SCÈNE PREMIÈRE
LA MARQUISE, entrant par la porte à gauche du public.
J'ai peine à commander au trouble qui m'agite,
Je vais, je viens, j'attends !.. 11 m'offense et m'évite !..
De son cœur à jamais l'amour a-t-il donc fui?
Mais, hélas, aux chagrins, qui me viennent de lui,
Que de tourments secreis le ciel ajoute encore !...
Ces dehors opulents, "dont l'éclat me décore.
Ce luxe que j'étale aux regards envieux,
Mirage éblouissant qui trompe tous les yeux.
Il suffit d'un moment pour qu'il s'évanouisse!
Chaque jour sous mes pas creuse le précipice,
El peut-être bientôt... Non, cela ne se peut!
Ce que veut une femme, on dit que Dieu le veut,
Eh bien, il faut vouloir!... Faisons tête à l'orage.
Et je puis échapper à mon double naufrage !
Ces sommes que je dois, qu'on ose réclamer.
Je ne les paierai pas !... Je saurai désarmer
Le créancier maudit dont le nom me harcèle !
Mon cher Antoine encor me verra riche et belle.
Triomphante à la ville, adorée à la cour,
Et l'orgueil à mes pieds ramènera l'amour!
Arrière donc, terreurs, timide jalousie !
J'aurai bientôt soufflé sur cette fantaisie,
Sur ces obscurs amours du quartier Saint-Martin !
Lui, le comte Dehorn, si fastueux, si vain,
Soupirer là longtemps?.. Et près d'une inconnue?...
Non!.. J'ai pu m'effrayer... Je ne suis pas vaincue?..
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