‹ Magasin théâtralChapitre 335 sur 1475 · LISETTE, VALCOUR · texte numérisé non relu

LISETTE, VALCOUR

VALCOUR

Vous êtes seule, Lisette?

LISETTE

Je vais chercher madame.

Non pas , non pas : j'ai à vous parler.

USETTE.

Parlons, monsieur. D'ailleurs, je crois que madame est occupée.

VALCOUR

Occupée !

LISETTE

Très sérieusement... au miroir.

VALCOUR

Tu crois?

LISETTE

Vous verrez si je me trompe.

VALCOUR

Dis-moi, Lisette; tu aimes la maîtresse?

LISETTE

De tout mon cœur.

VALCOUR

Et moi aussi. Depuis combien de temps est-elle veuve?

LISETTE

Un an , depuis hier.

VALCOUR

C'est bien. Aimait-elle beaucoup le défunt?

LISETTE

Je vous assure qu'elle l'aimait très-décemment.

Bon. Quel homme était-ce?

LISETTE

Désagréable, d'humeur fâcheuse dans son intérieur, dur pour ses domestiques , froid et brutal avec sa femme : mais hors de la maison , il était le plus aimable homme du monde.

VALCOUR

Je connais de ces aimables-là.Ta maîtresse a-telle été bien affligée de la mort de l'époux ?

LISETTE

Oh ! monsieur, elle a jeté les hauts cris, s'est arraché les cheveux , et elle a pleuré coup sur coup, comme une femme qui se presse de sortir d'affaires.

VALCOUR

Il y a long-temps que son chagrin s'est adouci?

LISETTE

Il n'en est plus question. Madame n'a pas payé sa dette en détail; sa douleur s'est acquittée tout de suite.

VALCOUR

Mais tu dis qu'il n'y a qu'un an?...

LISETTE

Monsieur, n'est-ce pas bien honnête? Le pre. mier jour qu'une femme est veuve, elle n'a que deux partis à prendre : ou le chagrin la tue, ou bien il la laisse vivre. S'il la tue, tout est fini, il n'y a plus de chagrin ; s'il la laisse vivre, il faut bien qu'elle se décide : on se désole pendant trois jours, on pleure pendant trois semaines, on est triste pendant trois mois; vous voyez bien qu'il reste encore neuf mois de deuil pour se consoler...

VALCOUR

Vous joueriez bien ce rôle-là.

LISETTE

J'en jouerais bien d'autres. Et votre gageure? croyez-vous la gagner ?

VALCOUR

Qu'en penses-tu?

LISETTE

Je ne sais trop que vous dire : vingt-quatre heures, c'est bien peu ; si vous aviez demandé le double, encore passe. Cependant, si j'en crois certains présages...

VALCOUR

Je pourrais bien gagner...

LISETTE

Un cœur... et douze mille francs.

VALCOUR

Je me contente de la première moitié.

LISETTE

Monsieur, donnez-moi l'autre.

Cela est possible.

LISETTE

Vraiment ?

VALCOUR

Veux-tu parier aussi avec moi ?

LISETTE

J'ai peur de perdre.

VALCOUR

Si je te donne un mari jeune, bien fait, honnête homme, et une dot, je gage que tu le refuseras.

LISETTE

Payez, monsieur, vous avez perdu.

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