‹ Magasin théâtralChapitre 1359 sur 1475 · Scène vir · texte numérisé non relu

Scène vir

de se faire poliincnl donner son congé. (Haut.) Mesdames, j'ai bien l'honneur de vous saluer.

M\D.VME DE BLAVES.

Vous êtes trop poli de moitié, Monsieur, il n'y a qu'une dame devant vous.

LE COLONEL

Alors, j'aurai mal compris... pourtant il m'avait semblé que mon hussard m'avait dit : ces dames vous attendent au salon.

MADAME DE BLAVES, embarrassée.

Est-ce qu'un têle-à-téte vous ferait peur. Monsieur ?

LE COLO.NEL

Pas du tout, Madame, «ja m'est égal... seulement, comme je sui- venu loger chez madame de Blaves, je voudrais ..

BIADAME DE BLAVES.

C'est elle-même qui a l'honneur de vous recevoir, Monsieur.

LE COLONEL

Tant mieux. Madame!., vous savez le proverbe ; Il vaut mieux avoir affaire au bon Dieu qu'à ses saints.

MADAME DE BLAVES, à part.

Il a de la littérature.

LE COLONEL

Enfin, vous m'avez voulu... me voici ; je suis à vos ordres.

MADAME DE BLAVES. à part.

Oh! l'inélégant personnage! j'ai bien envie de renoncer à mon projet... et, pour commencer, je vais tout nier... (Haut.) Je ne sais ce que vous voulez dire, Monsieur... c'est moi, votre hôtesse, qui suis à vos ordres... vous avez désiré me parler, sans doute ?

LE COLONEL

Moi, Madame? pas du tout... ne m'avez-vous pas fait demander?

MADAME DE BLAVES, oiv de bonne foi.

Nullement, Monsieur... à moins qu'il n'y ail quelque malentendu ; et que ma femme de chambre...

LE COLONEL

C'est bien. Madame ; il n'y a pas de mal... je m'en vais... mille pardons de vous avoir dérangée .. (// va pour sortir.) Je vais rosser mon hussard de coups.

MADAME DE BLAVES, à elle-même.

Je ne puis pourtant pas avoir ces coups-là sur la conscience. (T/auf.) Monsieur le colonel, je n'en suis pasmoinsheureuse de ce malentendu, nem'at-il pas donné occasion de saluer une personne qui a passé la nuit sous mon toit ?

LE COLONEL

Vous êtes bien bonne. Madame. {Il va encore sortir et revient.) Eh bien, non, je reste; et puisque je guis près de vous, ee ne sera pae pour rien.

MAI)A.ME UK BLAVES.

Vous êtes bi en bon, à votre tour, Monsieur.

LE COLONEL

Si vous vouliez vous asseoir, Madame, j'ai beaucoup de choses à vous dire, ça vous serait plus commode. (// s'assied.)

MADAME DE BLAVUS, debout.

El à \ous aussi, peut-être. Monsieur? {Elle s'assied.)

LE COLONEL

El d'abord, j'ai des compliments à vous faire.

MADAME DK BLWES, Ù part.

A la bonne heure! il va se rattraper! [Haut.) Des complimenls?

LE COLONKL.

Oui, Madame^ de sincères compliments!., savez vous qu'on est admirablement couché chez vous. Madame?

MADAME DE BLAVES, oprés s'étre remise.

Vous me flattez!

LE COLO.NEL

Vos matelas sont excellents.

MADAME DE BLAVES, à part.

Il commence à m'amuser, ce monsieur.

LE COLONEL

L'Empereur avait raison de vous recomrr»ander à moi, vous êtes vraiment hospitalière.

MADAME DE BLAVlS.

Comment! Sa Majesté a eu la bonté de me recommander à vous? Contez-moi donc ça {Elle rapproche sa chaise.)

LE COLONIX.

J'allais vousie proposer... je suis venu exprès... êtesvous attentive, Madame?

MADAME DE BLAVES.

Attentive et curieuse, Monsieur.

LE COLONEL

Vous savez, Madame, que l'Empereur a des idées à lui... sur quoi on ne peut pas tro,i le chicaner; d'abord, parce qu'il est l'empereur; et ensuite, parce qu'il est à peu près prouvé que. depuis qu'il a eu des idées, elles lui ont ï-ervi à quelque chose.

MADAME DE BLAVES.

Ceci n'est point à contester.

LE COLONEL

Je le crois, mordieu bien!., or donc, parnd ces idées, celle-ci lui est venue ; il s'est dit : Ma puissance parait parfaitement établie en Europe; les rois sont mes cousins, mais ils ne sont pas mes amis... quelques-uns ont la franchise de me faire une guerre ouverte, mais d'autres attendent leur jour, et, mystérieusement, sedisposent à m'altaquer... autour de nos frontières, il y a quelque chose comme les sourds grondements d'une colère qui n'éclate pas, mais qui se prépare, qui ne se voit pas, mais qui se pressent. {Changeant de ton.) Ce n'est pas de moJ, au moins ceci, Madame.

LE POUR ET LE CONTRE

MADAME DE BLAVES.

Après, Monsieur, itprès?

LE COLONEL

Par suile do celte pensée, l'Empereur a fait dresser...

MADAME DE BLAVES.

La carie de ces mêmes frontières?

LE COLONEL

Non, Madame, non; mais la liste des héritières et des veuves riches, qui ont des châteaux et des terres domaniales à la frontière.

MADAME DE DLAVE5, à part.

Que dit-il?

LE COLONEL

Afin de les faire épouser aux officiers de son armée sur lesquels il compte le plus... «J'intéresserai ainsi leur courage à défendre doublement leur foyer, Broussard, m'a dit l'Empereur en me faisant partir; partout où je n'aurai pas eu le temps de faire bâtir de murailles, j'établirai un nid d'aigles entre l'ennemi et la France. »

MADAME DE BLAVES, éniut'. Se Icvant.

Ceci veut dire, monsieur le colonel?..

LK COLONEL

Que vous êtes dans les condilionsdeces veuveslà, Madame.

Est-il possible?

LE COLONEL

Quoique le pays ainsi fortifié ne le soit pas à la manière de Vauban , il paraît que l'Empereur y lient.

MADAME DE BLAVES.

Mais vous, Monsieur, mais vous, quand vous avez pris un billet de logement?

LE COLONhL.

C'éiail pour ne pas brusquer les choses Je

viens me marier a\ec vous, voila tout.

MADAME DE BLAVES.

Voilà tout?

LE COLONI'L.

Voilà tout! J'ai ce qu'il faut dans ma poche pour celaî. . l'Empereur m'a comn)issionné.

MADAME DE BLAVES.

Ccmmissioiiné !... Ah! c'est trop fort! on a beau être empereur... je trouve Sa Majesté beaucoup trop bonne. Monsieur!

LE COLONEL

Et moi aussi, Madame; car, je dois vous le dire, ce mariage ne me convient pas.

.MADAME DE BLAVES, avcc dignité.

Monsieur!

Je vous prie de remarquer, Madame, que depuis que je suis ici je ne vous ai pas regardée... Je sais que vous êtes jolie... 11 est toujours dangereux de jouer avec le feu... c'est un parti pris, je veux-mourir garçon ; ne- vous offensez donc pas de ma franchise. ^ •

MADAME DE BLAVES.

La mienne égalera la vôtre, Monsieur : veuillez dire à Sa Majesté que je vous refuse.

LE COLONEL

Je VOUS remercie, Madame, et je n'attendais pas moins de vous... Seulement, jo ne voulais pas vous voir, j'allais partir ce malin après vous avoir laissé les ordres de l'Empereur et une lettre de moi, qui vous priait instamment de prendre le refus sur vous... quoiqu'il y ait du danger... car vous savez que Sa Majesté est obstinée en diable!

MADAME DE BLAVES.

Nous lui rendrons obstination pour obstination, monsieur le colonel.

LE COLONEL

Il prétend qu'il était ami de fi-u monsieur votre père, qu'il a succède à ses droits, que d'ailleurs, s'il y a obstacle... il vous fera conduire à laulel pieds et poings liés... pieds et poings liés !... vous comprenez que ça m'etîraie, Madame?

MADAME DE BLAVHS.

Merci de ce bon sentiment, Monsieur.

LE COLONEL

Il n'y a pas de quoi, .Madame.

Pieds et poings liés!... il le faudrait maintenant pour que j'y consentisse.

LE COLONEL

Merci, à mon tour, de vos excellentes intentions. Madame.

MADAME DE BLAVES.

Ah ! l'Empereur croit qu'il donnera desfemnics à ses lieutenants comme il leur donne des royaumes! On se révolte, dites-le-lui bien, Monsieur. . Voyez la Catalogne!

LE COLONEL

Et vous êtes décidée à faire comme la Catalogne? Mais vous savez qu'il y envoie du canon?

MADAME DE BLAVES.

Ici, du moins, il trouvera la place prise... et comme les partis désespérés sont les seuls auxquels on doive se résoudre quand on estainsi menacée... vous lui direz...

LE COLONEL

Je lui écrirai... Sa Majesté exige que je lui écrive du château de Llaves.

MADAME DE BLAVE.S.

Vous lui écrirez donc, du château de Blaves, que vous m'avez trouvée mariée.

LE COLONEL

Mariée!... Oh! ne me donnez pas de fausse joie... mariée !

Je le serai, du moins quand ses nouveaux ordres, arriveront. {Lui montrant le bouquet.) Si vous êtes commissionné, Monsieur, je suis munie. Tenez, j'épouse l'homme quim'aenvoyé ce bouquet.

LE COLON EU

Un éléeant?

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