‹ Magasin théâtralChapitre 1168 sur 1475 · ACTE IV, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IX

ironie '.) Quelle idée... en effet que cette rivale qu'il me préfère soit une femme de théâlre... une comédienne... et pourquoi non?.. N'ont-elles point un charme, un prestige qui n'appartient qu'à elles, le talent et la gloire qui enivrent et ajoutent à la beauté. (Regardant Adrienne que tous les seigneurs entourent.) Dans ce moment encore ne sont-ils pas là tous à l'admirer, à l'adorer!.. Pourquoi n'aurait-il pas fait comme eux? Ah! ce doute est insupportable... et je veux à tout prix confirmer ou détruire mes soupçons. {Se retouriiant vers le prince qui vient de quitter le fauteuil d'Adrienne et qui s'approche d'elle.) Eh bien ! ne commençons-nous pas **.

LE PRINCE

Il nous faut attendre le comte de Saxe, puisqu'on assure qu'il viendra.

LA PRINCESSE, regardant du côté d'Adrienne.

Je crois que vous nous flattez d'un vain espoir, il ne viendra pas. {A part.) Elle a tressailli... elle écoute...

LE PRINCE

Qui vous le fait croire ?.. qui vous l'a dit, puisqu'il est libre... libre par les mains de l'amour. LA PRINCESSE, à purt^ ohservant Adrienne.

Elle tressaille encore! serait-ce elle qui l'aurait délivré? (Haut.) ie n'ai pas voulu tout-àl'heure troubler vos espérances, ni attrister ces dames, mais vous savez qu'il s'est battu.

ADRIENNE, O part.

Battu!

LA PRINCESSE, ô part.

Elle se rapproche. (Haut.) Et l'abbé, qui sait tout, m'a dit... que le comte était blessé dangereusement.

l'abbé, étonné.

Moi!

LA PRINCESSE, bas à l'abbé.

Taisez-vous ! (Poussant un cri et courant près d'Adrienne qui vient de tomber évanouie dans un fauteuil.) Mademoiselle Lecouvreurse trouve mal! MicHONNET, se précipitant vers elle,

Adrienne !

• Les dames, assises à gauche, la princesse, sur le devant du théâtre, â gauche ; les seigneurs, au fond se rapprochent du canapé oit viinnent de s'asseoir Athénais, Adrienne, la marquise, sur un fauteuil, plus loin ; la baronne, Michonnet debout, à gauche ; le prince , et l'abbé debout devant Adrienne avec qui ils causent.

** Adrienne se lève en si gned' assentiment et passe à gauche près de Michonnet. Les acteurs sont placés dans l'ordre suivant : Athénaïs, le prince , l'abbé, la princesse, la marquise, la baronne, Adrienne, Michoauet.

LA BARONNE ET LA MARQrjisE, passaut derrière le fauteuil d'Adrienne.

Ah! mon Dieu* !

ADRIENNE, revenant à elle.

Ce n'est rien... l'éclat des lumières... la chaleur du salon. (A la princesse qui lui fait respirer le flacon.) Merci, Madame, que de bontés, (Rencontrant ses yeux.) Quel regard !

UN DOMESTIQUE, amwnçunt.

M. le comte de Saxe. (Tout le monde pousse un cri de surprise ; les dames quittent le fauteuit d'Adrienne et vont au devant du comte.) ADRIENNE, faisant un geste de joie.

Ah! (Elle veut s'élancer vers lui, Michonnet la retient par la main; la princesse et Adrienne restent un moment les yeux fixés l'une sur l'autre.) MICHONNET^ à voix basse.

Prends garde!., la Joie trahit encore plus que la àoMÏem. (Les seigneurs et les dames qui éi.aient allés au devant de Maurice redescendent avec lui ".)

LE PRINCE, à Maurice Que nous disait donc l'abbé, que vous étiez blessé?

l'abbé.

Permettez, je réclame.

MAURICE

Bah ! depuis Charles XII, la Suède ne sait plus se battre.

LE PRINCE, riant.

Ainsi, ce comte de Kalkreutz...

MAURICE

Désarmé à la seconde passe. (Le prince, l'abbé et Athénaïs remontent le théâtre et vont causer avec les autres dames et seigneurs. Maurice se trouve sur le devant de la scène près de la princesse, et lui dit à demi-voix sans la regarder.) Vous disiez vrai, princesse, en disant que vous me ramèneriez.

LA PRINCESSE, QVeC joîe,

0 ciel !

MAURICE, de même.

Je voulais partir sans vous voir, mais après le service que vous venez de me rendre, service que, du reste, je n'accepte pas... je... ADRIENNE, à droite et à quelques pas d'eux, les suivant des yeux.

11 lui parle bas!., si c'était cette grande dame... si c'était elle!..

* Les acteurs sont dans l'ordre suivant : le prince, Athénais, l'abbé, la princesse, près d'Adrienne et lui faisant respirer un flacon que l'abbé vient de lui donner. Adrienne est assise sur un fauteuil à l'extrême droite du théâtre; près d'elle, à sa gauche, Michonnet.

* Les acteurs sont dans l'ordre suivant, en commençant par la gauche du spectateur : Un groupe de seigneurs et; de dames, Athénais, l'abbé, le pqiicsf, it princesse, Maurice, la marquise, la baronne; tiJA. ^"^fik plus loin, Adrienne, Michonnet.

ADRIEiNNE LECOUVREUR,

LA PRINCESSE, continua7it à causer avec Maurice.

Que voulez-vous dire?

MAURICE, toujours bas à la princesse.

II faut absolument que je vous parle.

LA PRINCESSE, de même.

Ce soir, quand tout le monde sera parti. MAURICE, de même.

Soit! {La princesse remonte le théâtre à gauche du spectateur ; Maurice se retourne et aperçoit à droite Advienne, il la salue profondément.) Mademoiselle Lccouvreur !

(Il fait quelques fas pour aller près d'elle: en ce moment le prince qui avait remonté le théâtre, le redescend et prend Maurice par dessous le hras au moment où il s'approchait d'Adrienne.)

LE PRINCE

A propos de la Suède, mon cher comte, j'ai à vous demander...

(Il s'éloigne avec lui en causant et en remontant le théâtre, ils disparaissent tous deux quelques moments dans d'autres salons. Pendant ce temps, la marquise et la baronne se sont rapprochées d'Adrienne, et pendant les mouvements de la scène précédente, Michonnet qui était à l'extrême droite, a remonté le théâtre, est resté quelque temps au fond, puis est redescendu à l'extrême gauche; en ce moment, les acteurs sont rangés dans l'ordre suivant * : l'abbé, à la princesse à demi- voix.

Je vous demanderai maintenant, princesse,, pourquoi tout-à-l'heur^ -vous m'accusiez ainsi de...

LA PRINCESSE, à voix haute.

Pourquoi?., parce que vous n'êtes jamais au fait des choses. (Se retournant en riant vers les deux dames qui sont à sa gauche.) Imaginezvous, Mesdames...

{L'abbé quitte la droite de la princesse près de laquelle il est placé, remonte le théâtre, et de se poser entre tes deux dames comme pour se justifier près d'elles. Les acteurs se trouvent alors dans l'ordre suivant ** :

LA PRINCESSE, Continuant Sa phrose.

Imaginez-vous que le pauvre abbé court vainement depuis hier à la découverte d'un secret ! Une belle inconnue qu'adore le comte de Saxe...

* Michonnet, à gauche à l'écart; quelques dames, ass'ses sur le second plan, et quelques seigneurs, debout derrière leurs fauteui Is et causant avec elles . Sur le premier plan et sur le devant du théâtre, comme formant dans le salon un groupe jarticulier, Athénaîs, l'abbé, lu princesse, la marquise, la baronne , Ailrienne.

'* Alhensis, la princesse, la marquise, l'abbé, la baroiine, Adrienne, v.n peu é'o'gné; à droite.

Mais, j'y songe... (Se retournant vers Adrienne.) Mademoiselle Lecouvreur pourrait peut-être nou.< éclaircir sur ce mystère...

ADRIENNE

Moi, Madame!

LA PRINCESSE

Sans doute!., on assure dans le monde que l'objet de cet amour est une personne de théâtre. l'abbé.

Laissez donc...

ADRIENNE

C'est étrange! on assurait au théâtre que cette maîtresse en titre était une grande dame... l'abbé, regardant Athéna'is.

Je le croirais plutôt t

la princesse.

Ma chronique parlait même d'une certaine rencontre nocturne... ^

ADRIENNE

Et la mienne d'une visite dans une petite maison.

athénaîs.

Mais c'est très intéressant !

On disait que la comédienne y avait été surprise par une rivale jalouse.

ADRIENNE

On affirmait que la grande dame en avait été chassée par un bari indiscret.

AÎHÉNAÏS.

Que vous semblez bien instruites toutes deux!..

l'abbé.

Plus que moi, j'en conviens !

athénaîs.

Mais pour nous mettre à même de prononcer, qui nous donnera des preuves?

LA PRINCESSE

La mienne est un bouquet que la belle a laissé aux mains de son vainqueur... bouquet de roses, attaché par un ruban soie et or!

ADRIENNE, à part.

Mon bouquet !

ATHÉNAÎS, à Adrienne.

Et votre preuve, à vous... Mademoiselle?

ADRIENNE

La mienne?., la mienne, c'est que la grande dame a laissé tomber en s'enfuyant dans le jardin...

ATHÉNAÎS.

Comme Cendrillon, sa pantoufle de verre...

ADRIENNE

Non, mais un bracelet de diamants.

LA PRINCESSE, à pÛTt.

Mon bracelet!

l'abbé.

Un conte des Mille et une nuits !

ADRIENNE

Non, vraiment, uue réalilé!.. car ce bracelet

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