‹ Magasin théâtralChapitre 378 sur 1475 · M"» DE SAINT-LEGER, LISETTE, ERNEST, SAINT-LEGER · texte numérisé non relu

M"» DE SAINT-LEGER, LISETTE, ERNEST, SAINT-LEGER

(M™® de Sainl-Leger est un peu en avant du seuil de la porte de son appartement, en vue du public ; elle a jeté son voile de côté, de façon que Saint-Léger avancerait 'a tête, qu'il lui serait impossible de voir son visage. Lisette est entre elle et Ernest.)

LISETTE, bas à M"e de Sainl-Leger.

Votre mari est là.

ERNEST, à part.

Quel trouble!... (Bas à Saint-Léger.) Mon ami... voilà que mon mal me reprend... je ne peux plus parler.

SAINT-LEGER, bas.

Tâche de te remettre.

LISETTE, à Ernest.

Ma maîtresse espère que vous n'abuserez pas d'une démarche à laquelle la nécessité l'a forcée. Elle a besoin d'un ami, d'un protecteur... SAINT-LEGER, bas à Ernest.

Pars. (Soufflant Ernest.) « Charmante Adèle! » ER>EST , répétant ce que Sainl-Leger lui souffle. « Charmante Adèle !... »

SAINT-LEGER, le Soufflant.

« Un moment a suffi. . »

(Ou voit, au mouvement des lèvres de Sainl-Leger, qu'il continue de souffler Ernest.) ERNEST , répétant.

« Un moment a suffi pour embraser mon cœur » de tous les feux de l'amour. »

Bon : (Il continue de souffler bas.)

ERNEST

« Je vous chéris... je vous adore... Cette grâce » enchanteresse , ces yeux charmans... tout vous » est garant de ma fidélité... Oui... je veux être » pendu si... » (Se reprenant et joignant les mains.) Ah! pardon! pardon ! je m'ég;!re... Le respect...

LE MARI ET L'AMANT

SAINT-LEGER, à pail.

Le respect!... Allons , il ne sait plus ce qu'il

dit.

ERNEST, de lui-même.

Je suis timide, sans expérience... j'aime pour Ja première fois... non, pour la seconde; il ne faut pas mentir. . Ma petite cousine éiait si jolie!...

SAINT-LEGER , bas à Emcst , en le tirant par son habit.

On'cst-ce que la petite couMiie a à fuire-ia?

ERISEST , de lui-même.

Mais vous, mademoiselle, vous êtes belle; vous èles bonne aussi , j'en suis sûr... vous pardonnerez à ma témérité... je n'ai pu résistera tant de charmes, à tant de grâces, au son de cette voix si douce qui reloniit encore au fond de mon cœur.

SAINT-LEGER , a part.

Pas mal.

ERNEST, s'animant, et toujours de lui-même. Ah ! que je l'entende, qu'elle me rassure. . . Ditesmoi que vous acceptez mes services, que je suis

votre chevalier.

M""^ DE SAINT-LEGER, àLiselte, en déguisant

sa voix.

Ma bonne... je ne sais si je dois...

(Elle parle à l'oreille de Lisette.)

SAINT-LEGEB, à pari.

Je crois qu'elle a dit : Ma bonne... (Riant.) Comme elle joue l'innocente !

ERNEST, bas à Saint-Léger.

Mon ami. elles se consultent.

SAINT-LEGER, bas.

Presse, presse. (Le soufflant.) «Charmante Adèle, j'attends mon arrêt. »

EBNKST.

« Charmante Adèle, j'attends mon arrêt. » LISETTE, à M'"'' de Sainl-Leger, en jouant l'émotion. Quoi î'vousêtes sure?... Nous sommes perdues !

ERNEST

Que voulez-vous dire?

LISETTE

Mademoiselle a vu passer sous ses fenêtres son tuteur et son prétendu ; ils cherchent, ils s'informent; ils vont découvrir notre retraite.

ERNEST, vivement.

Mademoiselle! mademoiselle!... une grâce... une seule grâce !... Permettez-moi, s'il vous plail, de me battre avec votre futur et votre tuteur.

LISETTE

Non ; mais il faut fuir, il faut nous retirer chez cette respectable parente... Commentéchappei?... M™" DE SAINT-LEGER, à demi-voix.

Ernest...

EUNEST, bas à Saint-Legcr.

Mon ami ! elle a dit Ernest, tout court.

SAINT-LEGER

Bon ! mais... (Le soufnani.) « Fiez- vous à ma foi; je ne vous quitte pas »

ERNEST

« Je ne vous quitte pas. » Je vous conduis chez votre parente, et malheur à qui oserait s'y opposer.

LISETTE

Y pensez-vous? Si jeune! cela ne se peut.

SAINT-LEGER, bas à Ernest.

Dis que tu as un ami , un homme respectable...

ERNEST

« J'ai un ami , un homme respectable... »

SAINT-LEGER, le soufflant.

Un vieux garçon de vingt-six ans...

ERNEST, répétant.

« Un vieux garçon de vingt-six ans... »

SAINT-LEGER , à part.

Je me fais garçon parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver.

ERNEST

' C'est mon ami, mon mentor; il nous accompagnera. Un moment suflit pour préparer la chaise, et nous vous conduirons au bout du monde.

LISETTE

Acceptez, mademoiselle; son vieil ami doit vous rassurer.

SAINT-LEGER, à part.

Allons, elle se moque...

M™^ DE SAINT-LEGER , d une voix faible. Non... je ne puis..

SAINT-LEGER , bas à Ernest.

Insiste donc. A genoux , ferme!

ERNEST, se jetant aux genoux de M"'' de Saint- Léger.

Je tombe à vos pieds ; ne me refusez pas, songez qu'il y va de la vie du tuteur et du futur... Je tue tout le inonde d'abord , si vous ne consentez... SAINT-LEGER , à part , en se frottant les mains.. Comme un ange ! il ne faut que le lancer.

M'"'* DE SAINT-LEGER

Que faire?

LISETTE

Cédez, mademoiselle, par pitié pour votre futur et votre tuteur.

«•"•^ DE SAINT-LEGER

Eh bien !.. je...

SAINT-LEGER, à Erncst.

Baise la main, et puis, vivement. (Le soufflant.) « Ah ! mademoiselle. »

ERNEST, répétant en baisant la main de M™^ de Saint-Léger.

« Ah! mademoiselle. »

SAINT-LEGER, à part.

Bien ! bien !

ERNEST

Je suis le plus heureux des hommes ! Mon amour, mon respect... Permettez encore.,.

(Il veut baiser la main de nouveau.) LISETTE , l'arrêtant.

Doucement ! assez d'amour et de respect comme

SCKiNK XXIX.

rcla. ( A M™« de Saint-Léger. ) Rentrez , mademoiselle.

(.M""* deSainl-Leger lenire vivement. Liselte pousse

la porte. Saint-Léger, qui s'est jeté sur le canapé,

se pâme de rire )

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