur l’avait taxée
effrayait tous ceux qui se hasardaient à la marchander.
— Je la prends et je la paye, dit celui qui se laissait appeler le capitaine Hermann.
Et, pour décourager toute concurrence, il mit dans la main du loueur de places une somme en or monnayé , de beaucoup supérieure au prix demandé.
Du banc le plus élevé de l’estrade où il était parvenu, non sans peine, à s’asseoir, il pouvait voir les hauts dignitaires de l’État et les grands officiers de la couronne, suivis de leurs magnifiques états-majors qui allaient au-devant de l’archiduchesse reine pour lui faire cortège du palais à la cathédrale et jusqu’au pied du Kœnigshügel , ce monticule d’où les rois de la Hongrie font étinceler au soleil l’épée de saint Étienne.
Mais ce qui attirait et fixait les regards de la foule émerveillée n’obtenait du capitaine qu’un coup d’œil distrait; pour vrai dire, il ne voyait rien, tant il prêtait d’attention à la causerie de ses deux plus proches voisins , lesquels parlaient à demi-voix.
L’un de ceux-ci, qui avait, paraît-il, des relations parmi la domesticité du château, racontait que Marieïliérése, radieuse en apparence, lors de son arrivée cà Presbourg, et aussi longtemps qu’elle s’étâitvue entourée, était tombée dans un accès de profonde tristesse dés qu’elle avait pu se croire seule ; quelqu’un prétendait l’avoir surprise au moment où elle portait un mouchoir à ses yeux pour essuyer ses larmes. Une autre personne, qui appartenait à son service particulier, l’avait entendue se plaindre de son isolement au moment même où elle venait de congédier de nombreuses députations qui étaient venues pour lui prêter serment.
— Seule, disait-elle en soupirant, toujours seule !
Aces mots, le capitaine fut saisi d’attendrissement, et la voix de son cœur, comme un écho, répondit :
— Oui, moi aussi , toujours seul , seul partout.
G était 1 instant où toutes les cloches et toutes les bouches à feu, unissant leurs bruits formidables, annonçaient le départ du cortège royal pour l’église métropolitaine de Saint-Martin des Franciscains. Quand le tonnerre prolongé de vivats qui saluaient la reine au passage se fut assez rapproché pour que le jeune capitaine pût supposer qu’elle arrivait en vue de l’estrade, il se trouva porté, par un élan irrésistible dont il n’avait pas conscience, jusqu’au premier rang des spectateurs. Les têtes de ceux-ci étaient précisément au niveau de celles des cavaliers qui escortaient Marie-Thérése.
— Qu’elle est belle ! mais comme elle est pâle ! disaiton autour du capitaine.
Soudainement le visage de la reine s’empourpra; il y eut dans ses yeux une singulière expression de surprise; puis 1 arc élégant de sa lèvre accentua un ineffable sourire. Jusqu au moment où le détour de la rue ne lui permit plus d apercevoir l’estrade , elle tourna plusieurs fois la tête de ce côté.
L émotion subite de la jeune souveraine, et les rapides coups d œil qu’elle avait à, diverses reprises dirigés vers le même point, ne pouvaient passer inaperçus, surtout pour ceux qui occupaient les premiers rangs de la tribune objet de son attention. Un seul parmi ceux-là ne demanda pas :
— - Qui donc la reine a-t-elle reconnu ici?
• contenu dans la cathédrale parla ma-
jesté du lieu, éclata sur la place et, de rue en rue, dans tous les quartiers, quand la voix du canon précisa le moment où l’évêque primat posait sur le front de Marie-Thérese, agenouillée dans la chapelle Saint -Jean, la couronne bénie, don du pape Sylvestre III au roi Étienne U'’.
Le capitaine Hermann, qui avait quitté précipilamnicnt
l’estrade aussitôt après le passage de la reine , se trouvait l’un des premiers devant le portail de l’église à l’instant solennel. 11 était aussi parmi la foule immense réunie autour de Kœnigshügel lorsque Marie-Thérése , resplendissante de draperie d’or, la couronne en tête, l’épée de saint Étienne à la main, arriva au galop d’un magnifique cheval noir jusqu’au sommet du monticule, et, dirigeant la pointe de l’épée vers les quatre points cardinaux, prit le ciel à témoin quelle jurait d’assurer la défense du royaume à l’orient comme à l’occident , au sud ainsi qu’au nord.
La noblesse de son geste, la fermeté de son attitude, arracha de toutes les poitrines gonflées d’émotion ce cri d’enthousiasme : Vivat domina et rex noster! (Vive notre, souveraine et roi!)
La reine rentra au palais. Ce fut aussi le même chemin que suivit le capitaine. Il erra autour des murs jusque bien avant dans la soirée, cherchant quelqu’un à qui il pùt confier un message important et surtout secret. Tous les invités au souper royal étaient successivement partis, et les curieux du dehors avaient peu à peu disparu. Après une longue attente, le capitaine aperçut à l’une des issues les moins fréquentées du palais un officier de service qu’il pouvait évidemment aborder sans crainte, car il alla franchement à lui, et glissa deux mots à son oreille. L’officier répondit :
— J’ai compris; veuillez .m’attendre ici.
Et il rentra précipitamment au château.
Cette fois , le capitaine n’attendit pas longtemps la réponse à son message.
Le soir du couronnement, on se coucha tard chez Nicklas Thaddée ; le père Matthiany, qui espérait encore le retour du capitaine, parlait de passer la nuit dans un fauteuil, afin d’être plus tôt debout quand son hôte, ayant enfin retrouvé le chemin de la maisonnette, viendrait frapper à la porte.
— Avons-nous bien fait, disait la charmante Liska, de rester à la maison? Thaddée et moi nous pouvions aussi nous égarer dans la foule, et perdre à noiis chercher l’un et l’autre une journée que nous avons si agréablement passée ensemble.
Thaddée, que le sommeil accablait, insista pour qu’on, allât se mettrè au lit. Le vieux guide, maugréant contre lui-même, ne se décida à monter dans sa chambre à coucher que lorsque son gendre et sa fille se furent engagés à parcourir la ville, dés la première heure du jour, pour essayer de retrouver un locataire qui payait si cher un gîte dont il profitait si peu. Ils partirent en effet de grand matin, trop tôt même pour aller aux informations touchant le capitaine égaré dans Presbourg. Liska proposa alors de faire une promenade dans les principales rues de la ville.
^ — Comme cela, dit-elle, je verrai quelque chose d’une fête dont j’ai seulement entendu le bruit à distance.
Leur promenade les conduisit jusqu’au palais ; au moment où ils arrivèrent devant la porte prés de laquelle le capitaine avait rencontré, la veille, l’officier de service qui s’était chargé de son message, cette porte s’ouvrit; quelques soldats vinrent se rangerai! dehors, et présentèrent les armes à une belle amazone et au jeune cavalier qui l’escortait.
Les trois promeneurs qui s’étaient avancés de quelques pas s’arrêtèrent frappés de stupéfaction.
— Mon capitaine ! balbutia le vieux sous-officier.
— Notre locataire ! s’écria Liska.
A cette double exclamation, l’amazone et son cavalier, qui causaient gaiement, s’interrompirent et tournèrent la tête vers ceux qui venaient de parler; puis le soi-disant
capitaine Hermann, dirigeant son cheval du côté de Matthiany, dit à celui-ci ;
— Le mari de la reine ne quittera pas Presbourg sans aller vous remercier de votre hospitalité. *
L’amazone reprit, s’adressant à la jeune femme ;
— La reine vous attend à son retour au palais pour Vous laisser un souvenir d’elle.
Après ces mots, les deux cavaliers lancèrent leurs chevaux dans la direction des grands arbres de la montagne.
l’inventeur des aérostats en chine.
Si l’on s’en rapporte au récit d’un missionnaire, vers la fin de la dynastie des Ming, c’est-à-dire au dix-septième siècle, un Chinois aurait trouvé l’art de s’élever dans les airs, comme le fit quelques années plus tard Laurent de Guzman (’).
Cet aéronaute du Céleste Empire s’appelait Hiu-hie-ui. Il avait été admis aux grades supérieurs dès l’âge de vingt ans. Né à Ou-ho, ville du troisième ordre, il appartenait à la secte des Tao-ssé lorsqu’il s’occupa d’aérostation/ On parle d’ailes factices à l’aide desquelles il tenta aussi de s’élever dans les airs ; mais, nouvel Icare, il tomba et se cassa la jambe. Sa chute eut lieu à la jonction des fleuves Thou et Tomf). Converti au christianisme, il devint missionnaire et propagea sa nouvelle croyance dans la population d’Ou-ho.