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ÉCOLE D’APPRENTISSAGE

Dans presque tous les métiers, les trois premières années de l’apprentissage sont généralement stériles et sou-

vent funestes. La santé de l enfant, jeté avant le temps dans l’atmosphère de l’atelier, s’y étiole ; son intelligence, faute d’être entretenue par un travail ordonné, s’atrophie; il perd tout ce qu’il a acquis à l’école. D’autre part, son éducation professionnelle est à peu près nulle ; car, malheureusement, d’après des habitudes difficiles à réformer, chez la plupart des maîtres ou patrons , tout le travail de l’apprenti consiste d’ordinaire dans le menu ménage de l’atelier et à faire les commissions; plus malheureusement encore, ce qu’il apporte d’instincts honnêtes s’abâtardit ou se perd. Ces considérations ont fait naître, à Paris, l’idée d’une école d’apprentissage, dans laquelle l’enfant continue à développer ses connaissances générales en se formant, par un enseignement technique, aux exercices de sa future profession, et où il reçoit une éducation propre à préserver tout à la fois sa santé et sa moralité.

Cette école (') est, à proprement parler, une école préparatoire à l’apprentissage. C’est au sortir de l’école primaire qu’elle reçoit les enfants. Ils n’y sont admis qu’avec le certificat d’études, ou après un examen équivalent.^

L’enseignement général y embrasse toutes les matières obligatoires de l’enseignement primaire , sur lesquelles les élèves ont toujours besoin de revenir, et quelques-unes des matières facultatives, telles que les éléments de la physique, de la mécanique et de la chimie dans leurs rapports avec l’industrie.

A cet enseignement général est joint un enseignement technologique, comprenant l’étude des outils, des matièies premières, des produits, des procédés, en un mot de tout ce qui est matérialisé dans la pratique des ateliers.

L’enseignement technique a pour objet le travail du bois et du fer. Commun à tous les élèves de la première année, qui sont tour à tour attachés aux deux ateliers, il est, dans les deux années suivantes, spécialisé suivant les aptitudes reconnues. L’ensemble de cette sorte de stage dure trois ans.

L’école, ouverte le 8 décembre 1872, compte actuellement 122 élèves.

La première observation qui frappe en entrant, soit dans les études, soit dans les ateliers, est celle de la bonne apparence et de Tair de santé des enfants. On a pris le soin de peser et de mesurer chacun d’eux à leur entrée dans l’école, et la même opération renouvelée à la fin de chaque année a permis de constater chez tous un progrès plus ou moins notable de forces physiques. C est le bénéfice naturel d’un bon régime de travail, de l’alternance établie entre les travaux manuels et les études de la classe; c’est aussi l’effet de l’exercice assidu de la gymnastique, auquel on a ajouté le jeu de la pompe à incendie.

Les enfants ont contracté l’habitude et le besoin de la propreté. Leurs figures sont nettes, leur attitude est décente, leur allure franche. Ils s’expriment convenablement et ne connaissent point le jargon de l’atelier.

Il n’est pas un élève qui n’ait au moins affermi les connaissances qu’il avait apportées de l’école primaire ; et chez le plus grand nombre, elles se sont développées.

Si l’on se préoccupe des résultats de 1 éducation générale, on n’a pas moins en vue le développement de l’éducation professionnelle, qui est l’objet propre de 1 école.

Le roulement auquel tous les élèves sont soumis en première année pour le travail du fer et pour celui du bois, leur est très-profitable ; ce double exercice contribue à leui assouplir la main.

Le travail du fer , auquel on a ajouté le travail du cuivre, suscite plus de vocations que celui du bois. Parmi '22 élèves qui ont subi en 1875 l’examen de sortie, 13 so

(') Boulevard de la Villetle, à Paiis. — Il y a aussi un atelier' d’apprentissage annexé à rGColc de la rue rournefort.

destinent à être ajusteurs; 2, tourneurs en fer; 2, forgerons; 4, modeleurs; etl, tourneur en bois. Enfin, on a constaté que les élèves ont avant tout, pour le bois comme pour le fer, le goût des travaux utilisables ; ils s’appliquent particuliérement à la confection des pièces dont ils prévoient la mise en œuvre. C’est pour eux une récompense de passer du travail de pur exercice au travail de confection.

L école a fabriqué plusieurs milliers d’équerres pour la consolidation des tables et des bancs, des tableaux noirs, des chevalets; elle prépare des collections de corps géométriques et de modèles de mécanique pour les classes de dessin.

Les locaux des classes et des ateliers avaient été livrés aux élèves, non sans dessein, dans un état misérable. Une demi-douzaine d’établis et quelques tables de rebut, tel était tout le mobilier. Sous la direction des contremaîtrés , les apprentis ont , peu à peu , fabriqué euxméraes, ou contribué à fabriquer, tous les objets à leur usage.

Dans l’atelier du fer, trois feux de forge ont été établis, avec leur garniture de bassins en tôle et leur outillage complet, pelles, tenailles, étampes, marteaux, etc. Quatre petits tours à métaux ont été installés (les poupées seules ont été achetées), munis chacun d’un système de débrayage et d’embrayage. Enfin, deux machines à percer sont sur le métier. Les pièces principales ont été fondues sur les modèles préparés par les élèves.

L’atelier du bois a fourni à celui du fer une partie de ses étaux. Il a garni les salles d’études communes de tout eur mobilier : tables-bancs, estrades, tableaux, chevalets, tablettes propres à recevoir les collections de corps géométriques et les modèles de mécanique ; dans un cadre doivent être classés des échantillons vernis des bois indigènes qui servent à 1 enseignement de la technologie.

Ce qui intéresse particuliérement les élèves à ces travaux , indépendamment de leur utilisation immédiate , c est qu avant de les exécuter en pièces, ils Commencent par en faire lés épures. Us étudient les proportions , ils raisonnent les assemblages, et il y a pour eux un sérieux attrait à réaliser, à faire vivre, en quelque sorte, ces objets dont le dessin graphique leur a fait concevoir la forme et l’idée.

Il n est pas douteux que ces enfants , rendus à la vie ordinaire, seront presque tous supérieurs aux apprentis qui n ont pas, joui des bienfaits de cette éducation. Ils sortent certainement de l’école plus vigoureux, plus instruits, pourvus de bons principes de moralité, et sérieusement préparés au métier qu’ils doivent exercer. (‘)

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