‹ Magasin théâtralChapitre 156 sur 1475 · ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE V

«our sur-tout, une race d'honiines (jui intrigue sans cesse, calomnie par état, perse'cute les consciences, et, pour obtenir la domination universelle, emploie tous les movens... le poignard...

SAINT-GERMAIN

Comme Damiens.

LE DUC

Veut s'emparer du {gouvernement.

SAINT-GERMAIX.

Comme Letellier.

LE DCC

Vous me comprenez.

SAINT-GEKMAlN.

Vous me parlez d'intrigants et d'hypocrites, vous me nommez les gens.

LE DCC

Il faut les prévenir et les détruire à jamais. Vous seul pouvez ni'aider dans ce grand dessein.

SAINT-GERMAI>.

Moi! Votre faveur auprès du roi...

LE DUC

Vous connaissez Louis XV?... Faible, ennuyé des affaires et du pouvoir, tout entier au plaisir, il croit avoir de la relif^ion , du moins il craint les prêtres, sur-tout ceux de l'espèce dont nous parlons. Il iynore leurs intrigues; mon crédit s'épuise; il faut que cette lutte tinisse.

SAIîiT-GERMAIN.

Vous avez pour vous le parti philosophique, ses écrits...

LE DUC

Avec un roi qui ne lit pas.

Vous avez les femmes , et sous Louis XV...

LE DUC

Madame de Pompadour hésite... Elle fait la dévote avec les dévots, la philosophe avec M. de Voltaire, pour obtenir quehjue madrigal immortel... Les femmes font de la politique comme de l'amour, avec coquetterie : elles ne se soucient de personne et veulent plaire à tous : madame de Pompadour protégera le vainqueur. Je m'adresse à vous , parceque je sais votre habileté. A côté des prestiges dont on peut sans crime se servir pour tromper les sots, je vois des facultés puissantes, un génie véritable...

SAINT-GERMAIN

Sans crédit à cette cour.

LE DUC

Les succès de votre esprit vous ont valu la faveur intime du roi, et les confidences de sa politique que vous servez peut-être à notre insu. Vous haïssez les jésuites?

SAINT -GERMAIN

Ah! j'ai sujet de les dctestci... Les assassins ! ils ont fait [)érir mon père sur les bûchers catholiques de Madrid, pour une expé-

rience de physique que la sainte inquisition n'a pas trouvée orthodoxe. Ils m'ont persécuté en Italie, en Allemagne, et dénoncé ici au parlement. Si je les déteste ! mais c'est un devoir de piété filiale !... J'ai voulu les combattre sous la bannière des philosophes ; mais j(! ne suis pas poëte comme Voltaire, ni éloquent comme Jean-Jacques. J'aurais été un soldat de la milice ; et je n'aime pas à marcher à la suite. Mon génie ou mon orgueil me dit que je pouvais prétendre à un rang moins obscur; un jour me révéla ce que je pouvais oser. J'étais à Londres... je disais un conte bien absurde, bien fou, bien impossible; un imbécile me crut, m'admira, et s'imagina qu'il y avait en moi quelque chose de surnaturel... le reste fit comme lui. Ce succès imprévu m'enhardit et me montra qu'avec de l'audace, du sang-froid et un peu d'esprit, on était maître de la plupart des hommes. Je me fis, disons le mot, je me fis charlatan; j'étonnai, je lus applaudi ; mais, pour que cette admiration durât et se répandît, je tâchai de plaire aux femmes. La hardiesse de mes manières, la liberté de mes propos, les bizarreries folles de mon imagination les séduisirent. Je parlai, j'inventai, j'étais historien ; je fis de la physique, j'étais un homme miraculeux; je pénétrai les passions, j'étais un prophète. Je plaisais , je trompais , voilà tout mon secret.

LE DUC

Eh bien ! employez tous ces talents contre vos persécuteurs. N'avez-vous pas connaissance de leur correspondance secrète avec Rome ?

SAINT-GERMAIN, à part.

Et avec Londres aussi. (Haut.) Eh bien !... oui! je sais tout, à l'aide de certains prestiges... pardon... je croyais parler au fermier général Berlhinot... à l'aide d'un homme mystérieux...

LE DUC

Dans quel intérêt, et qui vous autorise?...

SAINT-GERMAIN

Il suffit queje puisse seconder votre excellence. Je la prie de ne pas m'en demander davantage.

eseeeeoooeeseoeoaooeoeoeoseeeoeseeoeeoeoeeosoeeeoeoefiesaas

Page 1