DEVANT SES CONTEMPORAINS
On a remarqué, — et la remarque est de Victor Cousin, — qu’aucun des grands docteurs du dix-septième siècle n’a cité les Pensées de Pascal à l’appui de quelque considération : ni Arnauld, ni Bossuet, ni Fénelon, ni Malebranche. Ce livre ne paraît pas avoir fait d’impression sur les penseurs et théologiens de l’époque.
Nicole le juge même sévèrement après l’avoir d’abord admiré. On lui avait communiqué une lettre de M">'=de Lafayette, pleine d’éloges pour Pascal, et où se trouvait cette phrase ; « C’est méchant signe pour ceux qui ne goûteront pas ce livre. » Nicole, un peu blessé par ce jugement si précis, se plaint de ce que la dame, trouvant dans ce livre des choses admirables, se borne là, et ne donne pas de lumières pour les discerner, et il ajoute : «J’ai eu jusques ici quelque chose de ce méchant signe. J’y ai bien trouvé un grand nombre de pierres assez bien taillées et capables d’orner un grand bâtiment; mais le reste ne m’a paru que des matériaux confus, sans que je visse assez l’usage que Pascal en vouloit faire. Il y a même des sentiments qui ne me paraissent pas tout à fait exacts, et qui ressemblent à des pensées hasardées que l’on écrit seulement pour les examiner avec plus de soin. Les Pensées me semblent quelquefois un peu trop dogmatiques, et incommodent aussi mon amour-propre qui n’aime pas à être régenté si fièrement. »
On s’explique aisément cette fin de réponse, quand on voit, dans le livre des Pensées, le souverain mépris que professe le grand géomètre à l’égard de la raison humaine, dont Nicole se considérait comme un des plus solides représentants.
« Cette logique à outrance , dit un des philosophes les plus éminents de ce temps- ci (*), en se représentant Bossuet lisant les Pensées; ce défi perpétuel jeté à la raison, ce mépris de la raison commune et des vérités moyennes, ce besoin de démonstrations rares, ce renversement de toutes choses, ce style heurté et violent, devaient singulièrement scandaliser Bossuet, lui qui ne supportait même pas la foi, si pure et si entière, de Fénelon, parce qu’elle était trop subtile. »
' (*) M. Paul Janet, membre de l’Institut.
LE DÉCOUPAGE ET LA MARQUETERIE
Suite. — Voy. p. 183, 206.
Assemblage d'une corbeille. — Pour assembler les côtés d’une corbeille, tous les découpages étant préparés, il faut employer la colle forte de Givet de première qualité, chaude et très-claire, surtout pour les objets en bois blanc; les colles fortes à froid sont plus lentes à prendre , et n’ont pas de solidité.
Il serait imprudent de coller d’abord tous les côtés ensemble, et de placer le fond ensuite. Il vaut mieux coller d’abord un côté, fixer au fond au moyen d’un petit fil de fer de fleuriste, enduire de colle les parties A et B, faire dè même pour le deuxième côté, le mettre en place, le
fixer avec lé fil de fer, et ainsi de suite. On ne saurait trop recommander de bien vérifier les dimensions de chaque côté ; avant de l’encoller, il faut le présenter d’abord, et, s’il y a lieu, donner une petite retouche, soit au côté, soit au fond .
Il est bon, lorsque l’om monte une corbeille, de ne pas interrompre l’assemblage à moitié ou au tiers ; car, en raison du peu d’épaisseur du bois, les pièces posées pourraient s’incliner, soit en dedans, soit en dehors, et lorsqu’on voudrait reprendre ce travail, on se trouverait fort embarrassé.
Les côtés de la corbeille étant ajustés , on doit laisser sécher, puis enlever les fils de fer, et ajuster de même; si l’objet que l’on monte est en bois de 5 à 6 millimètres, et surtout en bois foncé, on peut, au lieu de fil de fer, se servir de fines pointes à placage sans tête; afin d’avoir plus de facilité pour enfoncer ces pointes, il convient de les planter d’abord dans une petite boule de cire jaune.
Tenons et mortaises. — Lorsque l’assemblage se fait au moyen de tenons et mortaises, il faut avoir soin, en découpant , de laisser toujours les tenons plus forts que le dessin, et, au contraire, de faire les mortaises plus petites en suivant le trait en dedans; l’ajustage se fait ensuite à la lime.
Dernière main donnée à l’ouvrage. — Lorsque le montage est complètement terminé, il faut, au moyen d’une petite lime très-douce et du papier de verre, nettoyer les angles, abattre les petites défectuosités de l’ajustage, en un mot, donner cette dernière main dont on ne peut expliquer tout le détail , et qui ajoute beaucoup à la valeur d’un objet.
Si les pièces ont été d’avance vernies au tampon , on donne un léger coup sur les angles.
Dans le cas contraire, on vernit au pinceau en donnant trois couches, et en ayant la précaution de bien laisser sécher chaque couche ; il ne faut mettre que très-peu de vernis dans le pinceau, pour ne pas empâter. Mais, quelle que soit la qualité du vernis au pinceau, avec quelque soin
qu’on le pose, jamais on n’obtiendra, par ce procédé , la beauté du vernis au tampon.
En définitive , si le montage présente quelques difficultés, c’est aussi dans cette opération que l’on trouve le plus de plaisir ; que les amateurs soient bien certains qu’ils ne trouveront jamais le temps long, à ce moment où ils verront leur œuvre s’édifier.
S’ils devaient pour cette dernière opération avoir recours à un ouvrier, le but serait complètement manqué.
Manière de découper en double, triple, etc. — Un des grands avantages des machines à découper, est de faciliter et activer la besogne en permettant de découper plusieurs pièces d’un seul coup.
Exécute-t-on une corbeille â six pans en bois de 2 millimètres, il est très-facile, avec une bonne machine, de découper une épaisseur de 12 millimètres ; par conséquent, on peut faire les six pans d’un seul coup (*).
Pour cela, on réunit les pièces au moyen de pointes à placage, placées de distance en distance dans les parties du dessin qui doivent s’enlever. Il est aisé de comprendre que l’on finit par ces parties ; il sera hon même, en arrivant aux deux dernières, avant de les attaquer, de relier quelques parties du dessin avec un fil de fer très-fin.
Diverses applications du découpage. — On peut utiliser le découpage, non-seulement en faisant des objets à jour, comme des corbeilles, des cadres ou des étagères, mais encore des coffrets, des jardinières, etc., en l’appliquant sur un bois de nuance différente.
Pour cela, on construit d’abord l’objet en bois plein , puis on y applique le découpage que l’on a enduit d’une légère couche de colle forte très-claire ; il faut mettre immédiatement en presse , au besoin même avec des cales chaudqs.
On peut aussi recouvrir la carcasse de soie, velours ou papier drapé ou moiré ; mais dans tous les cas il faut avoir soin de mettre très-peu de colle, et ne pas tâtonner en plaçant le découpage, sans quoi la doublure serait maculée.
Le découpage de bois noir appliqué sur du vieux chêne est d’un bel effet, surtout si on peut y ajouter un peu de sculpture.
Découpage du cuivre. — Le découpage du cuivre est tout aussi facile que celui du bois ; de plus, il a cet avantage, que l’on peut faire des traits excessivement fins sans casser, parce que le cuivre n’a pas de veines comme le bois.
Pour découper le cuivre , lorsque l’on opère sur des feuilles très-minces, il faut enfermer le métal entre deux planchettes de bois de 2 à 3 millimètres; on pourrait même dire que si on voulait faire un découpage en bois trèsdélicat, le plus sûr moyen de ne pas casser serait de doubler le bois, pendant l’opération, d’une feuille de cuivre.
Si on emploie des feuilles de cuivre plus épaisses, on peut se dispenser de doubler en bois.
Lorsque le cuivre est découpé, on peut l’argenter soimême ou le dorer avec les poudres que l’on fabrique pour cet emploi.
On peut exécuter en cuivre découpé corbeilles , garnitures de table, abat-jour, écrans, en les doublant, soit de papier de couleur, soit d’une peinture à la main.
Découpage de l’ivoire, de la corne, etc. — L’ivoire et la corne se découpent tout aussi facilement que le bois et avec, les mêmes scies, en prenant toutefois des numéros assez fins ; on peut faire de très-jolis objets en ivoire ; malheureusement, le prix de la matière première est élevé.
La suite à une autre livraison.
(') Avec le grand modèle numéro 3 de la maison Morel, on découpe facilement vingt-quatre épaisseurs de placage , en y adaptant une scie numéro 1 .