‹ Magasin théâtralChapitre 1104 sur 1475 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

BOUVARD

De quoi donc ?

DESGAODETS.

D'un diplomate...

BOUVARD, cherchant à sourire.

Dans l'embarras, qui compte sur vous et sur votre crédit près de M. Albert d'Angremont...

DESGAUDETS.

Eh! pourquoi donc?...

BOUVARD

Mon Dieu! tout le monde peut se tromper, même les libraires... mais quand j'ai des torts... j'en conviens et je reconnais qu'hier... j'ai manqué ma fortune. Ce volume de poésies que vous me proposiez... c'est à qui m'en parlera!... tout à l'heure encore... au salon... ce gros Monsieur en noir... dont je ne sais pas le nora.« Vous ne con- « naissez pas les poésies du jeune d'Angremont... « c'est superbe ! c'est sublime ! (A Albert en « souriant.) vous les aurez lues sans doute à « quelques amis. ..

ALBERT

A personne!

BOUVARD, se récriant.

Encore mieux! quand un ouvrage se produit ainsi par lui-même!... aussi... je n'y mets pas d'amour-propre. Je viens vous le demander. Il me le faut.

ALBERT

Les vers, me disiez-vous, ne se vendent plus.

BOUVARD

Je vendrai ceux-là... et la preuve c'est que je vous les achète. Faites vous-même votre prix et à l'instant... comptant...

Prenez garde, monsieur Bouvard, je vais croire que ce n'est pas vous qui payez.

BOUVARD

Eh bien... c'est vrai! pourquoi ne pas aborder franchement la question. Monsieur le comte m"a tout dit... Ce qu'on vous demande^ c'est de ne rien changer à l'état des choses. De ne point troubler le public dans son admiration pour un homme de génie, pour un grand homme !

ALBEKT.

Moi complice d'une imposture...

BOUVARD, vivement.

Indépendante de votre volonté !

DESGAUDETS.

Au fait, si M. de Marignan est un grand homme...

BOUVARD

Ce n'est pas votre faute.

DESGAUDETS.

Ni la sienne...

ALBERT

Pour la famille de mon général, pour sa veuve, pour sa mémoire que je respecte et que j'honore, je ne dois point laisser s'accréditer de pareilles

impostures. Je dois déclarer faux et apocryphe.... un ouvrage...

Qui est passé à l'état de chef-d'œuvre ! et quand nous sommes... riches, glorieux, considérés...

ALBERT

Et voilà justement ce qu'il faut (lélrir. Voilà les idoles qu'il faut renverser du piédestal. Oui, dans ce siècle de fourberie et de mensonge, dans ce temps où chacun se déguise, j'arracherai les masques... rien ne m'arrêtera! rien ne m'empêchera de crier la vérité... dussé-je, avec Boileau :

Paire dire aux roseaux par un nouvel organe : Midas, le roi Midas a des oreilles...

BOUVARD, criant avec force .

Et moi, Monsieur, moi, que vous ruinez!

ALBERT

Vous !

BOUVARD

Moi qui ai vendu à M. le comte ces Mémoires comme authentiques , moyennant vingt mille francs que je serai obligé de lui rendre. Vous voyez bien que ce serait impossible... nous y perdrions tous... et je suis chargé de prendre avec vous tous les arrangements que vous désirerez.... et qui vous conviendront... (A voix basse.) Oui, Monsieur... on consentira aux plus grands sacrifices.

ALBERT, avec force.

Assez, Monsieur !.... (Avec ironie et regardant Desgaudets.) Encore un usage de nos jours, n'est-ce pas? Vouloir m'acheler... à prix d'argent... (Se retournant vers Bouvard.) Vous vous trompez. Monsieur, je suis soldat... je ne me vends pas!.. Adieu!.. (// fait quelques pas pour sortir.)

WW VWW \V\ ^WA WV\(WW W \\ it-Wt KX-\/\ ViX\%\ W *WV w\/\ \w/%w\\ \\v\

Page 1