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LE NOUVEL ÉTALON DU MÈTRE

Les besoins d’une précision de plus en plus grande dans les instruments que nous employons pour mesurer, ont déterminé les différents gouvernements de l’Europe à examiner si les prototypes d’après lesquels ont été confectionnées les mesures d’un usage courant peuvent être une base exacte encore aujourd’hui pour l’établissement des étalons métriques, dont tout État doit posséder au moins un exemplaire.

Une commission internationale, composée d’hommes éminents de tous les pays, MM. Struve, directeur de l’Observatoire de Pulkowa, Stas, Govi, Bosseba, le docteur Hirsch, le général Ibanez, le général Morin, Broch, Wild, Dumas, Péligot, Chisholm, s’est réunie, en 1870, en conférences officielles, à Paris, au Conservatoire des arts et ( métiers. Ces conférences sont la preuve évidente de l'extension considérable de l’usage du système métrique à la surface du globe : résultat auquel ont beaucoup contribué les expositions universelles qui, en multipliant chaque jour davantage les points de contact entre les peuples, les obligent à suivre une règle uniforme. Aujourd’hui, l’usage du système métrique est obligatoire dans un certain nombre

(') Voy. la Table de quarante années.

(*) Jules Arène.

d’États européens; chez quelques autres, en Angleterre, par exemple, il est facultatif.

Lorsque la Convention décréta l'adoption du mètre comme mesure linéaire, elle avait fait établir un métré en platine par une grande commission scientifique, dont les membres s'étalent partagé la besogne. On avait décidé qu’on prendrait pour base la dix- millionième partie du quart du méridien. Il fallait donc mesurer ce méridien, ce qui est à peu prés impossible, ou au moins en mesurer un arc. ce qui ne pouvait encore donner qu’une approximation. Berthollet, Haûy, Lavoisier, etc., furent chargés de fondre la règle de platine ; Méchain et Delambre eurent la mission d'exécuter les travaux géodésiques.

Le métré ne représente pas exactement la dix-millionnième partie du quart du méridien, et, à ce propos, on a émis le vœu, au sein de la commission internationale réunie en 1870, que le gouvernement français lit recommencer les opérations géodésiques de la Convention. 0n a été,

toutefois, unanimement d'accord pour reconnaître qu’il n’y avait pas à cette opération une utilité immédiate, attendu que, dans l’usage, on a peu à se préoccuper de ce que représente le métré en réalité. L’essentiel est d’avoir un étalon fabriqué avec assez de soin pour assurer son invariabilité, et d’après lequel on puisse en établir un nombre indéfini d’autres dans les mêmes conditions, de manière que, dans tous les pays faisant usage du mètre, il n’y ait qu’un type uniforme de mesures.

L’étalon de la Convention, déposé aux archives et connu sous le nom d’étalon des archives ou de mètre à bouts, est une règle de platine ayant la longueur d’un métré théorique diminué de huit cent-millièmes, et ayant par conséquent des extrémités, des bouts. On en a fait une copie, déposée au Conservatoire des arts et métiers ; celle-ci consiste dans une règle également en platine, mais d’une longueur indéterminée, sur laquelle on a tracé deux traits pour marquer la longueur exacte du mètre ; les traits ayant

Revers de la médaille de la commission du mètre.

Traduction littérate de l'inscription. — Aux hommes savants choisis pour établir le modèle du mètre; à tous, à cl»cun, la France reconnaissante offrit' publiquement le souvenir de l’œuvre l’ésolCiment et heureusement accomplie. — 1874.

Traduction de T exergue. — Nouvel étalon des poids et mesures adopté en France, au mois de germinal de l’an 3 de la fondation de la République.

une certaine épaisseur, ce métré, dit mètre à traits, n’offre point au savant le même degré de rigoureuse précision que le mètre à bouts.

La commission internationale a décidé que l'on s’assurerait de l’invariabilité de ce dernier depuis quatre-vingts ans. L’action de la chaleur et du froid, des variations atmosphériques, et raille autres influences, auraient pu déterminer des mouvements moléculaires dont la résultante eût altéré la longueur de cet étalon. Mais le respect est si grand pour ce prototype et le danger d’une altération si redoutable, qu’on ne devait pas le toucher ni le découvrir pour effectuer ces constatations. On dut recourir à des appareils d’optique qui, du reste, permirent

d’atteindre à un degré de précision bien supérieur et bien plus rigoureux.

Le kilogramme étalon des archives ne représente peutêtre pas non plus un kilogramme exact; il s’en faut, croyons-nous, de douze millièmes de milligramme; or, le progrès réalisé dans la construction des balances et dans leur sensibilité permet aujourd’hui de constater des variations d’un quarantième de milligramme. Il faut que les étalons actuels rcipondent aux besoins de précision qui se font sentir, même en dehors des travaux scientifiques. M. le docteur Hirsch, dans le cours de la discussion, a mentionné ce qui s’est passé en Russie à propos de la construction d’un grand pont. On n’a pu y utiliser des

câbles en fil de fer, parce que les piles sur lesquelles ils devaient reposer avaient été construites à une très-légère distance du point où elles l’eussent été si les calculs relatifs à la construction de ces piles et la fabrication des câbles avaient été faits avec la même règle.

La commission internationale s’est réunie pour la première fois en 1870 pendant la guerre, et la seconde fois en 1872 ; elle avait pour mission spéciale de choisir et de faire confectionner le prototype qui servirait à l’établissement des étalons destinés aux divers gouvernements. A cet effet, M. Tresca, du Conservatoire des arts et métiers, fabriqua une règle en platine iridié. Ce fut la commission de 1872 qui adopta définitivement les deux étalons du mètre et du kilogramme. Mais là ne se bornèrent point ses décisions. Elle fut amenée par la force des choses à demander et à décider la création d’un bureau international des poids et mesures à Paris, bureau qui relèverait du comité international permanent, dont les réunions doivent se tenir éga-

teraent à Paris, sous la présidence du président de l’Académie des sciences.

Chacun des membres dé ce comité doit appartenir à une nationalité différente, et ce sont eux qui nomment le directeur du bureau, qui lui-même ne doit pas être de la même nationalité que le président et le secrétaire du comité. Les frais de ce bureau sont supportés en commun par les États contractants, et la convention est conclue pour douze ans, délai à l’expiration duquel chaque État redeviendra libre de se retirer du contrat, s’il lejuge à propos.

Dix -sept États ont pris part à cette convention : la France, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Brésil, la Confédération argentine, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis d’Amérique , l’Italie, le Pérou, le Portugal , la Russie, la Suède et la Norvège, la Suisse, la Turquie et le Venezuela. Le pavillon de Breteuil , dans le parc de Saint-Cloud, a été affecté par le gouvernement français à l’établissement de ce bureau international, et

c’est M. Govi, professeur de physique à Turin, qui doit en prendre la direction. Le budget annuel de ce bureau a été fixé à 75000 francs pour la période antérieure à la confection des prototypes destinés aux divers États contractants, et 50000 francs pour les années ultérieures, à supporter par chaque État proportionnellement à sa population, selon un coefficient déterminé par la convention du 20 mai 1875.

En mémoire de cette réunion scientifique et diplomatique, le ministre de l’agriculture et du commerce a fait frapper une médaille commémorative en bronze, véritable œuvre d’art, dont la composition fut confiée au graveur Chaplain. Les allégories que porte la face de cette médaille comprennent une figure principale, qui représente la Science montrant le nouvel étalon du mètre. Elle est entourée de l’Europe, de l’Amérique et de l’Asie. En haut de la médaille est figurée l’Europe assise, tenant une corne

Paris, — Typographie de J.

d’abondance et une épée, et appuyée sur un globe étoilé ; à droite se trouve l’Asie, et à gauche l’Amérique. A droite de la figure qui personnifie la Science , on aperçoit le fourneau avec lequel on fond le platine ; de l’autre côté , on voit une balance, un litre, un kilogramme et un cube.

En haut, dans l’exergue, on lit : populorum concor- DiÆ SACRUM : « Témoignage de la concorde des peuples » , et dans le bas : paris, 1872 , date de l’adoption de l’étalon. Enfin, dans le fond à droite : j. c. chaplain fecit,

MDCCCLXXIV.

L’inscription de la médaille a été rédigée par M. Egger, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Cette médaille n’a été distribuée qu’aux personnes ayant pris une part quelconque aux travaux administratifs, scientifiques ou diplomatiques, qui ont eu pour résultat l’adoption du nouveau prototvpe-.

Best, rue des Missions, 16.

Le Gérant, J. HKET.

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