EXPLOSIONS DANS LE SOLEIL
Le Soleil est depuis quelque temps l’objet d’une attention toute particulière de la part des astronomes. La découverte dc& protubérances, de ces flammes gigantesques qui hérissent constamment âa surface, a permis de pénétrer plus avant dans les phénomènes de sa constitution physique et chimique. Il ne se passe pour ainsi dire pas de jour qu’on ne le photographie, qu’on ne l’analyse, qu’on ne dessine ses taches et ses protubérances, à Rome, à Palerme, à Lisbonne, à Londres, à Chicago, à Cincinnati, etc.
L’une des plus curieuses observations qui aient été faites dans cette étude si intéressante, et l’une de celles qui peuvent le mieux nous donner l’idée des forces énergiques en action à la surface de cet astre immense, est sans contredit celle que le professeur Young a faite en Amérique, et qui montre une formidable explosion d’hydrogène dans l’atmosphère solaire. Résumons la relation de l’auteur.
Le 7 septembre 1871 , entre midi et demi et deux heures, il se produisit une explosion de l’énergie solaire, remarquable par sa soudaineté et sa violence. Toute l’après-midi l’auteur avait observé avec le téléspectroscope une énorme protubérance ou nuée d’hydrogène sur le limbe oriental du Soleil. Elle s’était maintenue avec très-peu de changement depuis le midi précédent comme une nuée longue, basse, tranquille, ni très-dense, ni brillante, ni bien remarquable, excepté par son étendue. Elle était principalement formée de filaments, la plupart presque horizontaux, et d’environ 24000 kilomètres; mais elle lui était rattachée, comme cela a lieu ordinairement, par colonnes verticales plus brillantes et plus actives que le reste. Elle avait 3' 45" de longueur et environ deux minutes de hauteur à la sur-
face supérieure, c’est-à-dire, puisqu’à la distance du Soleil une seconde est égale à 733 kilomètres, environ 161 000 kilomètres de longuenr sur 88000 kilomètres de hauteur (fig. 1).
Explosions solaires. — Fig. 1.
A midi et demi, l’observateur fut appelé au dehors pour quelques minutes. Jusque-là, il n’avait rien remarqué d’extraordinaire ; si ce n’est que la colonne, à l’extrémité méridionale de la nuée, était devenue beaucoup plus brillante et était courbée d’une manière curieuse d’ün côté. Près de la base d'une autre colonne, à l’extrémité nord, s’était développée une petite masse brillante, ressemblant beaucoup par sa forme à la partie supérieure d’un nuage orageux de l’été. La figure 1 représente la protubérance à cet instant ; a est le petit nuage orageux.
Quelle fut alors la surprise de notre astronome lorsqu’en revenant, moins d’une demi-heure après, à midi 55 minutes, il trouva que darrs cet intervalle tout avait été littéralement mis en pièces par quelque explosion inconcevable venue d’en bas! Au lieu du nuage tranquille qu’il avait laissé, l'air, si l’on peut se servir de cette expression, était rempli de débris flottants d’une masse de filaments verticaux, fusiformes et séparés, ayant chacun de 16 à 30 secondes de longueur sur 2 ou 3 secondes de largeur, plus brillants et plus rapprochés les uns des autres, là où se trouvaient d’abord les piliers, et s’élevant rapidement, néjâ quelques-uns avaient atteint une hauteur de près de 4 minutes (176000 kilom.) Puis, sous les yeux mêmes de
Fre. 2.
l’observateur , ils s’élevèrent avec un mouvement presque perceptible à l’œil, et, au bout de 10 minutes (à 1 heure 5 min.), la plupart étaient à plus de 300000 kilomètres au-dessus de la surface solaire. Cette effroyable érupÆion
a été constatée par une mesure faite avec soin ; la moyenne de trois déterminations trés^concordantes a donné ’î'49" pour l’altitude extrême à laquelle les jets sont arrivés; ce qui est d’autant plus curieux que la matière de la chromosphère (hydrogène rouge dans ce cas) n’avait jamais été observée à une altitude supérieure à 5 minutes. La vitesse de l’ascension (267 kilom. par seconde 1) est considérablement, plus grande qu’aucune autre qui ait été observée.
La figure 2 peut donner une idée générale du phénomène au moment où les filaments étaient à leur plus grande hauteur. A mesure que les filaments s’élevèrent, ils s’affaiblirent graduellement, comme un nuage qui se dissout, et à 1 heure 15 minutes il ne restait, pour marquer la place, qu’un petit nombre de légers flocons nuageux, avec quelques flammes basses plus brillantes près de la chromosphère.
Mais en même temps, la petite masse semblable à un nuage orageux avait grandi et s’était développée d’une manière étonnante en une masse de flammes qui se roulaient et changeaient sans cesse, pour parler suivant les apparences. D’abord ces flammes se pressaient en foule, comme si elles se fussent allongées le long de la surfacesolaire ; ensuite elles s’élevaient en pyramide à une hauteur de 80000 kilomètres; alors leur sommet s’allongea en bas, comme des volutes de chapiteaux ioniques; enfin elles s’affaiblirent, et, à 2 heures 30 minutes, elles s’étaient évanouies comme le reste. La figure 3 les représente dans
Fig. 3.
leur développement complet ; elle a été dessinée à 1 heure 40 minutes.
L’ensemble du phénomène suggère forcément l’idée d’une explosion sous la grande protubérance, agissant principalement de bas en haut, mais aussi dans toutes les directions au dehors, et ensuite, après un certain intervalje, suivie d’un affaissement correspondant ; il ne paraît pas impossible que les flammes mystérieuses de la couronne ne puissent trouver pour origine une explication dans des événements semblables.
Dans la même après-midi, une partie de la chromosphère du bord opposé (à l’ouest) du Soleil fut pendant plusieurs heures dans un état d’excitation et d’éclat inaccoutumés, et fît voir dans le spectre plus de cent vingt raies brillantes, dont la position a été déterminée et cataloguée.
Le soir même de ce jour, il y eut en Amérique une belle aurore boréale. Était-ce une réponse à cette magnifique explosion solaire?
Dans ses persévérantes études sur la surface solaire, le P. Secchi a observé et dessiné, à Rome, un certain nombre de phénomènes extrêmement remarquables au point de vue de la constitution de l’astre qui nous éclaire et des forces en action à sa surface. Parmi les plus importantes et les plus curieuses protubérances observées, signalons celle que reproduit notre figure 4; incendie solaire dans lequel un jet vertical s’élance à une grande hauteur, tandis que de chaque côté la flamme s’aplatit comme repoussée. Les
flammes s étendaient sur prés de cent mille lieues de longimur. Ensuite on en remarqua une qui offrait une gerbe
hydiogéne à éventail, ressemblant à une fleur de giroflée détachée de son calice, figure que l’on remarque aussi dans nos cirrus atmosphériques. Cette masse était suspendue dans 1 espace, isolée ; elle persista jusqu’au lendemain en diminuant de grandeur.
Le 3 avril 1873, une autre magnifique éruption fut observee a Rome. Elle atteignit 7 minutes 29 secondes.
c’est-à-dire 330000 kilomètres de hauteur, tout en étant
filets de feu dans 1 atmosphère solaire.
Nos figures 5, 6, 7 et 8, donnent une idée des métamoiphoses que subissent ces jets de gaz hydroeéne émanes du corps solaire. Tantôt ce sont des flaS enche-
arrSef?^ ^''^inent en masses nuageuses
““«’e des gerbes de feux aitifice, et tantôt ils retombent à la surface du So-
Fig. i.
Fig. 8.
Fig. 5.
Fig. 6.
leil comme des flammes fatiguées de leurs mouvements.
Lepms 1875, ces éruptions se ralentissent, et on n’a revu ni en 1875, ni en 1876, ces splendides explosions qui avaient leur contre-coup jusque sur la terre. L’astre du jour est en ce moment dans une période de repos. Ses taches comme ses protubérances sont rares. Mais bientôt il reprendra son activité; caries manifestations extérieures de sa puissance sont périodiques, et les maxima comme les se succèdent à des intervalles de onze années.
L une des dernières grandes protubérances observées à Rome s est produite à 20 degrés du nord , vers l’ouest et ce quelle présente de plus curieux, c’est que ses ammes semblent repoussées de la droite vers la gauche par un vent impétueux, vainqueur des forces solaires elles-mêmes (fig. 9).
Ces éruptions donnent une idée de l’intensité des torces en action dans la masse incandescente de l’astre « jour. L’immense foyer est constamment le siège de
violentes tempêtes dont nos ouragans les sont qu'une image affaiblie. (')
plus terribles
Paris. Ty|iOs:rai.liie rte J. Best, me rtes Mi.ssinns, 13.
Fig. 9.
(') Les ligures précédentes sont extraites et la description est rés inée du tonie V (récemment publié) des Etudes et lectures sur Va tronomie, de M. Camille Flammarion.
Le Gék*nt, J. BEST.