MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG, WALPOLE
NEUBOROUG, accourant. Ah ! mon ami...
WALPOLE. Qu'as-tu donc?
NEUBOROUG. Laisse-uioi reprendre mes idées et surtout reprendre haleine I Au moment où je sortais de ta salle à manger par la porte qui donne sur le parc, je me trouve face à face avec Sa Majesté qui me dit : Monsieur Neuboroug , je serais enchanté de vous parler ; et sans que j 'aie eu le temps de me reconnaître , il me prend le bras, et nous voilà avec ce bon roi, nous promenant bras dessus, bras dessous...
sans façons, sans cérémonie, tout-à-fait à notre aise... excepté que j'étais un peu troublé, parce qu'un roi qui vous donne le bras... cela fait toujours...
MARGUERITE. QuOl donc?
NEUBOROUG , à Marguerite. Cela fait , mon enfant, que c'est très-honoi-able. Il est fâcheux seulement qu'il n'y eût là personne... parce que mes confrères, qui sont souvent si fiers et si importans , auraient vu que pour la première fois que je viens à la cour... [A JValpole.) Enfin, et pour revenir à toi , le roi m'a d'abord parlé de mon élection . et quand il a su que mon intention était de refuser... — Je ne le veux pas , s'est-il écrié, je ne le veux pas! Il nous faut à la chambre des gens de talent, et surtout d'honnêtes gens. A ce double titre... vous resterez... je l'exige... pour moi et pour vous... car un ami de Walpolepeut arriver à tout, peut tout obtenir
de moi. A ce mot, il m'est arrivé une inspiration , une idée d'en-haut î... celle de m'imnioler pour toi... Eh bien ! sire , lui ai-je dit, vous le voulez... j'accepte... mais en revanche j'implore une faveur de Votre INIajesté. — Laquelle ? parlez ! — Et alors, soit que l'amitié m'inspirât, soit que déjà je me crusse à la tribune, j'ai été content de moi, j'ai été éloquent... je lui ai peint avec chaleur mes craintes, mes inquiétudes sur l'état de ta santé... je l'ai vu ému... entraîné, et je me suis écrié : Puisque vous l'aimez, ce fidèle serviteur, vous ne voudrez pas l'immoler ; vous ne voudrez pas sa mort, et je vous réponds, moi, médecin, qu'il y va de sa vie !,.. Oui, mon ami, je l'ai dit, il y va de sa vie, s'il ne quitte pas les affaires , si vous n'acceptez pas la démission qu'il vous a offerte depuis si long-temps !
WALPOLE, m^ec anxiété. Eh bien!... eh bien I... le roi a refusé?
^EUBO»OUG , Oi'ei: enf flous iusme. Du tout ... il consent...
WALPOLE, slupéfail. Que dis-tu?...
MiUnOHOUG, tirant un fjapier de sa poche. Tiens I lis!... écrit de sa main royale !
WALPOLE, /9r,?/Ki//^ le pnpirr ai'fc émotion. Lisant. " Vous le voulez, vos amis le veu- » lent ; il y va, dit-on , de votre santé et » de votre existence, j'accepte à rej:;ret la » démission que vous m'offrez. »
NETJBOiioUG et iiE\ni. Quel bonheur!
WALPOLE, continuant de lire. «« Je n'y » mets qu'une condition , c'est qu'avant » de vous retirer vous me désignerez » vous-même votre successeur et formerez » le nouveau min stèie qui doit vous suc- » céder.!) Ahl je ne sais ce que j'éprouve. HENRI. Le s:usissemcnt...
NEL'BOnouG. La surprise...
WALPOLE. Oui , la joie... une joie imprévue... Me voilà donc libre... me voilà heureux!... cela jiroduit un singulier effet.
NEUBOROUG. Quand ou n'en a pas l'habitude... et j'ai eu tort de t'annoncer ainsi sans ménagemens. .. sans préparations...
Que veux-tu?. .. j'élai* «i enchanté !.. mais ce ne sera rien... mon ami , ce ne sera rien!... la joie n'a jamais fait de mal... et j'espère que tu es content... que tu me remercies. .
W.ALPOLE. Oui, mon ami... oui, certainement... mais tu es sûr que le roi ne m'en voudra pas?...
NEUBOROUG. En aucunc façon... puisqu'il te charge de nommer ton successeur et de former toi-même le nouveau ministère.
WALPOLE. C'est vrai I
NEUBOROUG. Nous pouvons maintenant nous renfermer dans ta résidence de Strawberry-Hill , rêver sous ses beaux ombrages , aux bords de ses eaux jaillissantes .. nous pouvons partir sur-le-champ...
w^ALPOLE. Pas aujourd'hui î il y a conseil...
NU BonouG. Tu n'y a plus que faire...
tu n'as plus de conseil, plus d'ennui.
WALPOLE. Ah I oui , c'est vrai! Henri , tu diras alors à l'envoyé de Hanovre, à qui je n'avais pu donner audience, que je suis prêt à le recevoir... je l'attendrai.
NEUBOROUG. Mais ça ne te regarde plus... tu n'as plus besoin de t'inquiéter de cela... ta matinée est libre...
WALPOLE. C'est vrai !... tu as raison!... Alors, qu'est-ce que je vais faire?...
NEUBOROUG. Déjeuner d'abord... c'est l'essentiel.
WALPOLE. Ah! c'est que je n'ai plus faim !
Un domestique entre et remet uue lettre à Heuri,
NEUBOROUG. Voilà ce que c'est que d'attendre trop long-temps. ( Au domestique qui vient de remettre la lettre à Henri. ) Faites servir votre maître. ( A Wulf)ole Gui fait un geste d'impatience. ) Oui , mon ami, quand tu devrais te forcer un peu...
HENRI, qui a dccachelè la lettre , bas à Marguerite. C'est d'elle ! {Lisant.) « D'im- » portans événemens se préparent, il faut » que je vous voie aujourd'hui à trois » heures, dans la grande galerie. » ( Ai^ec joie.) Un rendez-vous!
MARGUERITE , à jUrt. O ciel !
w^ALPOLE, vivement. Qu'est-ce que c'est?
une lettre? 'c'est du roi! •
HENRI. Non, mon oncle...
NEUBOROUG, entraînant If^alpole. Du roi ou d'un autre, qu'importe?... Au diable maintenant les affaires sérieuses... il ne faut plus penser qu'au plnisir et à la joie. (A Marguerite qui essuie uue larme.) N'estce pas, ma fille?...
HENRI, à IMarguerile. Ah ! j'ai maintenant de l'espoir.
MARGUERITE, « part. Et moi, je n'en ai plus.
Walpole, Neuboroug et Marguerite sortent par la porte à gauche, et Henri par la porte du fond.
L AMBITIErX.
ee(»0G«e«>eee«ese?3';v«»ti) .->%. wwj
soeoeoo x>buse8oceeooees>oa9o<^«oe9ooo4« eeoooesoosoee^oooeeee