‹ Magasin théâtralChapitre 127 sur 1475 · M^^ DORFEUIL, ÉLISE · texte numérisé non relu

M^^ DORFEUIL, ÉLISE

MADAME nORFEtJIL, prenant Elise entre ses bras. Ma pauvre enfant , hélas!

ÉLISE

Ma mère, quel chagrin?...

MADAME DORFEUIL

Je gémis, mon enfant, sur ton triste destin.

A ton âge faut-il te voir sacrifiée,

Toi , si bonne, si douce, à peine mariée,

A qui l'hymen semblait promettre le bonheur!

ÉLISE

Que veut dire?...

MADAME DORFEUIL

Mais non; c'est peut-être une erreur.

Mon gendre ne peut pas... Je m'abuse sans doute. Pourtant j'ai vu , \nen vu.

ELISE

Vous m'effrayez.

MADAME DORFECIL-

Écoute :

Sache avec fermeté porter les coups du sort, Ej faire sur toi-même un courageux effort. Lorsque ton époux manque à la foi conjugale. Ne va pas de tes pleurs réjouir ta rivale.

ÉLISE

Ma rivale!... Achevez.

MADAME DORFEUIL

Oui, tu dois tout savoir.

Ici même, à l'instant, le hasard m'a fait voir Madame Méricour près d'un époux volage , Employant de l'amour le doucereux langage, Et dans ses mains enfin remettant son portrait.

ÉLISE

Qu'entends-je ! se peut-il!

MADAME DORFEUIL

Leur entretien secret Avait pour seul témoin cet oncle, leur complice, Dont je me défiais avec trop de justice.

ELISE

Darcy me frapperait de ce coup imprévu !... Oh ! non , vous vous trompez.

MADAME DORFEUIL

Je te dis que j'ai vu.

Comment interpréter leur tendre intelligence, Et le don du portrait, frappant de ressemblance? Ils ne s'expliquaient point dans un langage obscur ; Je ne me trompe pas : va , mon coup-d'œil est sûr, Et déjà pressentant une intrigue pareille. J'avais surpris entre eux quelques mots à l'oreille. Ah! les maris!. ..Le tien, grand Dieu! sitôt changer!... Oh! je le gagerais ; c'est un goût passager. Il t aime dans le fond ; cette perfide amie L'a séduit un moment par sa coquetterie : Il va te revenir encor plus amoureux... Mais ses torts envers toi n'en sont pas moins affreux.

ÉLISE

Qu'ai-je entendu?... Darcy devenir infidèle! Me tromper !... En effet , oui , je me le rappelé, Il n'est plus maintenant pour moi ce qu'il était, Et je le vois rêveur, préoccupé, distrait; Depuis deux jours surtout il me quitte sans cesse... Hélas ! c'était trop peu de perdre sa tendresse : Pour me porter encore les plus sensibles coups , Madame Méricour s'unit à mon époux.

Non, celle qui m'aimait aux jours de notre enfance Ne peut pas sans remords trahir ma confiance ; Je la plains, et je plains encore plus Darcy : Il doit souffrir beaucoup en me trompant ainsi.

MADAME DORFEUIL

A quel point ton bon cœur t'abuse sur leur compte,

Chère enfant! loin d'avoir des remords, de la honte,

Ils semblent s'applaudir de celte trahison.

Sans toi , j'aurais déjà quitté cette maison :

Mais je veux déjouer une trame funeste,

Et c'est pour ton bonheur, ma fille, que je reste.

Pourquoi suis-je partie? hélas' oui, tout le mal

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