SCÈNE VL
L'ABBÉ seul, puis LE PRINCE.
l'abbé.
L'ai-je bien entendu ?
Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix!
Mais comment en sortir?.. Le comte de Saxe, qui est la discrétion même, ne me confiera rien... Je ne suis pas son ami... intpossible de le trahir. A qui donc m'adresser... pour épier... pour savoir... et pour obtenir la récompense...
le prince.
Miracle! l'abbé qui réfléchit!
Oui , sans doute... et sur un problème... qui n'est pas facile à résoudre !...
le prince.
Un problème!., cda nous regarde, nous autres savants:
l'abbk, le regardant en riant.
Au fait... c'est vrai... cela le regarde... ça l'intéresse... en un sens.
LE PRINCE
Voyons, l'abbé... voyons... qu'est-ce qui te tourmente?
l'abbé, amenant le prince au bord du Ihèâlre. Il est impossible que Maurice de S.ixe, qui est si galant et si à la mode, n'ait pas au moins un amour dans le cœur ?
ÎO
ADIUErsNE LEGOUVREUR.
LE pniNCE, riant.
rii bion ! qu'est-ce que cela te fait à toi, l'abbe? 1
LABBÉ
Cela niB fait... que pour des raisons inutiles à vous expliquer... des raisons personnelles, de la plus haute importance... je tiendrais à savoir quelle est sa passioa actuelle.... la beauté régnante...
LE PEiNCE, avec bonhomie.
Je te saurai cela!
l'abbé.
Moi! dès ce soir...
l'abbé.
Allons donc... ce serait trop original!
LE PRINCE
Veux-tu paner deux cents louis?
l'abbé.
C'est cher ! mais cela vaut ça... pour la rareté du fait. (Au prince, qui vient de sonner.) Que faites-vous donc?
LE PRINCE, à un domestique qui paraît.
Mes chevaux... (Al' abbé. )Yeax-t\x venir ce soir avec moi à la Comédie-Française?., la Lecouvreur et la Duclos jouent dans Bajazet.
L ABBE
Volontiers... Mais qu'est-ce luo cela fait à nolro affaire?..
LE PRINCE
La Duclos connaît le nom que tu veux savoir...
l'abbé.
En vérité!..
le prince.
L'autre soir , au moment où j'entrais dans sa loge comme on parlait de Maurice de Saxe... la Duclos disait en riant... je connais une grande dame qu'il adore.... Elle s'est arrêtée en me voyant... Mais lu sens bien que si je le lui demande... elle n'a rien à me refuser... Elle me le dira en confidence... je te le dirai en secret. Et c'est par vous que je l'apprendrai... C'est impayable...
LE PRINCE, nant.
Impayable? non pas... tu me paieras les deux cents louis du pari... Vivent les abbés! l'abbé.
Vivent les savants!.. Donnons-nous la main !
le PRINCE.
Et à la Comcdie-Française! (Ils sortent ensemble en se donnant la main.)
FIN DU PREMIER ACTE