UNE ENQUÊTE SOUS LOUIS XIV
Louis XIV avait eu, en i 682, un petit-fils auquel il avait donné le nom de duc de Bourgogne. Cet enfant swait été entouré des soins les plus touchants , et le roi lui avait cherché des précepteurs capables d’en faire l’homme le plus vertueux, le prince le plus dévoué à son peuple. C’est pour lui que Fénelon écrivit son Télémaque, rêve d’un homme de bien. Les précepteurs du jeune duc de Bourgogne demandèrent que l’on fît une enquête sur la situation du pays, afin que leur élève, bien renseigné, pût porter un remède aux abus qu’on savait être considérables.
Le roi (qui s’offensait cependant des conseils de réforme de Ç'énelon, comme plus tard de ceux de Vauban) consentit aux désirs des précepteurs du duc de Bourgogne , et chargea les intendants des provinces du royaume, maîtres des requêtes du conseil, de vérifier ce qui se faisait. 11 leur remit un travail intitulé ; Mémoire que Sa Majesté a ordonné être envoyé à messieurs les maîtres des requêtes, départis dans les provinces.
La première partie concerne les gouverneurs des provinces et les lieutenants généraux du roi.
« Quoyqué Sa Majesté commisse tous les talents des ! gouverneurs et lieutenants généraux des provinces. Elle I veut néanmoins , pour rendre les mémoires parfaits , que ’ les dits commissaires commencent par les noms des gouverneurs généraux, leurs maisons et alliances dans ces ' provinces, s’ils y font résidence actuelle ;
! » Leur bonne ou mauvaise conduite ;
• » S’ils sont accusés de prendre de l’argent , ou de vexer
I les peuples par quelque autre voye ;
» Si les accusations sont véritables; quel crédit ils ont parmy la noblesse et les peuples;
>> Et comme la principale et la plus importante application que Sa Majesté veut que les gouverneurs de province ayent, est d’appuyer fortement la justice et d’empêcher Oppression des faibles par la violence des puissants, Sa Majesté veut être particulièrement informée de la conduite passée de ces gouverneurs, pour juger ce qu’Elle en doit ou peut attendre à l’avenir;
quelques actions violentes a éclat, dans chacune province. Sa Majesté sera bien aise dêtre informée du détail, ensemble de quelle sorte les gouverneurs se seront conduits. »
Le mémoire traite ensuite des nobles :
« S ils commettent des violences sur les habitants de leurs terres-, et au cas qu’il y en ait été commis quelquesunes de considérables qui n’aient point été punies. Sa Majesté sera bien aise d’en savoir le détail; s’ils favorisent ou empêchent les procédures de sa justice royale; des bailliages ou présidiaux. »
Le mémoire passe des nobles aux gens de justice et demande pour ces derniers :
« S’il y a de la corruption ou non, les causes et les personnes qui en sont le plus soupçonnées;
«S’il s'est rendu quelque injustice manifeste, qui ait
pab es, et en cas qu’ils estiment que les seules forces qui sont dans les provinces ne soient pas suffisantes pour cela sur 1 avis qu’ils en donneront à Sa Majesté, il y sera pourvu promptement. » (*) ^ ^