ACTE II, SCENE .X
jamais?., et d'un autre côté, ce billet que la Duclos vient de m'envoyer au nom de la princesse... comraent m'a-t-elle découvert au fond de cette loge?., et comment la faire attendre toute la nuit hors de son hôtel, dans celle petite maison où elle ne vient que pour moi, pour mes intérêts, pour cette réponse du cardinal de Fieury, et puis impossible de prévenir madame de Bouillon, tandis qu'Adrienne, cette pauvre Adrienne, si je pouvnis lui parler et lui dire... non pas tout... mais l'essentiel. (Il dirige ses pas vers la gauche.) MicHONNET, toujouTS à la table, à droite. Où allez-vous, Monsieur ?
MAURICE
Je voudrais parler à Mademoiselle Lecouvreur.
MiCHON.NET, à part.
Encore un ! et quel air agité ! (Haut.) Impossible, Monsieur, elle est en scène...
MAURICE
Quand elle en sortira...
MICHONNET.
Elle n'en sortira plus.
MAURICE, à part.
Nouveau contre-temps!.. (A Michonnet.) Et veuillez me dire. Monsieur?...
MICHONNET.
Pardon, Monsieur, d'autres devoirs... {Apercevant Quinaultf qui v^ient de la droite et traverse le ihéàlre.) Acomat, mon bon, je veux dire monsieur Quinault, voulez-vous remettre à Zatime sa lettre pour Roxane^ sa lettre du quatrième acte. QUINAULT, avec fierté.
Moi !.. Je vous trouve plaisant !.. Pour qui me prenez-vous?
MICHONNET.
Pardon !.. Veuillez dire seulement à mademoiselle Jouvenot de ne pas entrer en scène sans prendre sa lettre, qui est là sur cette table...
QUINAULT
C'est bon !.. c'est bon !.. on le lui dira. {Il entre sur le théâtre, à gauche, pendant que Maurice redescend vers la droite.)
MICHONNET, se levant de la table, en riant.
Il n'est pas de bonne humeur, je comprends... Roxane va trop bien ! ah ! Duclos, qui entre en ce moment... {S' approchant de la gauche.) Oui, éverlue-toi, pauvre fille... pleure... crie!., tu aimes mieux chanter?., chante !.. Tu as beau faire, tu es vaincue !..
MAunicË, qui s'est assis à droite, près de la table,
prend le parchemin que Michonnet vient d'y
placer et le déroule avec curiosité.) Rien d'écrit! Ah! palsambleu! à mon secours les ruses de guerre! (// écrit quelques mots au crayon et roule le parchemin, qu'il remet sur la table.) MICHONNET, regardant toujours du côté du théâtre, à gaucJie.
Adrienne reprend... elle parle à Bajazet, et sa Voix e.^l d'une douceur. .< Ah! si j'étais sociétaire,
je jouerais peut-être les amoureux... On est toujours jeune quand on est sociétaire... Je l'enlendrais me dire ;
Écoulez, Bajazet, je sens que je vous aime!
WADE.voiSELLE JOUVENOT, Sortant vivement de la coulisse, à gauche.
Eh bien! i\3ichonnet, ma lettre?., ma lettre pour Roxane, où en esî-eile?
JIICUONNICT.
Là... sur cette table... Est-ce que Quinaut ne vous l'a pas dit?
MADEMOISELLE JOUVENOT.
Eh! non, vraiment!.. Il est si bon camarade 1
MAURICE, présentant à Mademoiselle Jouvenot la
parchemin roulé.
Voici, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JOUVENOT, lui faisant larévéreuce.
Merci, Monsieur. (Le regardant en sortant.) Voilà un officier qui est fort bien, mais très bien!
MICHONNET.
Eh bien ! votre entrée ?
MADEMOISELLE JOUVENOT.
Ah ! {Elle sort par la coulisse à gauche du spectateur.)
MAURICE, à part, la suivant des yeux.
Elle aura mes deux mois de la main même de Zalime... et saura que je ne peux la venir chercher ce soir... Mais demain!., demain!., ô mon grand-duché de Courlande, vous ne valez pas ce que vous me coûtez!.. Allons à la rue Grange- Batelière. {Il sort par la porte à droite.) MICHONNET, regardant toujours par la gauche.
Zatime entre en scène... Bon ! elle n'a p:is la lettre.. Si! elle l'a., elle la remet à Roxane... Dieu ! quel effet!., elle a tressailli... elle se soutient à peine !.. et son émotion est telle, qu'en lisant le billet, son rouge lui est tombé du visage... C'est admirable!,.. {Les applaudissements éclatent avec force.) Oui, oui... frappez des mains... Bravo! bravo! c'est cela!., sublime! admirable!