‹ Magasin théâtralChapitre 1289 sur 1475 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CANILLAC, à la table de jeu, SEIGNEURS, grot autour, LE MAl^QUIS, BLANÇAY, DEHORN, MARQUISE.

CANILLAC, tirant les cartes.

Je tiens!.. Et vous avez gagné! LA MARQUISE, debout, près de l'ottomane, à Dehc A nous voir aujourd'hui. Monsieur s'est résigné?

DEIIORN.

Daignez croire. Madame, aux regrets que j'exprime Et ne punissez pas mon malheur comme un crime Salut, Messieurs! Bonjour, Canillac!.. Chevalier, Enchanté de te voir!

BLANÇAY.

Et prompt à m'oublier !

DEHORN.

Le penses-iu? Vrai Dieu ! de tant d'ingratitude, Mon cœur n'a point encor contracté l'habitude, Je suis un courtisan trop nouveau !

{Il s'approche de la table où le jeu est en train < Canillac et les Seigneurs.)

Qu'est cela?

Un lansquenet? J'en suis! •

CANILLAC, à la table, tirant les cartes. Dix pistoles!

DEHORN, jetant de l'or sur la table.

Voilà !

LA MARQUISE, à Dehom.

D'un aussi long retard nous direz-vous la cause?

DEHORN.

Très volontiers. Madame !.. oh, c'est fort peu de c Et cependant, j'ai cru, voyez mon embarras, Que jusqu'à votre hôtel je n'arriverais pas.

LA MARQUISE

Quoi donc?

J'étais entré dans une longue rue, Quand, devant mon carrosse, une immense coht Se présente : robins , nobles, marchands, bourg( S'agitaient entassés au quartier Quincampoix; La foule grossissait, compacte, impénétrable; Nul moyen de briser l'obstacle inévitable, Je pestais!., mes chevaux ne pouvaient plus mar

LA RUE Oi iNCAMPOIX,

'ndis que je Imiliiis coninu' nn loup pris au piège, ^ociail loul haut fies billels sur son siège.

LK MARQUIS

vérité?

I DEHORN.

; Qui donc ne s'en môle aujourd'hui?

!st-ce pas à périr de colère, ou d'ennui?

' ne parle en tous lieux qu'actions, marchés, primes.

)s intérêts, gros gains, plus ou moins légitimes ; irî rangs sont confondus, les esprits à l'envers, -manant agiote avec les ducs et pairs ; .'jsces barin\res mots qui vont dessécher l'àme,

les entend tomber des lèvres d'une femme, Lie la soif de l'or l'amour même altéré lit ses billets doux sur du papier timbré! ht un jeu convulsif, une ardeur frénétique, balon, le boudoir, le palais, la boutique, "ent dé millions ramassés tout à coup,

non valet de chambre en rêve aussi beaucoup ! .'que jour en m'oflrantpourpoint et haut-de-chausse, ^'habille à la baisse, ou me coiffe à la hausse ; )iuitin, à Crésus il avait succédé, A)ieu sait de quel air il m'eût accommodé, bn maître, soufflant sur l'or de ces mirages, ■^it menacé Crésus de retenir ses gages.

BLANÇAY, souriant.

'lut de ce retard, qu'on accusait ici,

Ve affligé bien fort pour s'indigner ainsi !

^ DEJIORN.

,)i'indignais surtout en songeant que peut-être [.Iqu'undans cette foule allait me reconnaître, I u'on me mêlerait au cupide troupeau j.esgensqui, suant ou tremblant dans leur peau, 'rsuivent des trésors, vision^ éi)hèmères, !,in chariatan leur montre au pays des chimères, nd du Mississipi, roulant des milliards, ■urs yeux fascinés il dore les brouillards.

LE MARQUIS

5 beau, Monsieur le comte, et respect au système! ,)ect à monsieur Law!.. la cour l'honore et l'aime, seigneur le Régent rw3 jure que par lui : )S plans financiers il jjrête un ferme appui.

DEHORN.

.je l'ai reproché dix fois à son altesse !

la candeur germaine excusez la rudesse, , ma surprise est grande et croît de jour en jour !

id^ du château de Hurn quittant l'heureux séjour,

u1is appelé sous ce beau ciel de France

'jnt comme l'honneur, doux comme l'espérance,

pcie me disait : Anioine, mon cher fils,

ivras à ton tour dans ce noble pays,

not retentira paitout à tes oreilles,

irodigue pour lui son or, son sang, ses veilles, 'faute orateurs, poètes et guerriers, M'ellit la n)ort qu'il couvre de lauriers,

iiii^ique, il peut loul, il charme tout !.. la gloire ! cpere en beau roman transformait voire histoire,

ous marchez ici sur un sol bien changeant, ce seul mol magique aujourd'hui, c'est l'argent!

1 cAiMLLAc, à la table de jeu.

! j'ai gagné le vôtre !

DEHORN.

Eh bien donc^ quitte ou double!

LE MARQUIS

J'aime à voir perdre ainsi sans regrets et sans trouble.

BLANÇAY.

Dans ses vieux préjugés le cher comte afifermi Semble vraiment traiter l'argent en ennemi.

DEHORN.

Non pas, certe ! L'argent, je dois le reconnaître, Est un bon serviteur, mais c'est un mauvais maître Cette fois, Canillac, nous perdrez.

CANILLAC

Que sait-on?

LA MAfiQuiSE, bas à Dehorn.

N'expliquerez-vous point vos absences?

DEHORN, bas avec quelque impatience.

Pardon !

LA MARQUISE, bas à Dehorn.

Hierencor, souffrante, et seule, abandonnée, J'ai passé sans vous voir toute" l'après-dînée.

DEHORN , haut.

Monseigneur le Régent m'avait fait appeler.

LE MARQUIS

Gageons que du système il voulait vous parler!

BLANÇAY.

El vous y convertir, en l'expliquant, peut-être?

DEHORN.

Je n'en ai pas besoin. Messieurs, pour le connaître.

BLANÇAY.

Comment?

DEHORN.

N'as-tu pas vu des gens, cher chevalier, Qui signent des billets sans jamais les payer?

BLANÇAY, riant.

J'enaivu quelques-uns.

LE MARQUIS

Moi, beaucoup!

CANILLAC

Moi, de même !

DEHORN.

Eh bien ! en quatre mots, voilà tout le système.

LE MARQUIS

Bravo !

Bien rencontré !

LA MARQUISE, bas à Dehom.

Parlerez-vous enfin ?

Vous allez tous les jours au quartier Saint-Martin, Je le sais!... quelque choix ignoble?...

DEHORN, bas acec impatience.

Mais, Madame !...

CANILLAC, à la table de jeu.

Gagné !

DEHORN.

Je double encor !

LA MARQUISE, bai à Dehom,

Que peut-être une femme Que l'on va chercher là?

CANILLAC, à la table de jeu.

Toujours gagné !

DEHORN.

Pardieu,

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