‹ Magasin théâtralChapitre 141 sur 1475 · DARCY, GÉRARD, ÉLISE · texte numérisé non relu

DARCY, GÉRARD, ÉLISE

ELISE , à Gérard.

Je me rends à vos vœux ; mais pardon : J'ai cru vous trouver seul.

GÉR.MtD.

Restez, madame.

ÉLISE

Non; Laissez -moi fuir, monsieur; souffrez que je vous GÉRARD. [quitte.

Entendez-le d'abord , vous le fuirez ensuite.

ÉLISE

Je reste... pour vous seul.

GÉRARD

Je veux, en bon ami, Terminer des débats dont mon cœur a^émi. Re'pondez, quelle cause ici les a fait naître? Oui, ce titre d'ami m'autorise peut-être A me mêler un peu des secrets du logis: Vous ne m'en voudrez pas; c'est pour vous que j'agis.

Eh mais, monsieur a du vous instruire...

GÉRARD

Il me jure Qu'il ne sait rien du tout.

DARCY

Non, certes.

ÉLISE

, J'étais sûre

Que monsieur, renonçant à se justifier.

Feindrait d'ignorer tout, ou saurait tout nier.

DARCV.

Nier?... Mais que faut-il, madame, que je nie? Sans doute on m'a noirci par quelque calomnie. Que je sache du moins, pour vous désabuser, De quel crime si grand on a pu m'accuser.

ÉLISE

Ce langage est, monsieur, une insulte nouvelle. Et que voulez-vous donc qu'ici je vous révèle? Ce que vous avez fait, vous le savez trop bien.

GERARD

Oui, vous avez raison; mais moi, je n'en sais rien,

Et, si vous per^istez à tenir ce langage.

Je n'en pourrai jamais apprendre davantage.

DARCY

Je devine la main qui me porte ces coups ;

Je sais quel ennemi vient se mettre entre nous.

Et madame Dorfeuil...

ÉLISE

Ah! respectez ma mère!

Il est vrai, sur vos torts c'est elle qui m'éclaire. Et guérie à jamais d'une bien douce erreur. Je lui dois de connaître à présent votre cœur. En dessillant mes yeux, la vérité m'accable. Il m'en coûte beaucoup de vous croire coupable , De renoncer sitôt à vous, à votre amour,

Qui n'eût pas dû finir, qui n"a duré qu'un jour,

A ces plans de iionheur que je formais d'avance :

Mais je ne puis, hélas! repousser l'évidence ;

L amour et l'amitié m'ont trahie à-la-fois.

Ah! comment en douter! Je le sais, je le vois ;

Et ce don que vous fit une amie infidèle.

Ce portrait qu'aujourd'hui vous avez reçu d'elle,

Ce gage d'un amour si tendre, si soudain ,

Est de votre inconstance un garant trop certain.

DARCY

Comment? que dites-vous?

ÉLISE

Je dis qu'une rivale , Madame Méricour, tantôt, dans cette salle, Vous fit don d'un portrait.

Il est vrai , j'en convien.

ÉLISE

Eh bien?

DARCY

Mais ce n'est pas son portrait; c'est le mien.

ÉLISE

Ciel ! le vôtre!

DAKCY.

A servir ses amis toujours prête.

Madame Méricour le fit pour votre fête. Et sans l'orage affreux dans ces lieux excité, Madame Méricour vous l'aurait présenté.

ÉLISE, à Gérard.

Ah! monsieur, dois-je croire à ce qu'il vient de dire?

DARCY^, lui montrant le portrait.

Non, non , ne m'en crois pas; regarde.

ÉLISE

Je respire.

Sur ton cœur, cher Darcy, combien je m'abusais! Tu t'occupais de moi, lorsque je t'accusais. Me pardonneras-tu mon injuste colère?

DARCY

L'amour seul la causa : la source m'en est chère.

ÉLISE

Ah! mon ami, comment expier mon erreur?

sseeesâseooasbeseeoaooaeoeeeoossi^aseosocoaoeosoaaeeeesososesssas

Les Précédents, M""" DORFEUIL.

MADAME DORFEUIL

Eh quoi ! ma fille ici , près d'un mari trompeur!

Élise.

Non, Darcy ne l'est point.

MADAME dorfeuil.

Comment, que veux-tu dire?

A te désabuser rien n'a donc pu suffire, Et ce fatal portrait, ici même donné.

Que j'ai vu...

Élise.

Ce portrait!... il m'était destiné; C'est celui de Darcy qui pour moi le fit peindre. De son amour constant je n'avais rien à craindre.

L l BEl.LF-MEJlf .

LA BELLE-MÈRE ET LE GENDRE

Sous vos yeux, de ma fête, ici même, aujourd'hui, Madame Méricour s'occupait avec lui.

MADAME nORFEUIL.

Ln preuve de cela? dites.

ÉLISE

Le portrait même.

( Elle le montre à madame Dorfeuil.) MADAME nOIlFEUIL.

Je me serais tronipe'e !.. ah! ma joie est extrême. Mon gendre , embrassez-moi ; veuillez me pardonner D'avoir injustement osé vous soupçonner.

De vous voir innocent, d'honneur, je suis ravie. Allons, faisons la paix, et pour toute la vie.

DARCY, bas à Gérard.

Dans le fond elle est Lonne.

GÉRARD, bas.

Excellente en effet.

MADAJIK DORFEUIL.

Tout le mal cependant, c'est vous qui l'avez fait; Je vous connais ; je sais que vous êtes sincère ; Mais d'autres trouveraient foit extraordinaire Qu'une femme jolie et coquette, en secret, D'un homme jeune, aimable, entreprît le portrait. Cela suppose enfin plus d'un doux lête-à-têle, Et d'autres blâmeraient de tels apprêts de fête. Votre femme aurait tort d'accuser votre cœur; Mais elle le pourrait peut-être à la rigueur.

DARCY

Non , je la connais trop pour l'en croire capable.

ÉLISE

Je ne croirai jamais que Darcy soit coupable. Mais j'ose le trouver envers vous trop discret: N'eùt-il pas dû vous mettre aussi dans le secret?

MADAME nORFKUIL.

Ma fille, que veut dire une pareille plainte, Et pourquoi réveiller une querelle éteinte? Que faites-vous? ô ciel!... Élise, gardez-vous De vous abandonner à des soupçons jaloux. Ah! si la jalousie ici trouvait entrée, A des troubles sans fin votre maison livrée Deviendrait un séjour odieux à tous deux ; Et, pour me dérober à ce spectacle affreux. Je vous fuirais.

DARCY

Pourtant vous auriez tort peut-être De blâmer des soupçons que vous auriez fait naître.

MADAME DOUFEUIL.

Je les aurais fait naître ! et de quelle façon ?

DARCY

Par des réflexions faites d'un certain ton. Plus perfides cent fois , s'il faut que je le dise. Qu'une accusation bien franche et bien précise.

MADAME DORFEUIL

Ah! mes réflexions vous blessent? c'est cruel. Vous vouliez m'imposer un silence éternel? Vous n'y parviendrez pas.

oÉrard, à part.

Ce serait impossible.

MADAME DORFEUIL

Ma fille avait raison ; à mon affront sensible, D un silence équivoque elle a dû s'indi.gner;

Et moi, mon cœur trop bon voulait vous épargner! Pourquoi ne pas m'admettre à votre confidence?

Ce n'était de ma part qu'un excès de prudence. Je craignais...

MADAME DORFEUIL

Vous craigniez mon indiscrétion?

Je dois vous savoir gré de la précaution. Pour moi , convenez-en , elle était obligeante : Ainsi vous me jugez bavarde, inconséquente.

DARCY

Madame, permettez que je parle.

MADAME DORFEUIL

A quoi bon?

Vous ne pouvez donner de meilleure raison , Trop heureux qu'on vous croie, et que l'on vous

[[pardonne!

DARCY, à part.

Une querelle encor!

GÉRARD , bas.

Dans le fond elle est bonne.

MADAME DORFEUIL

Loin de moi le dessein de rien envenimer ! Mais des esprits méchants auraient pu présumer Que ce don , qui nous cause une aimable surprise, N'était peut-être pas destiné pour Elise, Et qu'enfin ce portrait n'est pas celui qu'ici Madame Méricour remettait à Darcy.

GÉRARD , à part.

C'est encor mieux, ceci.

Ciel ! quel nouvel outrage!

ÉLISE

Oh ! vous allez trop loin, ma mère....

MADAME DORFEUIL

Quel langage î Unissez-vous à lui pour oser me blâmer. Vous êtes des ingrats ; mais moi, je sais aimer. Et sans minquiéter de votre ingratitude. Du bonheur de tous deux faisant ma seule étude , Je saurai tout braver, plaintes, larmes, courroux : Je veux vous rendre heureux, même en dépit de vous.

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