‹ Magasin théâtralChapitre 363 sur 1475 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

M"" DE SAINT-LEGER , LISETTE

(M™" de Saint-Léger porte un voile ; mais il est relevé.)

M"« DE SAINT-LEGER , entrant.

Es-tu bien siire que mon mari?...

LISETTE

Il s'enferme dans son cabinet; il vient de le dire lui-même , je l'ai entendu.

M""" DE S.\INT-LEGER

Je crains toujours de le rencontrer avantd'avoir pu confirmer les soupçons que m'inspire une absence si prolongée, et justifier ainsi la démarche queje me suis permise sans son aveu.

LISETTE

Eh! bon Dieu! elle ne sera justifiée que de reste... Quoi ! un mari nous quittera sous un prétexte frivole, parcourra l'Italie pour se dissiper, reviendra à Paris pour se divertir ; il nous laissera confinée dans un vieux château; il fera sa cour aux belles, et nous ferons la partie de notre oncle?... J'ai lu quelque patt, que la femme doit vivre où vit son époux. Vous habitez le même hôtel; partant, la loi est pour vous; il n'a rien à dire.

M™^ DE SA! NT- LEGER

Tu plaisantes toujours; mais je crains...

LISETTE

Ah ! si j'avais été à votre service, avant le départ de monsieur, huit jour^ après nous nous se-

LE MARI ET L'AMANT

rions mises sur ses traces ; nous l'aurions suivi de ville en ville, et nous aurions vu... autant de pays que lui.

M™» DE SAINT-LEGER

Je vais chez M""^ Dercour, mon amie, la seule qui connaisse mon secret, savoir le résultat des informations qu'elle a dû prendre , et décider enDn la conduite que je dois tenir dans cette circonstance embarrassante.

mme Dercour est de bon conseil ; j'aime assez qu'elle vous ait engagée à parler hier au bal à ce joli petit M. Ernest, l'ami , l'élève , et peut-être déjà le frère d'armes de monsieur votre mari. On le dit timide et naif comme une jeune fille ; moi, je le tiens amoureux de vous comme un petit page : il va vous demander une entrevue; vous la lui accorderez, et nous le ferons jaser sur le compte du mentor.

M""^ DE SAINT-LEGEU.

'Voilà encore une aventure qui m'inquiète...

LISETTE

Bon Dieu ! que d'inquiétudes pour un mari qui ne s'inquiète pas de nous ! En vérité , madame , vous n'avez pas de courage ! un enfant amoureux vous fait peur !

M"" DE SAINT-LEGEU.

Allons, laissons tout cela. . Je tremble qu'il ne revienne... Je vais chez M""' Dercour Sois prudente.

LISETTE

Ne craignez rien.

(M""* de Saint-Léger baisse son voile, et sort.)

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