‹ Magasin théâtralChapitre 345 sur 1475 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

niCILE.

Je vous le répète, monsieur; je ue veux , ne puis, ni ne dois l'accepter.

VALCOCR.

Mais, madame, il était possible que je gagnasse.

LUCILE

Vous dites, monsieur?...

VALCOUR

Je vous le demande, était-il possible que je gagnasse ?

LUCILE

Sans doute ; à la rigueur, cela était possible. VALCOUR.

Il doit donc être possible que je perde.

LUCILE

Tout ce qu'il vous plaira, mais vous me faites injure.

Au moins, vous me direz pourquoi vous refusez.

LUCILE

Parce que je ue dois pas accepter; je ne le dois pas, en conscience.

VALCOUR

Mais, pourquoi madame ! pourquoi?

LUCILE

Pourquoi? vous me désespérez...

VALCOUR

Dites-moi donc... pourquoi?

LUCILE

Eh bien ! parce que je ne dois pas accepter comme gagnée une gageure...

VALCOUR

Achevez, charmante Lucile, achevez.

LUCILE

Une gageure que j'ai perdue.

VALCOUR

Perdue I ô ciel !

LUCILE

Oui, perdue, perdue! Je ne sais s'il y a de la fatalité, mais je ne puis m'en défendre; et je rougis quand je pense combien vous étiez sûr de votre empire.

VALCOUR

Ne rougissez pas, chère Lucile, de faire le bonheur de l'amant le plus tendre. Je vous aime depuis long-temps, vous le savez, et vous couronnez un amour qui est né le premier jour où j'ai eu le plaisir de vous voir.

LUCILE

Après l'aveu que j'ai fait, rien ne doit plus me coûter.

VALCODR.

Ah I dites tout.

LUCILE

Vous m'aimez depuis long-temps ; eh bien ! depuis long-temps je le sais. Mes yeux ont rencontré les vôtres, mes regards ont percé à travers cette jalousie dont vous vous faisiez un rempart; cette croisée me devint agréable ; vous n'avez pas passé une fois que je ne m'en sois aperçue; et aujourd'hui, si ce livre est tombé de mes mains...

VALCOUR

Achevez...

LUCILE

C'est que je le tenais mal.

LISETTE , à part.

Je l'avais deviné.

VALCOUR

Charmante Lucile , je suis le plus heureux des hommes 1

Et le voyage ?

VALCOUR

J'en suis revenu.

LISETTE

Et la gageure?

VALCOUR

C'est toi qui l'as gagnée.

LISETTE

Moi, j'accepte.

LUCTLE.

Valcour, le roman n'a pourtant duré qu'une heure.

VALCOUR

Oui, mais mon bonheur durera toute la vie.

FIN DU ROMAN D'UNE HEURE

Paris. — Imprimerie de BgulÉ et C®. rue Coq-Héron, 3.

LE

MARI ET L'AMANT

Page 1