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LE COLONEL, MADAME DE BLAVES

LECOLO.NEL, o lui-méme , regardant madame de Blaves.

C'est qu'elle est fort jolie ! l'Empereur me lavera la tête!

MADAME DE BLAVES, à part.

Il n'a pas mauvaise tournure! [Silence.)

LE COLONEL, tOUt à ,COUp.

Madame !

MADAME DE BLAVES.

Monsieur !

LE COLONEL, 0 part.

Je ne sais que lui dire,

MADAME DE BLAVES, à elle-même.

Est-ce que ça va recommeacer? {Ils se regardent encore à la dérobée.)

LE COLONEL, s'e7ihardissant, Savez-vous dans quelle inlcnlion je me suis présenté de nouveau devant vous. Madame?

MADAME DK BLAVES.

Afin de nous prouver, sans doute, que vous étiez un artiste plein de talent et de goûl , Monsieur?

LE COLONEL

Vous n'y êtes pas... Je suis venu amener à vos pieds un honnête miliiaire, dont je pense que nous allons dire beaucoup de m;il, à nous deux.

MADAME DE BLAVES.

Est-ce de vous?

LE COLONEL

Et de qui donc?... En pareil cas, je ne fais que mes propres affaires... J'ai dû vous paraître bien mal élevé ce malin. Madame?

MADAME DE BLAVES.

Oh!

LE COLONEL

, Pardonnez-moi., je l'ai été... je suis entré en

jurant je ne vous ai pas dit une parole de

simple politesse. .. j'ai agi enfin comme un brutal.

MADAME DE BLAVES.

Monsieur!

LE COLONEL

Je maintiens le mot., un brutal. Peat-êlre ai-je apporté ici, plus qu'il ne l'eût fallu, l'habitude des camps et la haine du mariage.

MADAME DE BLAVES.

En ce qui concerne les mariages par ordre, je VOUS ai dit mes pensées, si vous m'avez dit les vôtres... nous ne nous devons rien.

LE COLONEL

C'est vrai î nous nous sommes délestés de gré à gré, et à première vue. (Se reprenant.) Non, oh! non pas à première vue, et vous auriez pu remarquer que, pour me donner de la force, j'ai eu la précaution de ne pas vous regarder.

MADAME DE BLAVES.

Vous voilà en faute, colonel... c'est presque un compliment, cela...

LE COLONEL

Oh! sans conséquence, dans notre position. Je suis, je crois, la seule personne de qui vous puissiez entendre des choses pareilles sans craindre une déclaration... après ce qui s'est passé entre nous...

MADAME DE BLAVES.

C'est juste.... Tenez, colonel, pour la liberté des relations, c'est une excellente ch»?e de savoir qu'on ne s'aime pas qu'on ne s'aimera

jamais...

LE COLONEL

D'amour?

MADAME DE BLAVES.

Je l'entends bien ainsi.

LE COLONEL

A la bonne heure! car, ma grâce accordée, je réclame pour l'amitié.

.MADAME DE BLAVES , gaiement.

Vraiment?

LE COLONEL, gaiement.

Ma foi, oui, Madame, votre ennemi a mis bas les armes... ii ne s'agit plus de mariage.

M\DAME DE BLAVES.

Dieu merci!

LE COLONEL

C'est ce que j'allais dire. Maintenant que je vous connais, il me serait trop cruel de ne plus vous re\oir jamais.

MADAME DEBLAYES.

Là, vérilablemenl?

LE COLONEL

Je vous en donne ma parole d'honneur... vousêtes si charmante!

MADAME DE BLAVES.

Colonel!

LE COLONEL

Si spirituelle! .

LE POUR ET LE CONTRE

MADAME DEBLAYES.

Colonel!

LE COLONEL

Si bonne!... si aimable!... si...

MADAME DE BLAVES.

Oh! colonel ! vous m'accablez ; tant de compliments...

LE COLONEL

Compliments d'ami, Madame... je vous dis des vérités, (Lui baisant la main.) et je les appuie.

MADAME DE BLAVES.

Mais que failes-vous? vous me baisez la main ?

LE COLONEL

D'amitié, Madame, c'est un sentiment qui tranquillise.

MADAME DE BLAVES.

Vous avez raison. (^4 part.) Il est charmant ce colonel ! (Le colonel tient toujours la main de madame de Blaves. Ils se regardent. A ce moment, dans la pièce voisine, madame de Chantreuil touche du piano et accentue l'air : « Conservez bien la paix du cœur. » Mouvement de madame de Blaves.)

MADAME DE BLAVES, O part.

Un avertissement de madame de Chantreuil... comme si j'en avais besoin !

LE COLONEL, qui a remonté la scène et écouté.

Ne pensez-vous pas comme moi, Madame? ce refrain, qu'on dirait que le hasard nous jette, me fait réfléchir que nous venons de prendre un excellent moyen pour la conserver, la paix du cœur... c'est de ne nous aimer que comme nous venons de le conclure.

MADAME DE BLAVES.

Le fait est que ça vous donne une sécurité

un contentement de soi...

Un bien-être intérieur... Tenez, je voudrais que mon housard qui monte Darius, ou bien Darius qui emporte mon housard, l'un ou l'autre, enfin, se fût jeté les quatre fers en l'air sur la grande roule, avant d'arriver à la ville.

MADAME DE BLAVES, SOUriant.

Prenez garde ! voilà un souhait qui est sur la pente d'une déclaration.

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