‹ Magasin théâtralChapitre 10 sur 1475 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

DUBOULOY, LOUISE.

LOUISE, prêtant l'oreille. A part. J'ai entendu. .. il doit être là. ( Haut. ) Monsieur?. .

DUBOULOY. Quoi?

LOUISE. Est-ce vous?

DUBOULOY, s' approchant. Oui.

LOUISE. Monsieur le vicomte, croyez que je suis désespérée... Quelques instances que j'aie pu faire pour déterminer Charlotte à venir ici...

DUBOULOY. Ah! mademoiselle!...

LOUISE, à part. Qu'entends-je ?

DUBOULOY. Ce n'est pas Charlotte que j'attendais ici.

LOUISE. Cette voix... ce n'est pas celle du vicomte !

DUBOULOY. Non, mademoiselle, mais c'est la mienne.

LOUiLE. Qui êtes -vous, monsieur ?

DUBOULOY. Un ami intime de Saint-Hérem, un autre lui-même... un homme à qui vous avez fait perdre la tête, qui ne sait plus ce qu'il fait, et à qui il faut pardonner s'il ne sait pas ce qu'il dit. {À part. ) C'est Jiorrible!... je ne sais pas si elle est jolie !

LOUISE. Mais enfin, monsieur, votre nom?

DUBOULOY. Hercule Dubouloy.

LOUISE. Hercule Dubouloy?.. je ne connais pas...

DUBOULOY. Fils unique d'un fermier général, cinquante mille livres de rentes pour le moment et de grandes espérances pour l'avenir! voilà ma position , mademoiselle , et je puis donc espérer que votre cœur...

LOUISE. Mais, monsieur, je ne vous ai jamais vu.

DUBOULOY. Un mot me fora connaître...

J'ai vingt-cinq ans, le caractère paisible, gentil cavalier , la conversation attachante, l'œil vif, les dents belles, et le cœur passionné !

LOUISE. Mais où m'avez-vous donc remarquée, monsieur?

DUBOULOY. Partout... à l'église,., aux représentations d'Esther !

LOUISE. Vous y veniez?

DUBOULOY. Je n'en ai pas manqué une.

alors, sachant que mon ami, le vicomte de Saint- Hérem, avait une clef de Saint-Cyr, je l'ai prié, supplié de me conduire ici.

LOUISE. Ici, à une pareille heure, monsieur!

DUBOULOY. L'heure n'y fait rien, mademoiselle. {A part. ) C'est-à dire... si, au fait, elle a raison... quelle heure?... (// essaye de voir l'heure à sa montre... À part.) Bon ! voilà qu'on n'y voit plus î {Haut et tombant aux genoux de Louise. ) Je l'ai supplié de me conduire ici pour que je puisse vous parler, pour que je puisse me jeter à vos pieds.

LOUISE. Monsieur... que faites-vous?..

DUBOULOY. Oui, me jeter à vos pieds et vous dire... [L'heure sonne. A part. ) Hein? l'horloge... huit heures... Bon, je n'ai plus que dix minutes... ( Haut. ) Et vous dire...

LOUISE. Quoi donc, monsieur?... parlez.

DUBOULOY. Queje vous aime, mademoiselle; oui, voilà ce que je voulais vous dire!

LOUISE. Monsieur, si je pouvais croire...

DUBOULOY. Vous douteriez de ma parole, mademoiselle, après la démarche queje fais, quand je m'expose au danger d'être surpris à Saint-Cyr!...

LOUISE. Non, vous avez raison; quel motif auriez-vous d'ailleurs pour me tromper?

DUBOULOY. Oui, quel motif aurais-je? Je vous le demande ?

LOUISE. Je vous crois donc, monsieur...

DUBOULOY, à part. La voilà convaincue.

Je ne me savais pas si éloquent.

LOUISE. Vous êtes prêt alors à faire pour moi ce que M. de Saint-Hérem fait pour Charlotte ?

DUBOULOY. Tout ce qu'il fera, je le ferai, je suivrai l'exemple de mon ami jusqu'au bout, charmante... {A part.) Je ne sais pas son nom de baptême. Charmante!...

LOUISE. Monsieur...

DUBOULOY. Oui , mademoiselle , charmante !

LOUISE. Monsieur, soyez certain que vous ne vous repentirez pas du sacrifice que vous faites pour moi, et que ma reconnaissance pour un homme qui a été distinguer au milieu de ses compagnes, nobles, riches ci belles, une pauvre fille comme moi, soyez certain, dis-je, que cette reconnaissance sera éternelle.

DUBOULOY. Eh bien, mademoiselle, maintenant que je suis sûr de mon bonheur, permettez que je me retire.

LOUISE, Comment, monsieur?...

LES DEMOISELLES DE SAIJST-CYR

DUBOULOY. Il faut que j'aille faire part à mon père de vos excellentes dispositions à mon égard...- (yi part.) Ça m'est égal, je n'ai pas la clef, mais je sauterai par dessus le mur.

On entend du bruit.

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