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SCENE PREMIERE

LE VICOMTE DE GANILLAC, LE MARQUIS DE VER- NAGE, LE CHEVALIER' DE BLANÇAY,, LA MAR- QUISE, GENS DE LA COUR.

LA MARQUISE, à elle même.

Trois heures! viendra-t-il ? quel tourment! quel ennui!

Que fait-il donc?.. Il a fallu dîner sans lui !

Paraîtra-t-il enfin, et suis-je condamnée

A passer sans le voir celte longue journée?

{Haut, s'adressaiit aux gentilshommes,)

Eh bien, qu'est-ce, Messieurs! que faites vous là-bas.^

Chevalier de Blançay, vous ne jouez donc pas ?

BLANÇAY.

Non ! Malgré moi, Madame, il faut que je sois sage ; Ici j'ai loui à l'heure au marquis de Vernage Proposé de choisir l'hombre ou le lansquenet. Eh bien, le croiriez-vous ? Il m'a refasé net.

LA MARQDISE.

Oh! je comprends: pour lui ce sont chances frivoles -.

Qu'y pourrait-il gagner? quelques pauvres pistoles!

Il ménage son or, et le garde, je crois.

Pour le jeu qui se joue au quartier Quincampoix.

LE MARQUIS

Qui, moi, de monsieur Law j'engraisserais la banqu Il peut chercher ailleurs des dupeS;, s'il en manque, Je ne suis pas si fou !

CANILLAC

Bon ! vous dissimulez !

Ce sont pourtant les gens à qui vous ressemblez. Les Crésus cousus d'or, triples millionnaires, Qui, donnant et la vie et l'essor aux affaires. Décuplent en un jour leurs nombreux capitaux; Certain courtier, Rabeaux, ou Râteaux, ou Ranteau A, saisi.-saiil au vol des chances merveillpuses. Réalisé, dit-on, des sommes fabuleuses Pour un capitaliste, être mystérieux.

Qui, dans lombre enrichi, se cache à tous les yeuî

BLANÇAY.

Oui, les spéculateurs parlent tous de cethomue;

LA RUE QUINCAMPOIX

Ce Rambeaux, ou Ranteaux, Dieu sail comme il se Entasse millons sur millons .' [nomme,

LE MARQUIS

A. sa place. Messieurs, j'aurais grand'peur

i CANILLAC.

Ma foi,

Pourquoi?

! LE MARQUIS

■.a soif de l'or, hélas, engendre tant de crimes! )es porteurs d'actions, déplorables victimes, 3nt été dépouillés, tués même!

I CANILLAC, riant.

\ Et voilà

Pourquoi l'on se fait pauvre?

LE MARQUIS

Ai-je donc dit cela?

,iIoi, pauvre? fi!.. Du sort je n'ai pas à me plaindre.

I CANILLAC

;'ardieu, je le crois bien ! Mais on a tout à craindre .orsqu'à ses héritiers, ainsi qu'à l'indigent, )n montre sa cassette et jamais son argent; lotenez bien ceci, discret capitaliste.

îe pourrions-nous causer sur un sujet moins triste?

BLANÇAY.

lonsieur de Canillac, leManjuis a raison. )ue fait donc aujourd'hui l'hôte de la maison, ')e nos joyeux repas le convive fidèle, )e la grâce et du goût le plus parfait modèle, -e cher comte Dehorn ?

CANILLAC

J'ai honte d'avouer )u'il a passé dix jours et dix nuits sansjouer, .ntoine se dérange.

BLANÇAY.

Ou bien il est malade.

LA MARQUISE, à Blançay, en se levant.

ais comment se peut-il que vous, son cher Pylade, le ses jours, chevalier, vous ignoriez l'emploi?

BLANÇAY.

»hî depuis quelque temps, il se cache de moi.

LA MARQUISE

st-ce possible, après voire noble conduite?

BLANÇAY.

moi 1 de cette misère il vous aurait instruite?

LA MARQUISE

ans doute.

LE MARQUIS

Qu'est-ce donc?

Écoutez!., aussi bien î veux à mes amis apprendre quel lien rattache à 1 avenir, au sort du jeune comte.

BLANÇAY.

oit! mais ce que j'ai fait vaut-il qu'on le raconte?

LA MARQUISE

ourquoi pas? je frémis encore en y pensant, nloine... non, monsieur Dehorn...

CANILLAC, à demi-voix, aux autres en riant.

C'est ijlus décent!

LA MARQUISE

Est Tunique héritier, la dernière espérance [France;

D'un beau nom qui s'allie aux plus grands noms de

Son vieux et noble père est prince souverain

De quelques coins de terre épars aux bords du Rhin,

D'un antique pouvoir débris imperceptible,

Que domine un château, jadis donjon terrible,

El maintenant séjour d'austère loyauté.

Où le faste n'est plus, où l'honneur est resté.

Quand le feu roi Louis étalait à Versailles

Les lauriers moissonnés sur vingt champs de batailles,

A ces nombreux combats le comte s'est mêlé.

Et son vieux sang germain pour la France a coulé :

Depuis, il désira que, marchant sur sa trace,

A ces trésors de gloire, amassés par sa race.

Son fils pûl quelque jour apporter son tribut;

La France offre au courage et la route et le but,

Antoine.y vint!... sa mère, à regret résignée.

Se rappela qu'elle est ma parente éloignée.

Elle voulut alors que, vivant sous mes yeux.

Il logeât dans l'hôlel bâti par mes aïeux.

Et que de l'amitié l'active surveillance

Éclairât à la cour son inexpérience :

A remplir ce devoir j'applique tous mes soins.

CANILLAC

Pardieu, depuis un an nous en sommes témoins.

LA MARQUISE

J'ai compris une mère et son inquiétude.

CANILLAC

Aussi, que de bonté! quelle sollicitude Pour surveiller ce fils... enfant de vingt-quatre ans! C'est très beau ! mais Dieu veut qu'on aime ses parents. Et, tôt ou lard, ce zèle aura «a récompense!

LA MARQUISE, souriant.

Honni soit, cependant, Monsieur, qui mal y pense !

CANILLAC

Certe !

A monsieur Dehorn il fallait un ami, Car je ne le peux, moi, surveiller qu'à demi, Il est certains plaisirs, malgré leur innocence, Où de mon amitié s'arrête la puissance. Il est surtout des lieux où je ne pourrais pas D'un jeune gentilhomme accompagner les pas. Eh bien! le chevalier, son mentor et son guide. Le couvre, à son insu, d'une invisible égide. Et son bras, lui prêtant un généreux secours. De l'imprudent naguère a préservé les jours.

LE MARQUIS

Comment?

BLANÇAY.

Pourquoi parler de cette bagatelle?

LA MARQUISE

C'est trop de modestie !... Une sotte querelle Contre monsieur Dehorn armait un spadassin, [main ; Homme aff'reux, dont vingt duels ensanglantaient la Mais, la veille du jour marqué pour la rencontre, Un nouvel adversaire au duelliste se montre : C'était le chevalier, qui, conduit par son cœur. Cherchant un ennemi presque toujours "vainqueur. D'un outrage mortel le flétrit dans la rue, S'attache à lui. se bat. est, hle.isp. mai»; Ih ine.

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