SCÈNE VII
Les MÊMES, BLANCHE.
PLANCHE
Madame, je me jette à vos genoux! j'implore votre protection... Ne souffrez pas qu'on enchaîne ma conscience et ma liberté!
Relevez-vous, mademoiselle.
BLANCHE
Que votre bonté me pardonne... Le père Griffet! ... Monsieur de Saint-Germain !...
SAINT-GERMAIN
Madame , daignez interroger cette jeune fille; elle a entre les mains la preuve du complot que j'ai dénoncé à Sa Majesté.
LA MARQUISE
Comment se trouve-t-elle mêlée à tout ceci? Voyons, mademoiselle, vous entendez? On vous a remis un dépôt; montrez-le-moi à l'instant même.
RLANCHE.
Qui dit cela?
SAINT-GERMAIN
Moi.
LA MARQUISE
Ne vous troublez pas, et répondez.
BLA>'CHE
Est-ce à une jeune fille à peine sortie du couvent , étrangère à la politique, à la cour, est-ce à moi que monsieur de Saint-Germain aurait confié de pareils secrets?
LA MARQUISE
Point de détours, mademoiselle. La discrétion devient coupable, quand on vous interroge au nom du roi. Le comte de Saint-Germain vous a-t-il parlé de son accusation contre le père Griffet?
BLANCHE
Contre lui.
LA MARQUISE
Ne vous a-t-il pas instruite de sa complicité dans un crime affreux?
BLANCHE
Un crime qui l'enverrait au supplice.
GRIFFET
Ma fille!
Parlez.
LA MARQUISE
BLANCHE
Non, madame, non... jamais je n'avouerai cela.
SAINT-GERMAIN
lîlanche !
GRIFFET
Madame, j'attends justice.
UNE PRESENTATION
LA MAKQlilSt; , jetant unit-gaid menaçant à Saint- Gerniaiii.
Vous l'aurez sur-le-champ... je retourne ;iujjrès du roi.
BLA^■CHE
Ah! madame, arrêtez, je vous en supplie; monsieur de Saint-Germain n'est pas coupable... quelques paroles indiscrètes... un excès de zèle... est-ce donc un crime? Grâce! grâce!
^ LA MARQUISE
C'en est trop, mademoiselle , et je ne conçois plus l'intérêt que vous prenez à cette nff.iire. Monsieur de Saint-Germain, sortez.
SAIST-GERMAIN.
J'obéis : mais, si c'est la dernière fois que je dois voir cette jeune fille, permettez que devant vous je lui re'vèle un secret dont le hasard m'a rendu dojjositaire... Blanche , j'ignore quel motif vous excite à renier ce que j'ai dit, ce que j'ai fait, et à me démentir si cruellement. Je vous pardonne, car je vous aime : et, avant de vous quitter,je vous en donnerai un dernier témoignage. Le mystère a jusqu'ici enveloppé votre naissance; ce mystère n'en est plus un pour moi.
BLANCHE
Qu'entends-je?
ORIFFET.
Ciel!...
SAIKT-GERMAIN.
Parmi certains écrits dont le temps et peutêtre des efforts habiles avaient effacé les caractères, il s'est glissé un acte qui établit jusqu'à l'évidence de quelle maison vous descendez.
GRIFFET, à part.
Fatale erreur i
SAINT-GERMAIN
J'ai fait revivre cet acte supprimé à dessein par des mains intéressées. C'est le testament de votre père. Il révoque une donation anciennement faite à la société de Jésus... (A Griffct.) Mon père, ce n'est pas une pièce de procédure. Voici vos titres... (Montrant Blanche à qui il remet l'acte.) Voilà le sien.
GRIFFET, à part.
Maudit homme!
LE DUC
Donnez-moi ce papier.
(Il lit, sur l'invitation de madame de Pompadour.) « Je reconnais comme ma fille légitime la « jeuneenfant élevée au couvent de laVisitation « sous le nom de Blanche de Romans, et dont « la naissance a été cachée, ainsi que mon ma- « riage avec une protestante et pour les mêmes •I motifs.
« Marquis nE Girardet. »
Un des fidèles sei viteurs du roi, tué glorieusement sous ses yeux à Fontenoy.
MADAME DE POMPADOUn.
Est-il possible?
blanchi;. Quoi! je n'étais pas la fille...
SAINT-GERMAIN
De qui donc?
blanche, montrant Griffet.
De cet homme !
madame de POMl'ADOUR.
Expliquez-vous.
BLANCHE
Qu'ai-je fait?
SAINT-GERMAIN
Sa fille!
BLANCHE
Il me l'a dit, et je lui ai remis les papiers qui le perdaient.
LA MARQUISE
Qui le perdaient!... il était donc criminel?
BLANCHE
Pardonnez... pardonnez, madame; j'ai osé mentir... à vous, au roi lui-même. Vous comprenez maintenant le motif qui me fermait la bouche... Quand vous me demandiez : Est-il coupable, pouvais-je répondre , moi , par un parricide?
LA MARQUISE
Quelle est cette infernale intrigue?
Sa Majesté est trop amie de la religion...
LA MARQUISE
Silence! n'osez plus vous présenter devant le roi : ce soir vous recevrez ses ordres.
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