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PÊCHES PAR LE PÉCHEUR

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Nous avons dit que les poissons de mer mordent avec une grande âpreté, mais quelques-uns d’entre eux cependant font exception ; et, au premier rang, il faut citer le mulet, dont le toucher est aussi délicat que celui des bars les plus rusés. Si l’on possède un bateau, on peut pêcher le merlu et le lieti, sortes de gades, comme on le fait en Bretagne toute, l’année, et surtout aux mois d’octobre et de novembre. Le bateau rame lentement près des côtes : les lieus rôdent alors en belles troupes, cherchant après leur proie, souvent seuls, mais souvent aussi mêlés avec d'autres poissons, qui se font prendre en même temps qu’eux. Chaque pêcheur tient une canne courte dans chaque main, et traîne ainsi une seule amorce à chaque ligne. Ces beaux poissons nagent à peu de profondeur, mais avec une grande rapidité, et suivent le bateau jusqu’à ce qu’ils en soient tout prés. La meilleure méthode est d’employer, dans les forts courants, à la traîne, sous petit vent ou sous aviron, la balance que montre la figure 32 (voy. Pêche sans le pêcheur).

En Angleterre, dans les ports, les lignes pour mulets sont montées d<e trois ou quatre hameçons (numéro 5). Les mulets mordent avidement à tout ce qui a la form.e d’une esche : aussi en prend-on souvent trois ou quatre à la fois. La pêche de fond, qui n’est pas la moins bonne pour ce poisson, se fait en bateau. Si l’on emploie une flotte, il faut au moins deux hameçons, le premier à 15 centimètres du fond , le deuxième à 20 centimètres au-dessus du premier. On prend aussi le mulet à la marée montante avec des mouches artificielles moyennes, il y mord avec avidité.

Pêche à la ligne de fond. — Ce que nous avons dit à propos de la ligne de fond en eau douce s’applique parfaitement à la même pêche en mer. La pesanteur des plombs et l’espèce des appâts changent, voilà tout. On ne pêche généralement pas dans les pelotes avec l’eau salée, sans doute parce que les poissons attaquent beaucoup plus franchement; l’on a tort, selon nous; dans les endroits fermés, ports, havres, chenals, etc., et en se plaçant en bateau au-dessus des endroits profonds, on serait presque assuré de rapporter de beaux poissons.

La pêche de fond à soutenir à la main est la pêche la ' plus usitée dans l’eau salée : aussi l’a-t-on modifiée de plusieurs manières. Ce n’est pas ordinairement sur des fonds absolument nus que l’on a chance de rencontrer la I plupart des poissons, mais au milieu des zostères et des ‘ algues qui forment de véritables prairies au fond des eaux.

Il a donc fallu placer l’esche de manière qu’elle pût être vue de la plupart des poissons qui passent entre les herbes, surtout à leurs parties supérieures. Que l’on pêche prés ou loin, à pic ou la ligne couchée, le même système réussit : il consiste à établir un ou deux qiiipots le long de la corde.

A l’extrémité d’une solide cordelette de lin, de la grosseur d’une bonne paille de blé, on attache, en forme de 8, soit une pierre grosse comme le poing, soit un plomb de la taille d’une noix verte. Puis on fabrique deux quipots; chacun se compose d’une petite baleine de parapluie de '15 centimètres de longueur attachée à angle droit sur la ligne, au moyen d’un fil ciré ou de soie poissée, de manière quelle ne se déplace pas. On pose le premier à 30 centimètres au-dessus du plomb et le second à 30 centimètres plus haut. A l’extrémité de chaque quipot, on fixe, au moyen d’une ligature d’empilage, une petite boucle en fil de fouet de 2 centimètres, dans laquelle s’attacheront les empiles des hamerons. On passe la boucle de la baleine dans la boucle de l'empile, puis l’hameçon dans la boucle de la baleine, on tire sur l’hameçon, les deux boucles se croisent, et tout tient.

On amorce les hameçons soit avec des vers, soit avec des morceaux de chair de crabe , soit avec du poisson , et l’on attache l’autre extrémité de la ligne ou corde autour de son poignet gauche. Cela fait, on love à ses pieds la ligne à terre, en commençant, bien entendu, par la partie la plus rapprochée du poignet gauche; puis, arrivé à deux mètres environ du plomb, on saisit la ligne de la main droite et on lui imprime le mouvement d’une fronde, mais d’arrière en avant ; quand on a acquis une force d'impulsion suffisante, on lâche brusquement, au moment où le plomb remonte à côté du pêcheur; sa pesanteur emmène la ligne en la déroulant, et les hameçons vont tomber aussi loin que la corde le permet. Le pêcheur tourne alors la corde autour de son doigt et attend l’attaque toujours très-sensible du poisson. Comme les espèces marines sont âpres à la prise, on laisse bien mordre, puis on répond par une petite et courte saccade pour ferrer et pour que l’hameçon se fixe bien dans la chair. Le pêcheur attire alors à lui sa proie avec précaution et emploie l’épuisette, s’il est besoin.

Il est nécessaire que nous donnions aussi quelques détails sur l’agencement de la ligne pour la pêche des poissons munis de dents. Ceux-ci sont très-nombreux en mer : nous prendrons pour exemple le bar ou la perche de mer, l’un des plus beaux et des meilleurs poissons de nos côtes. Il est toujours important, à nos yeux, quë la ligne employée pour tous les poissons soit la moins grosse possible; il faudra donc se procurer un bon cordonnet de soie, enduit à plusieurs couches d’huile siccative, après l’avoir soigneusement dévrillé dans l’eau douce et laissé sécher. Cette ligne doit être terminée par une avancée spéciale, faite non en llorence ou racine, dont le luisant éloigne le poisson dans certains jours où même les espèces voraces sont défiantes, mais en crins blancs, tordus en douze ou seize brins en queue de rat. Cette avancée sera terminée soit par. une corde filée menu, que l’on trouve chez les marchands d’ustensiles de pêche, soit par un fil de laiton mince bien flexible et bien recuit, soit, encore mieux, par trois ou quatre aiguillées de soie d’Alger plate , telle que' les dames l’emploient pour la tapisserie. On la choisira blanche ou verte ; les fibres passent entre les dents des poissons et ils ne peuvent les couper.

Il faut placer sur l’avancée de crin, au-dessus de l’empile, un plomb suffisant pour retenir la ligne à fond et ne pas la laisser obéir au mouvement du flot qui tend à rouler tous les objets déposés sur le sol. Le bar marche souvent en troupe. Laissez mordre; au coup tirant, ferrez sec; ce poisson pèse beaucoup et se défend bien.

Toutes les fois que l’on pêche par les grands fonds, ou sous l’impulsion d’un vent assez fort, on doit avoir des quantités considérables de lignes à laisser filer. On pourvoit à cette opération au moyen de deux appareils fort simples, inventés par les Norvégiens, qui sont très-experts dans ce genre de pêche. Leurs lignes sont en crins tressés, et de préférence en crins noirsqui offrent plusde résistance. Cette ligne est roulée sur une sorte de dévidoir (fig. 23 et 24),

Fig. 23 ei 24. — Dévidoir à main vu de côté et en dessus.

que l’on tient à la main par son manche. Comme le bateau nuu’cbe avec rapidité, la ligne se dévide très-vite; il faut donc qu’elle n’éprouve aucun temps d’arrêt, sans quoi elle se briserait : aussi la fait-on passer sur un petit appareil représenté figure 25. C’est une corne polie montée sur un

pied de bois et fixée dans l’un des trous pratiqués sur le bord du bateau. Ce glissoir sert également pour retirer la ligne.

Pêche à la caille. — Le maquereau est un singulier poisson, qui, une fois sa promenade terminée, promenade dont la longueur varie chaque jour entre deux et six heures, se retire dans les grands fonds et disparaît.

Il n’est pas bien difficile de le faire lever de sa retraite ; quelquefois, lorsqu’il a faim et surtout lorsque le temps est âpre, la brise vive, il chasse, mord, et se laisse prendre assez facilement. Mais quand il fait beau temps, quand le soleil brille, il n’a pas faim ; alors il flâne, il ne faut pas songer à le prendre. Le mieux est donc de chasser le banc avant de pêcher le maquereau. Règle générale : il faut pêcher le maquereau avec la marée. Une bourriche ou panier conique en brins d’osier, dans lequel on empile toutes sortes de détritus de poisson , tel est l’instrument de la pêche à la caille. Une fois en bateau, on trempe de temps en temps son panier dans l’eau, quelques débris s’en détachent et les maqueraux attirés se lèvent. Alors commence une sorte de pêche à la ligne. Le maquereau mord âprementetà toutes esches qu’on lui présente : aussi en prendon un grand nombre, pourvu que l’on se hâte, car il est essentiellement capricieux et peut disparaître d’un moment à l’autre.

Pêche à la mouche. — Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit pour la pêche en eau douce.

Pêche à la fonane. — Il est évident que la pêche à la fouane ou foënne n’est point une pêche à la ligne ; mais, comme nous ne pouvons pas la faire entrer dans les pêches aux filets et aux engins dormants, nous la joignons ici. La foënne ou trident est un instrument d’une grande antiquité. Ce ne fut d’abord qu’une lance; de nos jours, les chances de réussite ont augmenté, et la foënne

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actuelle possède dix à quinze dents terminées en pointes aiguës, souvent barbelées et implantées sur une traverse de fer portant une douille dans laquelle s’emmanche une hampe de bois solide et léger; une corde est attachée au bout du manche et sert à ramener la foënne en main.

Pêche au feu, fastier, pharillo7i. — La lumière attire tous les animaux, et les poissons semblent avoir une prédilection particulière pour ce soleil factice. A peine les premières brindilles sont-elles allumées, que la mer semble s animer auprès du bateau : des milliers de petits poissons

fourmillent autour des pêcheurs, puis les grosses espèces sont elles-mêmes attirées; les mulets, les dorades, les officiers, se précipitent, et le pêcheur immobile, la foënne en arrêt, -commence sa chasse. Il n’est pas jusqu’au bar, à la loubine, au squale, etc., qui ne se laissent fasciner ; tous les poissons viennent au feu. La pêche à la foënne, trèsprofitable elle-même, devient toujours plus considérable lorsque le pêcheur prend le feu pour auxiliaire.

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