LISETTE, PASQUIN, DORANTE
LISETTE
Quelqu'un vient à nous; c'est votre valet.
DORANTE
IWonsieur, pourrais-je vous entretenir un moment?
PASQUIN
Non. Maudite soit la valetaille, qui ne saurait nous laisser en repos !
LISETTE
Voyez ce qu'il vous veut, monsieur.
DORANTE
Je n'ai qu'un mot à vous dire.
Madame, s'il en dit deux, son congé sera le troisième. (A Dorante.) Voyons.
DORANTE, bas, à Pasquia.
Viens donc, impertinent.
PASQUIN, bas, à Dorante.
Ce sont des injures, et non pas des mots , cela. (A Lisette.) Ma reine, excusez.
LISETTE
Faites, faites.
DORANTE
Débarrasse-moi de tout ceci , ne te livre po^nt, parais sérieux et rêveur, et même mécontent. Entends-tu ?
PASQUIN
Oui, mon ami ; ne vous inquiétez pas, et retirezvous.
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SCÈNK V.
LISETTE, PASQULN.
PASQUIN
Ah: madame, sans lui, j'allais vous dire de belles choses, et je n'en trouverai plus que de communes à cette heure, hermis mon amour qui est extraordinaire. Mais, à propos de mon amour, quand est-ce que le vôtre lui tiendra compagnie?
LISETTE
Il faut espérer que cela viendra.
Et croyez-vous que cela vienne ?
LISETTE
La question est vive. Savez-vous bien que vous m'embarrassez I
PASQUIN
Que voulez-vous? je brûle, et je crie au feu.
LISETTE
S'il m'était permis de m'expliquer si vite...
PASQUIN
Je suis du sentiment que vous le pouvez en conscience.
LISETTE
La retenue de mon sexe ne le veut pas.
PASQUIN
Ce n'est donc pas la retenue d'à-présent , qui donne bien d'autres permissions.
LISETTE
Mais que me demandez-vous ?
PASQUIN
Dites-moi un petit brin que vous m'aimez. Tenez, je vous aime, moi : faites l'écho; répétez, princesse.
LISETTE
Quel insatiable ! Eh bien I monsieur, je vous aime.
Eh bien ! madame, je me meurs; mon bouhçur me coufond ; j'ai peur d'en courir les champs. Vous m'aimez ! cela est admirable !
LISETTE
J'aurais lieu à mon tour d'être étonnée de la promptitude de votre hommage. Peut-être m'aimerez-vous moins quand nous nous connaîtrons mieux.
PASQUIN
Ah! madame, quand nous en serons là, j'y perdrai beaucoup ; il y aura bien à décompter.
LISETTE
Vous me croyez plus de qualités que je n'en ai.
PASQUIN
Et vous, madame, vous ne savez pas les miennes; elje ne devrais vous parler qu'a genoux.
LE JEU DE L'AMOUR Eï DU HASARD.
LISETTE
Souvenez-vous qu'on n'est pas le maître de son sort.
PASQUi:v.
Les pères et les mères font tout à leur tête.
LISETTE
Pour moi, mon cœur vous aurait choisi , dans quelque état que vous eussiez été.
Il a beau jeu pour me choisir encore.
Puis-jc me flatter que vous serez de même à mon égard?
PASQUIN
Hélas ! quand vous ne seriez que Perrette ou Margot ; quand je vous aurais vue, le martinet à la main, descendre à la cave, vous auriez toujours été ma princesse.
LISETTE
Puissent de si beaux sentimens être durables !
PASQUIN
Pour les fortifier de part et d'autre , juronsnous de nous aimer toujours , en dépit de toutes les fautes d'orthographe que vous aurez faites sur mon compte.
LISETTE
J'ai plus dintérèt à ce serment-là que vous, et je le fais de tout mon cœur.
PASQUIM, se mettant à genoux.
Votre bonté m'éblouit , et je me prosterne devant elle.
LISETTE
Arrêtez-vous, je ne saurais vous souffrii- dans celte posture-là ; je serais ridicule de vous y laisser : levez-vous.
COOOOOOOOOOOOUOOOâOOaOOO.jUOwOOOOOOOOOOQOCOOOOOOaOOO