VENTILATION
Quand on stationne peu de temps dans une salle où sont réunies un grand nombre de personnes, on ne peut pas s’apercevoir tout d’abord de l’altération de l’air; mais si on se transporte aux orifices d’écoulement de l’air vicié, les effets produits par celte altération se font immédiatement sentir, ainsi que le témoignent les faits suivants : Pendant une épidémie de choléra, une commission fut chargée d’examiner la composition de l’air d’une salle de l’hôpital Lariboisière ; la ventilation de cette salle fut opérée par une cheminée d’appel, et des prises d’air furent P) Elisée Reclus, Nouiielh qéogi'aphie universelle.
faites en vue des analyses nécessaires. Les chimistes qui étaient chargés de ce travail ('), tous exercés à tolérer sans souffrance les vapeurs les plus intenses des laboratoires, , ne pouvaient pas soutenir l’action de ces émanations, et en étaient immédiatement suffoqués.
Dans une salle de bal, un des pompiers de service chargé de veiller au danger d’incendie était obligé de se tenir au haut du plafond, dans le passage par lequel se faisait la sortie de l’air vicié de la salle ; or, aucun de .ces hommes ne pouvait respirer cette atmosphère pendant plus d’une demi-heure : des vertiges, des nausées, suivis de syncopes, survenaient dans cet espace de temps.
On a eu occasion de s’occuper de la circulation del’air dans la salle des députés, etonareconnuquel’air auplafond était insupportable ;Jes métaux se sulfuraient rapidement, et les homme.s ne pouvaient pas y séjourner sans inconvénient grave.
A une certaine époque, on avait essayé pour certaines écoles une disposition particulière de ventilation qui paraissait satisfaisante. L’air frais entrait largement par une des extrémités de la salle , et la sortie se faisait par un oritice placé à l’autre extrémité, au-dessus et à peu de distance de la tête de l’institutrice. Or, on s’aperçut bientôt que toutes les maîtresses d’école devenaient malades ; elles avaient des accidents nerveux très-prononcés, tombaient dans un grand état d’anémie et étaient obligées de suspendre leur service. On reconnut la cause de ces désordres , et avec la suppression du système de ventilation ces accidents cessèrent.
Tous les faits réunis sur ce sujet amènent à cette même conclusion ; l’air des agglomérations nombreuses d’êtres humains est vicié. Il contient, entre autres corps, des am-
moniaques composées de nature dangereuse, des acides divers, et notamment celui qui donne une odeur toute spéciale aux oiseaux. Cet air est un composé très -complexe qui exerce sur la santé des effets préjudiciables ; ces effets, plus sensibles lorsqu’il s’agit de réunions d’enfants que pour les réunions d’hommes faits, deviennent bien plus marquants encore quand on prend l’air des crèches ou des réunions d’enfants en bas âge. On peut donc dire que les exigences de la ventilation croissent en raison inverse de l’âge des individus réunis dans des espaces clos.
Les procédés employés pour la ventilation des édifices sont très-divers, mais ils se rangent, jusqu’à présent, dans deux classes distinctes : tantôt on refoule l’air pur dans les lieux qu’il faut aérer, tantôt, en le laissant entrer librement, on évacue par une cheminée ou un fourneau d’appel l’air qui a traversé la salle en emportant les émanations qui le vicient. Ces deux méthodes ont été l’objet de grands développements, d’applications importantes, et il est trèsdésirable de voir mettre en lumière tout ce qui a été fait dans nos grands édifices pour arriver à une solution convenable. C’est le moyen le plus sûr défaire avancer cette science importante. {‘) .