UN RAYON DE LUMIÈRE
Des hommes sont enfermés dans une caverne où se trouve en abondance tout ce dont ils peuvent avoir besoin ; mais cette caverne est sombre, et ils ne peuvent se rendre compte des ressources qui les entourent. A tâtons, au hasard , ils vont et viennent, foulant aux pieds les biens les plus précieux ou se déchirant eux-mêmes les uns les autres dans la crainte qu’un voisin plus heureux n’arrive le premier à se saisir de l’objet de leur convoitise; leur agitation est extrême, mais tous les efforts en sont tournés à mal , comme ceux de ces troupes de soldats qui , envoyés pour se rejoindre, se prennent dans la nuit pour des adversaires, et tirent sans pitié les uns sur les autres. Tout à coup, du haut de la voûte, un rayon de lumière pénétre au milieu de ce séjour d’horreur, et à l’instant la scène change. Tous, honteux de leur égarement, comprennent que leur misère n’avait d’autre cause que la fureur avec laquelle ils gaspillaient, en se les arrachant, les biens si libéralement mis à leur portée. Ils reconnaissent que, pour faire cesser cette misère, il suffit presque de ne plus la provoquer . La paix se fait dans les esprits, la bonne volonté descend dans les cœurs; au lieu de se jalouser on s’entr’aide, au lieu de maudire la société dont on fait partie et de rêver pour elle une organisation nouvelle, on étudie ses lois. Et l’on bénit ensemble la Providence d’avoir attaché tant de biens à la seule observation de la justice. (*)