SCENE VI
CORINNE, à la ta' h à droite écrivant, M. LE
COMTE DE MARIGNAN, entrant rapidement
par la porte du fond.
LE COMTE, p«/e et un numéro de revue à la main.
Ah ! je saurai ce que cela signille... CORINNE, l'apercevant et à part.
C'est lui ! {Posant sa plume et se retournant vers M. de Marignan d'un air gracieux.) ne me trompé-je pas ? est-ce bien vous^ monsieur le comte et de si bonne heure ?
LE COMTE, avec agitation.
Oui, Madame... oui, c'est moi qui, indigné, froissé et le cœur ulcéré viens vous demander s'il faut croire encore à l'amilé... ou si elle n'est qu'un vain mot et une amère déception.
CORINNE, se levant.
Je vous adresserais la même demande, monsieur le comte?
LE COMTE
A moi ?..
CORINNE
A vous qui depuis six mois prodiguez, soit en prose,, soit en vers, les protestations de l'amitié... la plus tendre... pour ne pas dire plus... à une jeune fille confiante, à un cœur aimant, à une imagination exaltée, facile à égarer... qui s'enllamiuant an feu des arts et du génie. ..-a pu se tromper de flambeau... et lorsque dans le sentier nouveau qui s'ouvre sous ses pas... elle compte... elle a le droit de compter sur le bras... (je ne dis pas sur la main d'un guide et d un ami,) elle apprend qu'il s'enchaîne à uneautre... sans consulter, sans même prévenir celle dont il a décoloré l'existence... Après un pareil procédé, à qui se fier, monsieur le comte, et à quoi peut-on croire encore... si ce n'est à l'athéisme du cœur et au néant de tous les sentiments.
LE COMTE
Eh! Madame... il s'agit bien de cet étalage de sensibilité... quand, sans attendre, sans permettre môme... qu'on s'explique et qu'on se justifie... on laisse attaquer et déchirer ceux qu'on devrait défendre.
CORINNE
Que voulez-vous dire?
LE COMTE
Que je regois à l'instant un nuinéro de cette revue, à laquelle vous travaillez, cette revue si répandue et si redoutable, où vous exercez la plus haute influence... et comment oserak-on y insérer contre moi un article pareil à celui-ci... si vous ne l'aviez toléré ou peut-être vous-même commandé...
CORINNE
Vous vous trompez. Monsieur...
LE COMTE, vivement.
Est-il vrai?
CORINNE^ froidement.
Je l'ai composé moi-même !