M"» DE SAINT-LEGER, LISETTE, ERNEST, SAINT-LEGER
(M™® de Sainl-Leger est un peu en avant du seuil de la porte de son appartement, en vue du public ; elle a jeté son voile de côté, de façon que Saint-Léger avancerait 'a tête, qu'il lui serait impossible de voir son visage. Lisette est entre elle et Ernest.)
LISETTE, bas à M"e de Sainl-Leger.
Votre mari est là.
ERNEST, à part.
Quel trouble!... (Bas à Saint-Léger.) Mon ami... voilà que mon mal me reprend... je ne peux plus parler.
SAINT-LEGER, bas.
Tâche de te remettre.
LISETTE, à Ernest.
Ma maîtresse espère que vous n'abuserez pas d'une démarche à laquelle la nécessité l'a forcée. Elle a besoin d'un ami, d'un protecteur... SAINT-LEGER, bas à Ernest.
Pars. (Soufflant Ernest.) « Charmante Adèle! » ER>EST , répétant ce que Sainl-Leger lui souffle. « Charmante Adèle !... »
SAINT-LEGER, le Soufflant.
« Un moment a suffi. . »
(Ou voit, au mouvement des lèvres de Sainl-Leger, qu'il continue de souffler Ernest.) ERNEST , répétant.
« Un moment a suffi pour embraser mon cœur » de tous les feux de l'amour. »
Bon : (Il continue de souffler bas.)
ERNEST
« Je vous chéris... je vous adore... Cette grâce » enchanteresse , ces yeux charmans... tout vous » est garant de ma fidélité... Oui... je veux être » pendu si... » (Se reprenant et joignant les mains.) Ah! pardon! pardon ! je m'ég;!re... Le respect...
LE MARI ET L'AMANT
SAINT-LEGER, à pail.
Le respect!... Allons , il ne sait plus ce qu'il
dit.
ERNEST, de lui-même.
Je suis timide, sans expérience... j'aime pour Ja première fois... non, pour la seconde; il ne faut pas mentir. . Ma petite cousine éiait si jolie!...
SAINT-LEGER , bas à Emcst , en le tirant par son habit.
On'cst-ce que la petite couMiie a à fuire-ia?
ERISEST , de lui-même.
Mais vous, mademoiselle, vous êtes belle; vous èles bonne aussi , j'en suis sûr... vous pardonnerez à ma témérité... je n'ai pu résistera tant de charmes, à tant de grâces, au son de cette voix si douce qui reloniit encore au fond de mon cœur.
SAINT-LEGER , a part.
Pas mal.
ERNEST, s'animant, et toujours de lui-même. Ah ! que je l'entende, qu'elle me rassure. . . Ditesmoi que vous acceptez mes services, que je suis
votre chevalier.
M""^ DE SAINT-LEGER, àLiselte, en déguisant
sa voix.
Ma bonne... je ne sais si je dois...
(Elle parle à l'oreille de Lisette.)
SAINT-LEGEB, à pari.
Je crois qu'elle a dit : Ma bonne... (Riant.) Comme elle joue l'innocente !
ERNEST, bas à Saint-Léger.
Mon ami. elles se consultent.
SAINT-LEGER, bas.
Presse, presse. (Le soufflant.) «Charmante Adèle, j'attends mon arrêt. »
EBNKST.
« Charmante Adèle, j'attends mon arrêt. » LISETTE, à M'"'' de Sainl-Leger, en jouant l'émotion. Quoi î'vousêtes sure?... Nous sommes perdues !
ERNEST
Que voulez-vous dire?
LISETTE
Mademoiselle a vu passer sous ses fenêtres son tuteur et son prétendu ; ils cherchent, ils s'informent; ils vont découvrir notre retraite.
ERNEST, vivement.
Mademoiselle! mademoiselle!... une grâce... une seule grâce !... Permettez-moi, s'il vous plail, de me battre avec votre futur et votre tuteur.
LISETTE
Non ; mais il faut fuir, il faut nous retirer chez cette respectable parente... Commentéchappei?... M™" DE SAINT-LEGER, à demi-voix.
Ernest...
EUNEST, bas à Saint-Legcr.
Mon ami ! elle a dit Ernest, tout court.
SAINT-LEGER
Bon ! mais... (Le soufnani.) « Fiez- vous à ma foi; je ne vous quitte pas »
ERNEST
« Je ne vous quitte pas. » Je vous conduis chez votre parente, et malheur à qui oserait s'y opposer.
LISETTE
Y pensez-vous? Si jeune! cela ne se peut.
SAINT-LEGER, bas à Ernest.
Dis que tu as un ami , un homme respectable...
ERNEST
« J'ai un ami , un homme respectable... »
SAINT-LEGER, le soufflant.
Un vieux garçon de vingt-six ans...
ERNEST, répétant.
« Un vieux garçon de vingt-six ans... »
SAINT-LEGER , à part.
Je me fais garçon parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver.
ERNEST
' C'est mon ami, mon mentor; il nous accompagnera. Un moment suflit pour préparer la chaise, et nous vous conduirons au bout du monde.
LISETTE
Acceptez, mademoiselle; son vieil ami doit vous rassurer.
SAINT-LEGER, à part.
Allons, elle se moque...
M™^ DE SAINT-LEGER , d une voix faible. Non... je ne puis..
SAINT-LEGER , bas à Ernest.
Insiste donc. A genoux , ferme!
ERNEST, se jetant aux genoux de M"'' de Saint- Léger.
Je tombe à vos pieds ; ne me refusez pas, songez qu'il y va de la vie du tuteur et du futur... Je tue tout le inonde d'abord , si vous ne consentez... SAINT-LEGER , à part , en se frottant les mains.. Comme un ange ! il ne faut que le lancer.
M'"'* DE SAINT-LEGER
Que faire?
LISETTE
Cédez, mademoiselle, par pitié pour votre futur et votre tuteur.
«•"•^ DE SAINT-LEGER
Eh bien !.. je...
SAINT-LEGER, à Erncst.
Baise la main, et puis, vivement. (Le soufflant.) « Ah ! mademoiselle. »
ERNEST, répétant en baisant la main de M™^ de Saint-Léger.
« Ah! mademoiselle. »
SAINT-LEGER, à part.
Bien ! bien !
ERNEST
Je suis le plus heureux des hommes ! Mon amour, mon respect... Permettez encore.,.
(Il veut baiser la main de nouveau.) LISETTE , l'arrêtant.
Doucement ! assez d'amour et de respect comme
SCKiNK XXIX.
rcla. ( A M™« de Saint-Léger. ) Rentrez , mademoiselle.
(.M""* deSainl-Leger lenire vivement. Liselte pousse
la porte. Saint-Léger, qui s'est jeté sur le canapé,
se pâme de rire )
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