LA MARQUISE, JEANNE
{La Marquise entre par la porte ^ à gauche dupubli LA MARQUISE, apercevant Jeanne.
Ah!..
JEANNE, la voyant.
La Marquise!..
LE MARQUISE
Vous, ici!
JEANNE
Chez moi, Madame.
Chez vous !
JEANNE
Dans ma maison.
LA MARQUISE, à part.
Je suis chez celte femii
LA RUE QUINCAMPOIX
Haut.)
tiais ces lieux, chaque jour, sont livrés au public;
C'est là que des billets s'exerce le trafic.
JEANNE
,Vux gens que ce trafic entasse à cette porte ^ous daignez vous mêler aussi ?
LA MARQUISE
!' Que vous importe?
JEANNE, ur ce terrain glissant chacun marche à son tour, LA MARQUISE.
")n vous disait absente.
; JEANNE
] Et je suis de retour.
=1 LA MARQUISE. fsemble
,1'entends!.. Puisqu'aujourd'hui le hasard nous raslour la dernière fois nous causerons ensemble.
l' JEANNE.
' votre aise, Madame.
LA MARQUISE
'1 ^ Et VOUS saurez, d'abord,
Jue j'ai, pour m'acquitter, fait un suprême effort,
'fe suis libre envers vous, et ma dette est payée. '
JEANNE
Miette delte, mon Dieu! je l'avais oubliée.
\ LA MARQUISE
5h! c'est fort généreux!., moi, je m'en souvenais.
, JEANNE
'ourquoi cela?
• LA MARQUISE
Pourquoi?., parce que je vous hais.
"1 JEANNE
;'h ! vous savez ha'ir !
LA MARQUISE
I N'est-ce pas vous qu'il aime ?
i|t n'est-il pas venu, peut-être aujourd'hui même, piplorer les secours que vous lui réservez ?
i JEANNE.
j:t vous ne doutez pas qu'il ne les eût trouvés.
;' LA MARQUISE
!.îh! c'est juste!.. Voilà;,dans le temps où noussommes, jusqu'où descend l'orgneil de nos fiers gentilshommes! ne obscure bourgeoise offre à leur dénuement l'O spectacle de biens, acquis Dieu sait comment, ;tn voit son opulence, et partant, on l'adore. i, jeannij:.
lî vous ai déjà dit. Madame, qu'il l'ignore.
, LA MARQUISE
I vous croit toujours pauvre ?
I JKANNE.
I II m'aime encor pourtant!
LA MARQUISE
je l'en récompenser voici venir l'instant.
JEANNE
[adame !
f LA MARQUISE.
\\ Ruiné, sans espoir, sans ressources,
l'a-t-il pas du crétdit tari toutes les sources? îs appuis les plus suis lui sont tous échappés ; îune imprudent, il est perdu !
JEANNE, avec exaltation.
Vous vous trompez !
De l'or peut le sauver ?... quel bonheur ! quelle joie ! Pour me l'apprendre ici c'est Dieu qui vous envoie.
LA MARQUISE, avec Une amére ironie.
D'un si beau dévouement combien il jouirait !
JEANNE
Il ne le saura pas, il le repousserait.
LA MARQUISE
Eh bien! hâtez-vous donc, croyez-moi, le temps presse.
JEANNE
Oh !... vous de qui naguère il obtint la tendresse, ■Vous fouleriez aux pieds un si doux souvenir, A ses persécuteurs vous pourriez vous unir? Vous seriez sans pitié?.. Vous, Madame.!...
LA MARQUISE
Insensée !
Tu ne sais donc pas lire au fond de la pensée? Est-il le seul ici dont j'aie à me venger?
JEANNE, avec exaltation.
Quoi ! Pour moi votre haine, et pour moi le danger ?.. Ah ! merci ! Ce danger, quelque grand qu'il puisse être, Je le brave, et ne veux pas même le connaître ! Je ne demande au ciel que le temps de courir Au devant des malheurs que je peux secourir, De changer en beaux jours un avenir funeste... Qu'Antoine soit sauvé!.. Puis qu'importe le reste? (Elle sort vivement par la porte, à droite du public.)
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