‹ Magasin théâtralChapitre 1000 sur 1475 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MASHAM, LA REINE, ABIGAIL.

(Masham s'avance lentement, salue respectueusement la reine , qui avec émotion et sans lui parler lui fait signe de la main d'avancer.)

LA REINE , bas à Abigaïl.

Ferme ces portes... et reviens !

(Abigaïl ferme la porte du cabinet à droite et celles du fond et revient vivementse placer près de la reine.)

Lord Bolingbroke m'envoie présenter à votre majesté ces papiers qu'il ne pouvait, dit-il, confier qu'a moi, et qui sont de la dernière importance !.. LA REINE , avec bonté et prenant les papiers.

C'est bien , je vous remercie !

MASHAM.

Je dois les lui reporter avec la signature de votre majcslé.

LA REINE

C'est vrai!... je l'oubliais !... (Elle passe prés de la table à gauche et s'assied. — Regardant les papiers.) Ah ! mon Dieu ! comme en voilà !...

(Elle Ole ses gants , prend une plume et signe vivement et sans les lire les diverses ordonnances. — Pendant ce temps, Masham s'est approché d'Abigaïl qui est de l'autre côté, à l'extrémité à droite.)

MASHAM.

Eh ! mon Dieu ! miss Abigaïl , comme vous voilà pâle î

ABIGAIL, à demi-voix, avec émotion.

Écoutez-moi, Arthur. ..j'ai le crédit.. .lepouvoir de ia (iu'j'ncssc !

MASHAM , avec joie.

Est-il possible?

ABIGAIL , de même.

La faveur de la reine! Et je suis décidée à repousser tous ces biens... à y renoncer... .MASHAM , étonné.

Eh ! pourquoi?...

ABIGAIL.

Pour vous :... Quelque fortune qui vous puisse arriver, en fericz-vous autant?

MASHAM, vivement.

Pouvcz-vous îe demander?

ABIGAIL, tremblante.

Eh bien! Arthur, vous êtes aimé d'une grande dame... la première de ce royaume...

MASHAM.

Que dites-vous?

ABIGAIL.

Silence!... (Lui montrant la reine qui a achevé de signer , et qui s'avance vers lai. ) La reine vous parle.

LA REINE

Voici les ordonnances que Bolingbroke vous avait chargé d'apporter à notre signature...

ÏO

LE YERUE DEAU.

MASIIAM.

.le remercie votre majesté, el vais annoncer à uiilord qu'il est minisire !

LA REINE

C'est généreux à vous , car le premier usa^e qi'il fera du pouvoir sera sans doute île poursuivre l'adversaire de Kichard Bolingbrcke , son cousin.

MASIIAM.

Je ne crains rii>nl... il sait comment ce duel s'est passé !

i.A iii-im;.

Et puis, vous avez pour vous de hautes protections... la nôtre d'nbord , et , bien mieux , encore celle de lu duchesse 1 (Elle va s'asseoir sur le canapé à gauche du spccialeur. — Masham est deboui devant elle, el Abigaïl debout derrière le canapé sur lequel elle s'appuie en regardant Masham.) On m'a assuré, Masham, mais vous n'en conviendrez pas, car vous êtes discret, on m'a assuré que vous l'aimiez...

MASHAM.

Moi, Madame... Jamais!

LA ItEI>'E.

Et pourquoi donc vous en défendre ? la duchesse est fort belle, fort aimable , el le rang qu'elle occupe...

MASHAM.

Ah! qu'importe le rang et la puissance... on y songe peu quand on aime. (Regardant Abigaïl qui est debout dercière la reine.) Et j'aime ailleurs!... (Abigaïl fait un geste d'effroi.) LA REINE , baissant les yeux.

Ah! c'est dilTérent... El celle que vous aimez est donc bien belle!

MASHAM, avec amour et regardant Abigaïl. Plus que je ne peux vous dire... (Se reprenant.) Je veux dire que je l'aime... que je suis heureux el fier de cet amour; et punissez-moi, madame , si même ici, devant vous et à vos pieds, j'ose l'avouer ..

LA itciNC , se levant brusquement.

Taisez-vous!... N'enlendez-vous pas?...

abigaïl , montrant la porte du cabinet à droite. On frappe à cette porte !

MASHAM, montrant les portes du fond.

Ainsi qu'à celle-ci !

abigaïl.

Elce bruit au dehors!... les apparlemens se remplissent de monde.

LA UEINE.

Comment fuir maintenant?... (A part avec effroi.) Et cette phrase de la duchesse ! (Haut.) Et si on le voit ici...

abigaïl.

Là, sur ce balcon...

(Masham s'élance sur le balcon à gauche; Abigaïl referme la fenêtre.)

LA REINE

(l'est bien... va leur ouvrir.

AlilGAII..

Oui, madiiiiie... mais <iu calme., du sangfroid.

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