ACTE II, SCÈNE Vï
LE MAROUI?.
Oli! c'est bien pis, ma foi !
Je passe ici pour riche, et très riche ! JEANNE, souriant.
Mais, moi, Je sais...
LE MARQUIS
Voilà pourquoi j'ai peur de vos paroles.
JE\>NR.
Votre revenu net est de deux cents pistoles.
LE MARQUIS
Parlez plus bas !
JEANNE
Depuis que mon mari n'est plus, Je vous le paie !... Ainsi...
LE MARQUIS
Que de mots superflus î A quoi bon, s'il vous plaît, me fatiguer l'oreille De détails ennuyeux que je sais à merveille ?
JEANNE
Mais, vous, pourquoi mentir?
LE MARQUIS, avcc impatience.
Ah: maudit entretien !
Pour vous fermer la bouche il n'est qu'un seul moyen. C'est de tout dire !... Après vous vous tairez, j'espère. Eh bien, oui!., découvrant à la mort de mon père, Qu'il avait tout mangé pour briller à la Cour, Et ne me laissait rien à manjzer à mon tour. Je compris qu'amitié, doux accueil, obligeance, Tout s'évanouirait devant mon indigence.
J'étais pauvre, très pauvre, et je savais fort bien Qu'avec l'or, en ce motide, on a tout : sans lui, rien! Je tenais au bien vivre, aux égards, à l'estime ; Comment faire?... ma foi, j'enfante un plan sublime, Une idée admirable, et dès-lors je me dis : Bien vivre, estime, égards, moi j'aurai tout gratis!
JEANNE
En vérité?
LE MARQUIS
Partout je fais avec adresse Répandre que mes biens surpassent ma noblesse, Mais que j'ai pour le luxe un mépris sans égal. Que je suis un avare, un franc original. Que j'ai des millions, et que je les entasse !.. On croit cela! [Il rit.)
JEANNE, riant.
C'est fort !
LE MARQUIS, changeant de ton.
A propos, une grâce!..
Voudriez-vous demain dire à votre Rambeau Que, me trouvant gêné (le cas n'est pas nouveau), Il m'obligera fort s'il peut, avant le trente, M'avancer le quartier de ma petite rente ?
JEANNE, souriant.
Oui, j'en donnerai l'ordre, et vous viendrez demain Toucher vos capitaux au quartier Saint-Martin.
JEANNE
Mais achevez. Marquis, je vous en prie; Que pouvez- vous gagner à cette tromperie?
LE MARQUIS
Parbleu, j'y gagne tout! Ne devinez-vous pas Ce qu'en m'apcrcevant on se redit tout bas? • Voyez ce vieux marquis sous son mince costume, « Il est parfois [loudreux, crotté, c'est sa coutume, « Il va toujours à pied, mais il peut, croyez moi, « Acheter, s'il lui plaît, tous les chevaux du roi ; « Il est millionnaire! — Ah! c'est donc un avare? « — Peut-être !.. Mais surtout c'est un homme bizarre, « Qui doit laisser un jour d'innombrables trésors, « A qui? l'on n'en sait rien ! » Vous comprenez alors !.. Un garçon, sans parents, sur le déclin de l'âge, Et qui peut disposer d'un immense héritage!.. Gela fait réfléchir! On ne s'amuse plus Des vêtements râpés, des meubles vermoulus; Je suis bien accueilli, bien vu dans les familles, Le papa me sourit; sur moi les jeunes filles Laissent tomber les yeux sans trop les détourner, Et souvent les mamans m'invitent à dîner ! Voilà comment j'élève, en ce monde cupide. Sur une base creuse un bien-être solide.
JEANNE
C'est fort ingénieux!
LE MARQUIS
N'est-il pas vrai?
JEANNE, souriant.
Très beau !
LE MARQUIS
Silence!.. Ah ça! demain, j'irai voir le Rambeau?
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