ADRIENNE, MAURICE
MAURICE
Ainsi, Adrienne, c'était toi...
ADRIENNE, montrant de la main Michennet, gui vient de sortir.
Et lui, mon meilleur ami, lui qui m'est venu en aide... mais ne parlons plus de cela... tu as accepté...
MAURICE
A une condition... c'est qu'à ton tour tu ne refuseras rien de moi ! J'ignore l'avenir qui m'est réservé, j'ignore si je dois, sur le champ de bataille, gagner ou perdre la couronne ducale que les élîits de Coui"lande m'ont décernée ; mais vainqueur, je jure de partager avec toi le duché que tu m'aides à conquérir, date donner le nom que tu m'aides à immortaliser!
ADRIENNE
Ta femme ! moi !
MÂCRICB.
Toi ! reine par le cœur et digne de commander à tous! Qui agrandi mon intelligence? toi. Qui a épuré mes sentiments? toi. Qui a soufflé dans mon sein le génie des grands hommes, dont tu es l'interprète?., toi ! toujours toi !.. Mais, ô ciel ! tu pâlis!
Ne crains rien... tant de bonheur succédant à tant de désespoir aura épuisé mes forces.
MAT'RicE, l'aidant à s'asseoir sur le canapé. Tu chancelles !
ADRIENNE
En efTet , un trouble étrange , une douleur sourde et inconnue s'est emparée de moi... depuis quelques moments... depuis celui où i'ai oorté à mes lèvres ce bouquet.
MAURICE
Lequel?
ADRIENNE
Ingrate! je le prenais pour un adieu de départ, et c'était un message de retour!
MAURICE
Que veux-tu dire?
ADRIENNB.
Ces fleurs... envoyées par toi dans ce coffret...
MAURICE^ passant près de la table *.
Moi ! je ne t'ai rien envoyé... ce bouquet, où est-il ?
ADRIENNE
Brûlé! je croyais que tu nous avais tous deux repoussés et dédaignés... il était comme moi, il ne pouvait plus vivre !
MAURICE, avec tendresse.
Adrienne! mais la main tremble... tu souffres beaucoup...
ADRIENNB.
Non, non, plus maintenant. {Montrant son cœur.) La douleur n'est plus là... {Portant la main à sa tête.) Mais là,. C'est singulier, c'est bizarre . mille objets divers et fantastiques passant devant moi... se succèdent confusément et sans ordre... {A Maurice.) Où étions-nous? qu'est-ce que je le disais? je ne sais plus... II me semble que mon imagination s'égare... et que ma raison, que je cherche à retenir, va m'abaiidonner... {Vivement.) Je ne le veux pas... en la perdant, je perdrais mon bonheur... Oh! non... non... je ne le veux pas ! pour lui d'abord, pour Maurice, et puis pour ce soir... On vient d'ouvrir, et la salle est déjà pleine! Je conçois leur curiosité et leur impatience; on leur promet depuis si longlemps la Psyché du grand Corneille!.. Oh! oui, depuis longtemps... depuis les premiers jours où je vis .Maurice... On ne voulait pas remonter l'ouvr;)gP... C'est trop vieux, disait-on... mais, rhoi,j'ytenais.. j'avais une idée... Maurice ne m'a pas encore dit; Je T^ous aime! ni moi non plus... je n'ose pas., et il y a là certains vers que je serais si heureuse de lui adresser, à lui, devant tout le bonde sans que personne s'en doute...
MAURICE
Mon amie, ma bien-aimée, reviens à loi.
ADRIENNE
Tais-toi donc... il faut que j'entre en scène. Oh! quelle nombreuse quelle brillante assemblée!
* Maurice. Adrienne.
ADRIENNE LECOUYREUR,
Comme tous ces regards tournés vers moi suivent cliaeun de mes mouvements !.. Ils sont bons, de m'aimer ainsi... Ah!i! est dans sa loge.,, c'est lui... il me sourit... {Murmurant entre ses lèvres.) Bonjour, Maurice... A loi, Psyché, voici ta réplique.
Ne les détournez pas ces yeux qui me déchirent,
Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux;
Qui semblent partager le trouble qu'ils m'inspirent. Bêlas! plus ils sont dangereux, Plus je me plais à niattacher sur eux !
Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre, Vous dis-Je plus que je ne dois ?
Moi, de qui la pudeur devrait du moins attendre
Que l'amour m'expliquât le trouble oii je vous vois ;
Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire ;
Vos sens, comme les miens, paraissent interdits.
C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire, Et cependant c'est moi qui vous le dis!
MAURICE, lui prenant la main.
Adrienne! Adrienneî elle ne me voit plu., ne m'entend plus... Mon Dieu, l'effroi me glace... que faire?.. (// agite la soimette qui est sur la table ; paraît la femme de chambre.) Votre maîtresse est en danger... courez!., des secours!... Moi, je ne la quitte plus... (La femme de chambre sort.) Ma présence et mes soins lui rendront peutôtre le calme... (Prenant la main d' Adrienne.) Écoule-moi, de grâce !
ADRIENNE, ovcc égarement.
Regarde... regarde donc!.. Q\xi entre dans sa loge? qui s'assied près de lui?.. Je la reconnais, quoiqu'elle cache son visage! c'est elle!., il lui parle! . (Avec désespoir.) Maurice!., il ne me regarde plus!.. Maurice!..
MAURICE
Il est près de toi...
ADRIENNE, sans l'écoutcT,
Ah . voilà leurs yeux qui se rencontrent, leurs mains qui se pressent! voilà qu'elle lui dit : Restez!.. Et moi^ il m'oublie ! il me repousse... il ne voit pas que je me meurs !
MAURICE
Adrienne!.. par pitié !
ADRIENNE , aVCC furCUT.
De la pitié !
MAURICE
Ma voix n'a-trelle donc plus de pouvoir sur ton cœur?
ADRIENNE
Que me voulez-vous?
MAURICE
Que tu m'écoutes un seul instant! que tu me regardes, moi... Maurice!
ADRIENNE, le regardant avec égarement.
Maurice!., non... il est près d'elle... il m'oublie!.. Va-t-en ! va-t-en!
{Poursu/vant Maurice, qui recule d'effroi.) Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée, Les dieux, les justes dieux... n'auront pas oublié Que les mêmes serments avec moi t'ont lié... Porte... porte aux autels... un cœur qui m'abandonne,. Va, cours, mais crains cncor...
(Poussant un cri et reconnaissant Maurice.) Ah ' Maurice !.. [Elle se jette dans ses bras.)
MAURICE
Mon Dieu... venez à mon aide !.. et pas de se cours!... pas un ami... (Apercevant Michonnet.) Ah! je me trompais!., en voici un !