HENRI, WALPOLE
HENRI. Je ne puis ajouter foi à ce qu'il vient de nous dire!... j'ai mal compris, ou il est dans l'erreur ! Vous, mon oncle !.. vons m'auriez desservi!... ce n'est pas possible... dites-le-moi!... et c'est vous seul que je veux croire!
AVALPOLE. Non... il t'a dit la vérité!
HENKI. Grand Dieu!...
WALPOLE. A quoi bon feindre avec toi?
Je t'aimais ce matin, tu m'étais cher! tu te tenais à l'écart du pouvoir et de la fortune, j'ai été le chercher, je t'ai pris par la main
pour t'y amener. Ce poste si brillant et si i dangereux que j'abandonnais, cette place objet de tous les vœux, c'est moi qui te l'ai fait obtenir, c'est moi qui te l'ai donnée!
HENRI. C'est vr;<i.
WALPOLE. Eh bien î dès que je l'ai vue entre tes mains, je ne peux dire ce que j'ai éprouvé... mon amitié s'est retirée de toi à mesure que le pouvoir l'arrivait... c'est un sentiment que je ne pouvais ni maîtriser ni vaincre... J'étais jaloux ! vois-tu, Henri , la faveur du prince est un de ces biens qu'on ne peut partnjjer !.. c'est comme
un de CCS objets de notre amour qu'on ne veut pas voir à d'autres, même quand on les dédaigne ou qu'on les abandonne! Céderais-tu ta maîtresse à ton meilleur ami, à ton frère?... Non!., tu le haïrais! c'est cequej'aifait. .. tu m'étais devenu odieux...
HENRI. Est-il possible !
WALPOLE, avec exaltation. Oui, tant que je serai vivant, nul ne portera la main sur mon bien, sur cette autorité acquise par trente ans de travaux et de tourmens... Elle m'a coiîté trop cher pour ne pas la défendre, et quiconque se présenterait comme obstacle sur ma route, quiconque, atni ou ennemi, voudi ait arrêter le char de ma fortune, sera biisé par lui!...
HENRI. Grand Dieu!
"WALPOLE, revenant à lui. Ah ! je t'effraie... tu doutes de ce que tu entends, tu ne peux concevoir la violence d'une passion qui, loin de s'amortir avec l'âge, prend chaque jour de nouvelles forces. Mais cette passion est la seule que j'aie éprouvée... Je n'en ai jamais eu d'autre , laisse-lamoi, ne me l'envie pas! elle rend si malheureux! Jamais je n'ai connu comme toi les illusions de la tendresse... jamaisl'amour d'une femme n'a fait battre mon cœur... on ne m'a jamais aimé... je n'ai aimé personne !...
HENRI. Mon pauvre oncle !...
WALPOLE. Ah ! tu me hais!
HENRI. ]\on... je vous plains!
WALPOLE. Et tu as raison. . . car dès que j'ai abattu à mes pieds l'ennemi qui me résistait... semblable au soldat dont la colère s'éteint quand le combat est fini, mon ressentiment tombe avec celui qui l'avait fait naître. J'ai honte de moi... je rougis de ma frénésie... je m'en veux de mon triomphe qtie je cherche à expier!... Toi, par exemple... à peine renversé, je t'ai tendu la main ; je t'ai rendu mon amitié ; j'ai couru te défendre auprès du prince... j'aurais bravé pour toi sa vengeance, sa colère ! sa disgrâce peut-être ! car je t'aime maintenant , tu es redevenu mon fils, mon
l'ambitieux. 35
neveu bien-aimé! Demande-moi ma fortune, mon sang... je te les donne; mais le pouvoir!... je l'essaierais en vain! c'est au-dessus de mes forces ! Et tiens, ce Neuboroug, ce vieil ami... si honnête homme... si peu redoutable... eh bien! dans ce moment, j'ai beau me raisonner et me combattre... je ne l'aime plus... Que dis-je?.. tout-^à-l'heure^ pendant qu'il me parlait... j'éprouvais contre lui des mouvemens de jalousie et de haine : cette intimité, cette confiance dont le roi l'honore... tout cela le rend mon ennemi mortel!... et malgré moi, dans ce moment, je cherche déjà en mon esprit les moyens de le renverser ! Tais-toi , le voici !