SCENE I
Dora FLORINDE, assise et la tête appuyée sur sa main; DOROTHEE, qui la regarde en entrant
Sa vue me navre le cœur ; si ces inquisiteurs étaient des hommes , ils auraient pitié d'elle , mais lés démons!...
DOSA FLORINDE
Don Juan l'ignore ; c'est une douleur de moins pour lui. ( A Dorothée. ) Eh bien ! ma lettre?
DOROTHÉE
Elle est partie par ce joyeux muletier qui rit toujours. Que la gaité d'autrui est rnal venue quand on est triste! il siffle, il chante, et il galope en toute hâte sur la route de Saint Just.
DOSA FLORI>DE
Parviendra-t-elle'/
bOROTHFE.
Vàu'» en doutez?
DONA FLORINDE
Saig-je le nom qu'il a pris , quand il s'est retiré dans ce cloître?
DOROTHÉE
Mais celui qu'il a porté est sur l'adresse ; qui nejiwnnait pas Charles-Quint?
DOSA FLORINDE
J'ai cédé a tes instances ; tu crois que, par un teste de bienveillance pour le père , il s'intéressera au sort de la fille orpheline et mehacée?
DOROTHÉK.
Pourquoi pas? il acquitte par une démarche qui ne lui coûte rien un service reçu argent comptant ; décharger sa conscience , sans rendre ta bourse plus légère , c'f»çt tine bonne œuvre à k'>ii marché.
DOSA FLORINDE
Il entre tonjouis de l'argent dans tes raisons^ Doiothéc.
DOROTHÉE
Je ne connais que cet argument-là qui ait le privilège de convaincre quelqu'un sans le fâcher.
DONA FLORINDE
Je te laisse donc ton espérance.
DOROTHÉE
Si je ne l'avais plus, quelle serait lYia consolation? comment désarmer ce tribunal terrible devant lequel vous êtes citée ?
DOSA FLORINDE
Calme-toi , tu sais que j'ai un protecteur, qui veut bien me conduire aux pieds de mes jtiges, ni'encourager par ses conseils, m'assister dé Sdn créait.
hOROTHEfc.
Ce personnage mystérieux , qui s'est présenté ici de la part du roi et du comte de Santa- Fiore , en ne se nommant qu'à vous seule?
DOSA FLORINDE
Quand tu es descendue, il n'était pas venu encore ?
DOROTirÉE.
On doit l'introduire dès qu'il arrivera, mais je n'ai pas même entendu le bruit d'un carrosse: Im rue est déserte ; une pluie d'orage commence à tomber par grosses gouttes; se croirait-on à Tolède ? pas une guitare pour égayer cette triste nuit ! pas une haleine de vent qui la rafraîchisse !
DONA FLORINDE
C'est vrai ; on ne respire plus : ouvre la jalousie.
DOROIUÉK.
Sur la rue ?
DOUA FLORINDE
Non, celle (|ui donne sur ce jardin qu'il aimnil tant.
DOROTHÉE
L'odeuT des jasmins monte jusqu'ici.
DOSA FLORINDE
N'as-tu pas éprouvé quelquefois, Dorolli^e, combien un son vague, une bouffée d'air réveille fortement certaines impressions déplaisir ou de peine, et fait revivre un souvenir jusqu'à la réalité ?
DOnOTHÉE.
Je devine à qui vous pensez.
nONA FLORINUE.
Le grand mérite ! je ne pense jamais qu'à lui. Nous nous sommes assis tant de fois parmi ce» touffes de fleurs! une pluie dorage ne nous faisait pas peur alors ; nous ne la sentions pas. Que de longues promenades , qui nous semblaient si couMes ! il n'y avait pour nous que belles nuits, que parfums, que bonheur! C'étaient de douces soirées qui ne reviendront plus.
DOROTHÉE
Pourquoi ce seigneur en qui vous avez confiance ne Vous a-t-il pas dit que le soupçon élevé contre vous tombait de soi-même, qu'en vous rendant à la première citation du tribunal vous disposiez vos juges en votre faveur ; enfin n'at-il pas promis de vous laniener dans mes bras ?
OONA FLOUIKDE.
Et il tiendra sa parole, Dorothée; certainement il le fera... mais... il faut tout prévoir : garde bien ce papier, ce sont mes volontés.
UOnOTUÉE.
Vous voulez dire les dernières.
DONA FLOniNnF.
C'est au contraire ce que je ne voulais pas dire de peur de t'affliger : si... je ne revenais plus...
DOROTHÉE
Vous!
DONA FLORINDE
Ce n'est qu'un doute ; tu trouverais là de quoi vivre, non pas heureuse , mais riche.
D'jnOTHÉE.
Je n'aurais plus besoin de rien.
nONA FLORINDE.
Quant a don Juan, s'il est rendu au monde, je veux être pour quelque chose dans son bonheur que je devais partager ; je veux que mes biens soient à lui pour qu'il en dispose à son gré , sans se croire engagé même de souvenir envers l'amie qu'il n'aura plus.
DOBOiHÉE.
Bon et noble cœur ! vous serez heureuse : une voix secrètemedit que vous le reverrez. Le brave }«ui)e homme , s'il doit avoir jamais une autre