‹ Magasin théâtralChapitre 1018 sur 1475 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

MARGUERITE , puis HENRI.

MARGUERITE , s'apprclant ii le siiifre.

Mon pauvre père n'entend pas raillerie sur ce chapitre-là !

.\a moment où elle va entier dans la salle à manger, elle aperçoit Henri qui entre par la porte du fond, et d'un air agité.

HENRI. Non, je n'en puis revenir encore ! . . .

MARGUERITE, rt//(2??< à lui. Lord Henri ! . . . Comme il est agité ! Qu'avcz-vous donc ?

HENRI. Ce que j'ai 1 Ah! jamais plus qu'aujourd'hui je n'ai eu besoin de votre présence et de votre amitié. Je suis souvent bien tourmenté , bien malheureux !

Et quand je vous ai vue... je pars presque content, ou du moins consolé.

MARGUERITE. Consolé ! VOUS avez donc des chagrins ?

HENRI. Vous l'ai-jedit?

MARGUERITE. Eh! oui, vraiment!... Allons , confiance tout entière ! Il me semble , à moi , que je vous dirais tout!

HENRI. Yous, ÎNlargucrite , quelle différence! vous n'avez pas de secrets.

MARGUERITE. Qu'en savez-vous ?

HENRI. 0 ciel I vous seriez comme moi, vous aimeriez quelqu'un ?

HARGUERITC. Peut-é(re bien!

HENRI. Mais vous , du moins , vous avez l'espoir d'être heureuse !...

MARGUERITE. Nullement, je vous jure!

Mais moi , je ne demande pas à être aimée ! j'aime toute seule et sans intérêt; on ne peut pas empêcher cela , n'est-ce pas ?

HENRI. Oh ! non , sans doute. Et votre confiance fait na'itre la mienne ! Apprenez donc qu'il y a ici... dans ce moment , une personne que j'aime et qui me désespère I

MARGUERITE , souriant. Vraiment? contez-moi donc cela !

HENRI. Il semble qu'elle prenne à tâche de bouleverser ma raison î C'est un mélange de douceur et de fierté , de froideur et de coquetterie...

MARGUERITE. Que dites-vous ?

HENRI. Avant-hier enfin, au cercle du roi , je n'ai pas même pu obtenir d'elle la faveur d'un reffard.

MARGUERITE , portant la main à son cœur. O mon Dieu!...

HENRI. Et tout-à-l'heure , à l'instant même et pour la première fois de sa vie , elle m'a presque dit qu'elle m'aimait.. . ou du moins, et malgré elle, son dépit, sa jalousie me l'ont laissé deviner.

MARGUERITE, à part. Ah! je me soutiens à peine !

HENRI. Et ce qu'il y a de plus étonnant; c'est que ce seul moment de bonheur que j'ai eu en ma vie, c'est à vous que jele dois, mon amie, c'est vous qui en êtes cause?

MARGUERITE. Moi!... comment cela?

HENRI. Elle ne m'a parlé que de vous, des visites que je vous faisais chaque jour, des trois mois que j 'ai passés dans la maison de votre père... Cette jeune fille est charmante, a-t-elle ajouté; vous l'aimez , monsieur, vous l'aimez, avouez-le ; et moi, de me justifier et de lui attester que la seule amitié, que l'affection la plus tendre mais la plus pure m'attachait à vous... Mais pardon ! mon amitié est bien égoïste, elle ne vous entretient que de mes craintes ou de mes espérances... et les vôtres... et cet amour que vous m'avez presque avoué tout-à-lheure ?...

MARGUERITE. Ah ! je VOUS en conjure...

HENRI. Votre confiance n'égale donc pas la mienne ? vous ne me regardez plus comme un frère !

MARGUERITE. Un frère !. . si vraiment! . . toujours ! mais pourquoi penser à un attachement sans espoir ?...

HENRI. Que dites-vous ?

MARGUERITE. Que je suis plus malheu reuse que vous... car moi il ne m'a jamais aimée, il en aime une autre.

HENRI. Ce n'est pas possible!... vous

L AMBITIEUX

qui rendriez un mari si heureux , vous en qui brillent tant de qualités...

MAROrEUiTE. Il ne les voit pas!

HE\ui. Comnient peut - il être assez aveugle... surtout s'il est reçu, s'il est admis chez votre père... Ahl mon Dieu, je sais qui !

MARGUERITE. C'est fait de moi!... non, monsieur... ne croyez pas...

HENRI. Votre cousin... ce jeune avocat., sir Thomas Kinston pour qui vous vouliez hier me solliciter...

MARGUERITE , vivement. Oui, mylord , oui , c'est lui-mèiue!... mais silence au moins... et que personne au monde...

surtout lui.. . ne puisse jamais se douter.. . ( Pleurant. ) Je l'oublierai!... je vous le promets... il n'en saura rien...

HEMiI. Pauvre enfant I que ne puis-je sacrifier de mon bonheur pour ajouter au vôtre ! {Lui prenant la main.) Ma bonne Margueiite, mon amie, ma sœur, si vous saviez quelle part je prends à vos peines ! si vous saviez combien je vous aime...

MARGUERITE, sf dégageant de ses bras, en sanglotant. Assez!... assez!... {Â part.) Ah I il me fera mourir !

UEMiï. Mon oncle I...

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