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CLOTILDE, JULIE, MICHEL, DELMARRE

{Au lever du rideau, Delmarre est assis devant la table à droite et examine des mémoires. — Clotilde , en élégant négligé dr matin, est assise du côlé^ opposé devant une riche toilette.)

JTJLiE, entrant du fond, un bouquet à la main.

iMadame , la marchande de modes viendra à midi.

CLOTILDE

C'est bien.

JULIE

Je sors de chez la fleuriste, pour le bouquet de bah

CLOTILDE

Portez-le dans mon boudoir.

JULIE

La couturière attend...

CLOTILDE

Qu'elle revienne dans une heure.

MICHEL , entrant par le fond.

Madame, j'ap; orte le coupon de loges pour les Italiens.

{Julie sort par la gauche.)

CLOTILDE

Donnez.

fl

MICHEL

'.'; Je suis passé chez le carrossier de Monsieur; ïl'm'a promis la nouvelle calèche pour demain... En revenant, je suis entré chez le joaillier de Madame ; il apportera ce matin la parure que Madame lui a commandée.

CLOTILDE

Vous le ferez entrer sur-le-champ ; j'y tiens beaucoup... Allez.

{Michel sort par le fond.)

DELMARRE , resté seul avec Clotilde.

Encore de nouvelles commandes , de nouvelles parures, des bijoux... mais vous n'y pensez pas, Clotilde.

CLOTILDE se lève , ainsi que Delmarre.

Ne prenez donc pas cet air sévère, mon ami, vous allez m'effrayer, surtout au moment où je viens vous demander une grâce.

DELMARRE.

Non , je vous le répète, Clotilde, quelle que soit ma tendresse pour vous, je ne saurais acquitter encore les nouveaux mémoires de vos fournisseurs.

CLOTILDE, d'un ton piqué.

Voilà la première fois que vous reiusez...

DELJIAKRE.

Et c'est avec regret, c'est avec cliagrin que je m'y décide. Oui, c'est vrai, depuis trois ans que nous sommes mariés , c'est la prernière fois que je vous refuse, Clotilde... Jusqu'à ce jour, chacun de vos désirs a été un ordre pour moi, et mon seul bonheur a été de tout sacriiier au vôtre. J'ai changé mes habitudes simples, laborieuses, en une vie agitée; j'ai ouvert mes salons à des bals, à des concerts... J'étais si heureux de vous voir briller au milieu de ces fêtes, environnée de tout ce luxe sans lequel vous semblez ne pouvoir vivre!., n'accusez donc pas mon amour, mais laissezmoi vous dire qu'il n'y a pas de fortune qui puisse suffire à de pareilles prodigalités... Je dois pensera l'avenir de notre lils, et bien qu'il m'en coûte beaucoup de ne pas céder encore à vos désirs, je suis décidé...

CLOTILDE

J'ai peine à vous comprendre, mon ami î ces bals, ces fêtes sont nécessaires... c'est le vrai moyen d'augmenter encore votre clientèle... Et puis, ne faut-il pas que je cherche à vous distraire? vous êtes depuis un an d'une tristesse...

DELMARRE, troublé.

Moi ? {A part.) Et ce Minot qui n'arrive pa.s... oh! mon inquiétude...

CLOTILDE

Eh ! tenez, en ce moment même, vous semblez encore préoccupé...

DEIMARRE.

Vous vous trompe*;, Clotilde... si je ^uis préoccupé , mécontent, c'est que ces bals, ces fêtes, ont servi seulement à éloigner de moi de bons clients que vous avez refusé de porter sur votre liste.

CLOTILDE

Quelques bourgeois, de petites gens...

DELMARRE.

Ces petites gens, ma chère amie, enrichissent nos études plus que touto voire noblesse

8 ^ LES SPÉCULATEURS

dn faubourg Saint-Germain; vous devriez le savoir.

CLOTILDE

Je sais, Monsieur, que je suis d'une famille noble...

DELMARRE.

Et vous oubliez trop que vous êtes la femme d'un notaire. Madame, d'un homme qui se doit au public, et qui n'a le droit ni de le dédaigner, ni d'afficher un luxeinoui... A partir de ce jour , je réduis mes dépenses et les vôtres...

CLOTILDE

Les miennes sont indispensables , Monsieur.

DELMARNE.

Il faudra pourtant bien y renoncer.

CLOTILDE

Ne l'espérez pas!

DELMARRE.

Ma résolution est arrêtée.

CLOTILDE

Je ne m'occupe pas de vos affaires , que je sois du moins maîtresse de mes plaisirs!

DELMARRE.

Quand ils ne sont pas ruineux.

CLOTILDE, avec un peu d'emportevient.

Eh ! 3lonsieur , je ne vous ai pas empêché de prêter encore de l'argent à M. Minot pour celte usine qu'il vient d'acheter...

DELMARRE.

Minot est mon ami, Madame, et je suis libre de l'obliger...

CLOTILDE

Et moi. Monsieur, je suis libre aussi d'employer ma fortune pour mes dépenses...

Votre fortune, Madame!... Ah! je suis heureux que vous m'en parliez , et puisque vous semblez vous armer contre moi de ce reproche , eh bien ! je n'en serai que plus à l'aise pour vous dire tout ce que m'inspire votre conduite... Oui, c'est vrai, vous m' avec apporté une riche dot, tandis que moi je ne mettais dans la communauté qu'un nom honorable... Mais, depuis trois ans. Madame, mon travail de chaque jour eût augmenté cette, fortune que vous me reprochez, si votre luxe n'était venu dévorer sans cesse l'avenir que je préparais à notre lils... Je me suis imposé mille devoirs, moi, je me suis astreint à mille privations : mes jours , mes nuits même , je les ai sacriliés au travail pour soutenir vos folles dépenses ; mais vous , oublieuse de l'avenir , vous dissipiez légèrement celte fortune que j'amassais avec tant de peine; j'ai ouvert mes salons à votre monde, à vos amis, à celle foule titrée qui semblait faire trop d'honneur au notaire Delmarre en se rendant chez lui, et je l'ai fait i)0ur vous seule, Madame... Mes amis, vous les avez tous éloignés de ma maison ; mes clients, vous avez refusé de les recevoir ; ma famille enfin , mou [tèie lui-même, vous l'avez accueilli avec dédain , sans penser que c'était jeter aussi le mépris et la déconsidération sur votre mari, sur votre fils.

CLOTILDE

Monsieur...

DELMARRE.

Ah ! j'étais bien fou de penser qu'il suffisait à un homme d'apporter dans cette communauté d'existence son travail, son avenir... Mon père avait mille fois raison , je ne le vois que trop ; maintenant. Grâce à vous , je suis privé de ses conseils... vous l'avez éloigné de nous par votre froideur, vous l'avez blessé jusque dans son affection pour moi , et depuis longtemps, c'est à peine si j'ai pu le voir... Mais, tenez , brisons sur cette conversation...

CLOTILDE

Oui, moi-même je vous en prie; oubliez une parole blessante que ma bouche a prononcée, que mon cœur dément...

DELMARRE.

Non, non, le reproche que vous m'avez adressé m'est cruel , et désormais je ne refuserai rien à vos désirs... ces mémoires, je les acquitterai... mais il est un point sur lequel je ne puis céder... votse lils est loin de vous , contié à des soins étrangers depuis sa naissance, j'ai donné des ordres pour qu'il nous fût amené, et je l'attends aujourd'hui...

CLOTILDE

Doutez-vous de mon amour pour lui?..

DELMARRE.

Non , oh ! non... mais la place d'un enfant est sous les yeux de sa mère , et je suis certain que votre oncle m'approuvera... Vous savez que M. de Flavigny doit venir déjeuner avec nous ce matin avant son départ , je l'attends avec Georges...

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