‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 648 sur 712 · LE CARABE DORÉ · texte numérisé non relu

LE CARABE DORÉ

Tout le monde connaît cet insecte de forme élancée, aux élytres d’un vert métallique, aux pattes et aux antennes jaunâtres, que, par les beaux jours d’été, on voit courir sur les chemins et dans les allées des jardins, et que Ton désigne communément sous les noms de jardinière, de couturière, de sergent, de vinaigrier, de cheval d'or. Les naturalistes 1 appellent carabe doré et le rangent à côté d’autres espèces, au nombre d’une centaine environ, qui manifestent des intincts carnassiers, et qui se distinguent par leur corps oblong, leur tête dégagée, leurs pattes longues, leurs élytres 'soudées sous la ligne médiane et emboîtant étroitement l’abdomen. Ces carabes, dont les ! téguments, de consistance cornée, brillent souvent d’un vif éclat et sont ornés parfois de couleurs brillantes, sont particulièrement répandus dans l’Europe orientale et dans la Sibérie ; mais dans notre pays même on en compte bien une quarantaine d’espèces, dont quelques-unes sont fort remarquables par l’élégance de leurs formes et la richesse de leur livrée. Le plus commun de tous, le carabe doré, a la tête pourvue de deux longues antennes, qu’il agite incessamment, de deux yeux ronds et saillants, au moyen desquels il distingue facilement les insectes dont il fait sa proie, et de mandibules fortes comme des tenailles, qui lui servent à mettre en pièces le corps de ses victimes. Son corselet, arrondi aux angles antérieurs, rétréci en arrière et légèrement excavé sur les côtés, est marqué d’un sillon médian, de petites fossettes latérales et de stries extrêmement fines qui, lorsqu’on y regarde de prés, donnent à sa surface un aspect chagriné ; comme la tête et en général toute la face supérieure du corps, il est d’un vert à reflets dorés. Les élytres, intimement unies sur la ligne médiane, sont de forme ovalaire, garnies extérieurement d’une sorte de rebord, d'une teinte cuivrée, et ornées chacune de trois côtes arrondies; elles brillent du même éclat que le corselet et sont comme lui marquées de stries transversales d’une délicatesse extrême. Ces étuis

(') Extrait d’iine conférence sur la Bienfaisance, faite à des dames par une dame. Cannes, 1875.

cornés, qui ne peuvent ni s’écarter l’un de l’autre, ni même se soulever, ne recouvrent pas, comme chez la plupart des coléoptères, des ailes membraneuses et transparentes, de sorte que ce carabe, si bien organisé pour la course, est, de même que ses congénères, absolument privé d’organes de vol. Toutes les parties inférieures du corps sont d’une teinte beaucoup plus sombre que le dos, mais offrent néanmoins, lorsqu’on les considère sous un certain jour, des reflets métalliques, verdâtres ou cuivrés; les cuisses, d’un ton rougeâtre, sont ovalaires; les jambes, grêles, sont pouvues à l’extrémité de deux épines, et les tarses, de cinq articles, longs et déliés, terminent ces organes admirablement conformés pour une locomotion rapide.

Depuis le printemps jusqu’à la fin de l’automne, on peut observer des carabes dorés courant isolément dans les sentiers, ou sur les talus exposés au soleil, et poursuivant sans relâche les chenilles et les larves nuisibles à nos récoltes. Un de ces terribles chasseurs rencontre-t-il sur sa route quelque hanneton qui vient d’éclore ou que le vent a fait tomber d’un arbre du voisinage, il ne cràint pas de s’attaquer à cette proie d’une taille égale à la sienne ; il la perce de ses mandibules puissantes, lui ouvre le ventre et lui arrache sans pitié les entrailles. En vain la malheureuse victime, surmontant son horrible souffrance, essaye d’échapper à son agresseur, le carabe ne lâche jamais prise, et force bientôt le pauvre insecte à tomber épuisé sur le sol. L’attaque est si brusque, si impétueuse, que le hanneton n’a presque jamais le temps de prendre son vol ; sur le terrain, avec son corps pesant, sa démarche embarrassée, il est bientôt rejoint par le carabe taillé comme un cheval de course ; quant à soutenir la bataille, il n’y peut songer, ses mandibules, conformées pour couper des substances végétales, n’étant pas de force à lutter contre les lames acérées qui arment la bouche de son ennemi.

Carabe doré dévorant un hanneton. — Dessin de Mesnel.

La larve du carabe doré, qui vit dans l’herbe, sous la mousse ou sous les feuilles sèches, est longue, aplatie, d’un brun foncé, luisant en dessus, avec le corps terminé par deux petites épines. Elle est munie de pattes bien développées, et se montre aussi carnassière que l’insecte parfait. Pour se transformer en nymphe, elle se cache sous une pierre, et, au bout de peu temps, la -peau de la pupe se fendant le long du dos, il en sort un carabe dont les téguments, d’abord mous et d’un jaune terne, acquièrent peu à peu une consistance cornée et un éclat métallique.

Comme on le voit, le carabe doré, sous toutes les formes.

saul sous celle de nymphe, est un coléoptère carnassier, grand destructeur d’animaux malfaisants ; il rend donc à l’agriculture des services signalés, et cependant non-seulement les promeneurs oisifs ou ignorants, mais les jardiniers eux-mêmes le détruisent avec un acharnement insensé. Ces derniers prétendent qu’il coupe les plantes avec ses mandibules, accusation que rien ne justifie, le régime du carabe ne consistant jamais en substances végétales; tandis que les autres donnent pour prétexte à leur aversion 1 odeur répugnante que répand cet insecte lorsqu’il est inquiété. Le carabe, en effet, comme la plupart des insectes carnassiers, laisse suinter par la bouche une salive âcre et brûlante, et peut lancer, par la région postérieure, un liquide rappelant par son odeur le fromage gâté et renfermant, comme l’a reconnu le chimiste Pelouze, une forte proportion d’acide butyrique. Mais on conviendra que ces légers inconvénients pourraient être tolérés en considération de 1 utilité manifeste des carabes, et que ces insectes si élégants de forme, si brillants de couleurs, devraient, à plus de titres encore que le crapaud, être placés sous la protection immédiate des amateurs de jardins.

Chaque région de l’Europe et de l’Àsie tempérée possède des carabes qui pourraient être pour les agriculteurs de précieux auxiliaires. On trouve, par exemple, aux environs de Paris, outre le carabe doré, le carabe purpurin, aux formes élancées, aux élytres bordées de violet; le carabe à chapelet, d’un vert cuivreux et violacé, avec des lignes saillantes sur les ailes et trois séries de perles entre les sillons ; le carabe enchaîné , d’un noir bleuâtre, aux élytres ovales, ornées d’une bordure pourprée et de points en relief dont l’assemblage dessine des chaînons; le carabe grillagé, le carabe des bois et le carabe des jardins, un peu moins communs que les précédents. Dans les Pyrénées, on rencontre le carabe splendide, dont les élytres polies ont des reflets bronzés fort agréables à l’œil; le carabe pyrénéen, décoré de ponctuations et de réticulations peu visibles, et le carabe rutilant, espèce de grande taille, méritant bien son nom par les teintes de cuivre rouge de sa tête, de son corselet et de ses ailes. En Allemagne vivent le carabe noduleux, aux couleurs sombres, aux élytres rugueuses, et le carabe perlé, d’un noir bronzé en dessus, avec des stries très-serrées et des points enfoncés et cordiformes; en Russie, le carabe aplati, au corps allongé, déprimé, d’un noir foncé; le carabe de Bœber, le carabe de Besser, le carabe marginal et le carabe perforé, couvert de ponctuations très-apparentes ; en Sibérie, le carabe de Kruber, celui de Burnaschève et celui de Yietinghove, etc. Dans cette énumération , nous n’avons mentionné que des coléoptères appartenant au genre carabe proprement dit, mais nous aurions pu allonger beaucoup la liste en y comprenant des insectes placés par les entomologistes dans des genres voisins, tels que lesprocrustes et les calosomes, qui ont des mœurs presque identiques et qui, comme le carabe doré et ses congénères, pourraient, s’ils étaient suffisamment protégés, purger en peu de temps nos arbres fruitiers des chenilles et des hannetons qui les dévorent. La plupart de ces insectes, et entre autres le procruste chagriné, que l’on prend en automne sous les amas de sarments, et qui s’attaque nonseulement aux insectes nuisibles et à leurs larves, mais encore aux limaces ét aux escargots, pourraient même, comme l’ont proposé quelques entomologistes, être introduits et conservés avec avantage dans les petits jardins clos de murs, où ils rendraient des services aussi certains que les hérissons et les crapauds ; ils n’aurajent d’ailleurs pas, comme ces animaux, l’inconvénient de bouleverser les plantations ou de choquer la vue par leur aspect repoussant.

Parie. — Typofçraphie de J, Best, me des Missions, 16.

Lb Gûaàmt, BEST*

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