SCENE I
MOTUS
(Il entre ayant un houssoir sous le hras , et tenant plusieurs journaux à sa main.)
Ah ! la triste condition que celle de portier ! Jamais un moment de repos. Il faut avouer pourtant que si ma place a des inconvéniens, elle ne manque pas d'agrémens aussi. Cet hôtel est bien achalandé : il y vient une foule d'originaux... J'étais philosophe, observateur et politique avant d'être portier : je trouve ici à satisfaire mes goûts... J'observe les étrangers qui arrivent : je compare les moeurs des nations , et je lis tous les journaux avant tous les abonnés de l'hôtel... Aussi j'ai acquis une perspicacité , un tact d'une Gnesse... Je devine tout. Un voyageur s'écrie-t-il en entrant : « Goddem ! soutenir à moi le Paris )) plus belle que London!... «je dis tout de suite : C'est un Anglais! Enfin, rien ne m'échappe , et
je lis sur les physionomies comme sur la gazette. Mais si je me fais un plaisir de tout observer, de tout entendre, je me fais un devoir de la discrétion. Personne n'ignore, dans le quartier, que M. Motus sait se taire; point de caquets; je ne cause que dans la loge, avec ma femme, nos voisins, mes parens et mes amis... et quant à la curiosité... fi ! A propos, je n'ai pas encore vu ce qui se passe chez ces dames arrivées d'hier. Je suis inquiet d'elles... M'ie Lisette n'a pas paru de la matinée... Dame ! sa maîiresse est rentrée si tard du bal de l'Opéra... .\h ça! mais j'ai oublié d'exercer mon imagination sur leur compte. Voyons, monsieur Motus, dites-moi un peu ce que vous pensez de celte belle dame-là, qui se cache le jour, va au bal la nuit... Ma foi, à vous parler franchement, je... Oh! cependant... si... parce que... Diable! on est malheureux quand on connaît si bien les femmes... Ne préjugeons rien, toutefois... mais nous verrons bien... Il y a des jeunes gens dans l'hôtel; le colonel Sainî-Leger, un homme