GEORGE II, CÉCILE
CÉCILE , entrant, suivie par le roi. Mon, sire , laissez-moi 1
GEORGE, Eh quoi! lady Cécile , je ne puis obtenir daudirince?
CECILE. Je ne le veux pas! le comte de Sunderland , mon père, m'attend chez la reine.
GEORGE. Mais SI je vous ordonne de rester... moi , ie roi?
CÉCILE. Votre majesté sait ce qui arrivera.
GLORGE. Vous me quitterez?
CÉCILE. A l'instant ! C'tst ainsi que mon illustre aïeul , le duc de Marlbu-
rough , avait coutume de répondre à la menace...
Elle fait la rcve'rence et va pour sortir.
GEORGE. Cécile!... Cécile!... je vous en supplie, ne me réduisez pas au désespoir et daignez m'entendre...
ctciLV. , avec liunieur. Eh bien donc... que voulez- vous?
GEORGE. Ah I que vous connaissez bien votre pouvoir sur moi !... et que vous abusez étrangement de cet amour que rien ne peut vaincre et que vos caprices , vos rigueurs ne fout que redoubler encore ! Un mstant seulement, oubliant votre fierté, vous avez laissé tomber sur moi un regard de pitié !
CÉCILE, Ui^ec rffioi. Ah! taisez-vous...
GEORGE. Et depuis ce mon;ent où je (rov.ii.s avoir dejaruié votre cœur, il me
L AMBITIEUX
«einble, au contraire, que vous avez redoublé pour moi de hauteur et de mépris... Il y a en vous je ne sais quel sentiment de dépit, de crainte, de colère... quelquefois même on dirait de la liaine?...
CÉCILE. C'est vrail
GEORGE. Est-ce vous que j'entends ?...
Grand Dieu! et que n'ai-je pas fait pour vous fléchir ou vous rassurer I Faut-il vous rappeler ici cette soumission, cette crainte de vous compromettre, ce respect que n'a jamais trahi le moindre mot ou le moindre regard j enfin ce mysière impénétrable qui cache à tous les yeux un amour que vous seule connaissez et que vous dédaignez... «n amour qui vous soumet ma volonté , niou pouvoir , mon existence tout entière... Que voulez-vous dephis?
CÉCILE. Je veux. . . je veux savoir pourquoi je suis si malheureuse !
GEORGE. Que dites-vous?
CÉCILE. Je me faisais de la cour et de s;s splendeurs une image enclianteresse... Elevée duis des souvenirs de gloire, des regrets dambition , près de la duchesse de Marlborough , uion aïeule, lui entendant parler sans cesse de ces temps brillans où, favorite à<i la reip.e Anne, e:le disposait à son gré des destins de l'Angleterre et de ceux de l'Europe... ces idées de faveur et de puissance sofïraient sans cesse à mon esprit, c'étaieiit là les seules iiiusions dont se berça'rt ma jeunesse; et quand je fus présentée à la cour, lorsque Caroline d'Anspach voulut m'atiacher à sa personne, je crus voir tous mes rêves se réaliser ; il me semblait que moi aussi j'allais régner à mon tour... que j'allais devenir...
GEORGE. Favorite?
CÉCILE. Oui, de la reine ! mais non pas du roi... et maintenant ce séjour si brillant, me déplaît, m'est insupportable, tout y fait mon malheur!... tout, jusqu'aux bontés dont m'accable la reine...
et je veux la quitter, je veux fuir la cour.
GEORGEl Ah I c'est que votre ame froide et indifférente ne peut comprendi'e la mienne !... c'est que votre cœur insensible est incapable de rien aimer I
CÉCILE. Moi ne rien aimer!
GEORGE. O ciel! me serais-je abusé?
s'il était vrai... si quelque autre affection... i
CÉCILE. Aucune... Mais ne suis-je pas maîtresse de réclamer ma liberté , mon repos, mon bonheur ?.. . quels droits aviezvous sur moi , sire , si ce n'est ceux que vous teniez de moi-même... et que j'ai repris ?
GEORGE. Ah ! ne parlez pas ainsi , ne parlez pas de vous oublier. Plutôt que de renoncer à vous... il n'est rien dont je ne sois capable... il n'est pas de sacrifice que vous ne puissiez exiger.
CÉCILE. Je n'ai jusqu'à présent demandé qu'une chose à votre majesté, et l'événement m'a donné peu de confiance en mon crédit.
GEORGE. Une telle idée ne vient pas de vous , mais de ceux qui vous entourent... c'est votre père, c'est lord Garteret, c'est ce vieux lord Bolingbroke, ennemis irréconciliables de Walpole, qui tous le détestent et veulent le renverser ; mais à vous, Cécile, qu'est-ce que cela peut vous faire?
CÉCILE. Cela fait... cela fait... que je le veux.
GEORGE. Vous ne pouvez vouloir me priver d'un ministre dont les talens me sont utiles, indispensables; et quand même je serais assez ingrat pour méconnaître son zèle et son dévouement; quand même je voudrais renoncer à ses services , je n'en suis pas le maître : il a dans les deux chambres une majorité à lui.
CÉCILE. Oh! bien à lui... car il l'a achetée... et vous qui parliez à l'instant même de tout braver pour moi , vous tremblez devant votre ministre.
GEORGE. Non pas devant lui , mais devant une injustice... et c'en serait une.
CÉCILE. Soit! tel est votre bon plaisir... et le mien, à moi , est de quitter la cour, ce que je ferai dès demain... dès aujourd'hui.
GEORGE. Non, vous ne partirez pas...
vous ne vous ferez pas un jeu de ma douleur,-et puisqu'il le faut, je vous promets, Cécile, je vous jure...
CÉCILE De renvoyer Walpole?
GEORGE. Non ; mais deux fois déjà il m'a offert sa démission que j'ai refusée, et s'il m'en parle de nouveau, s'il me l'offre encore, je l'accepterai.
CÉCILE. Grand effort de courage!
GEORGE. Mais vous me promettez au moins. ..
CÉCILE. Je ne promets rien.
GEORGE. Ah ! vous qui souvent me parlez de tyrannie, est -il possible de la pouser plus loin et de l'avouer plus franchement ?
CÉCILE. C'est un avantage que j'ai sur vous... je suis, moi, pour le gouvernement absolu.
GEORGE JMais encore pour quelles raisons?
CÉCILE. Ces gouvernemens-là n'en donnent jamais ; et je rappellerati seulemeat à
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voire majesté que voici l'iieure de ses réceptions.
GEOUGE. C'est vrai!... j'oublierais tout auprès d'elle... Je ne demande plus rien... je m'en rapporte à voire clémence... à votre joéncrosité... Diies-vous seulement que j'attends, que je soufi're et que je vous aime !
Il sort.